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mardi 9 août 2016

Bye Bye 2015-2016


Saison 2015-2016

Gala d'ouverture de la saison
Clear, Loud, Bright, Forward  - Thème et variations - Le défilé du Ballet
Benjamin Millepied, George Balanchine
24 septembre 2015, Opéra Garnier
Review
Benjamin Millepied - Jerome Robbins - George Balanchine
Clear, Loud, Bright, Forward - Opus 19/ The Dreamer - Thème et variations
25 septembre-11 octobre 2015, Opéra Garnier
Review

Anne Teresa de Keersmaeker 
Bartók-Beethoven-Schönberg
Quatuor n°4 - Die Grosse Fuge - Verklärte Nacht
21 octobre - 8 novembre 2015, Opéra Garnier
Programme - Review

La Bayadère 
Rudolf Noureev
17 novembre - 31 décembre 2015, Opéra Bastille
Programme


Christopher Wheeldon/Wayne McGregor/Pina Bausch 
Polyphonia - Alea Sands - Le Sacre du printemps
Christopher Wheeldon - Wayne McGregor - Pina Bausch
3-31 décembre 2015, Opéra Garnier
Programme

Jérôme Bel - Benjamin Millepied - Jerome Robbins 
Tombe - La nuit s'achève - Les Variations Goldberg
5-20 février 2016, Opéra Garnier
Programme - Adieux Benjamin Pech


Iolanta - Casse-Noisette
Sidi Larbi Cherkaoui -  Édouard Lock - Arthur Pita
9 mars - 1er avril 2016, Opéra Garnier
Programme - Review


Roméo et Juliette
Rudolf Noureev
19 mars - 16 avril 2016, Opéra Bastille
Programme - Adieux Pascal Aubin

Alexeï Ratmansky - George Balanchine - Jerome Robbins - Justin Peck 
Seven Sonatas - Duo Concertant - Other Dances - In Creases
24 mars - 5 avril 2016, Opéra Garnier
Programme
Les Applaudissements ne se mangent pas 
Maguy Marin
25 avril - 3 mai 2016, Opéra Garnier
Programme

Le Parc,  Teatro dell'Opera di Roma
Angelin Preljocaj
5-11 mai 2016, Teatro Costanzi, Rome
Review - Vidéo promo
Giselle
Jean Coralli & Jules Perrot
27 mai - 13 juin 2016, Opéra Garnier
Programme - Première


Justin Peck - George Balanchine 
Entre chien et loup - Brahms-Schönberg Quartet
2-15 juillet 2016, Opéra Garnier
Programme - Adieux Myriam Kamionka


William Forsythe
Of Any if And - Approximate Sonata - Blake Works I
4-16 juillet 2016, Opéra Garnier
Programme

Œuvre de la saison 2015-2016
Le Jeune homme et la mort
Roland Petit
15-19 Juin 2016, Teatro Massimo, Palerme

samedi 6 août 2016

Œuvre de la saison 2015-2016


Le Jeune homme et la mort
Roland Petit
Teatro Massimo di Palermo
15-19 juin  2016


Le meilleur souvenir de la saison n'est pas à l’Opéra de Paris mais parisien tout de même, par son histoire, son cadre et ses danseurs, Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion. Les deux étoiles parisiennes, invitées une semaine en juin à l'opéra de Palerme pour une soirée en hommage à Roland Petit ont fait honneur au chorégraphe français et à son œuvre la plus emblématique.


Chef d’œuvre intemporel de Jean Cocteau et de Roland Petit, Le jeune homme et la mort, quinze minutes de danse virtuose, mais surtout de théâtralité expressionniste et d’émotions variées, déroule son drame sur une musique inspirée, la Passacaille de Jean-Sébastien Bach. L'opéra de Palerme avait donc transformé la grande scène du magnifique Teatro Massimo en atelier parisien, et mis son orchestre à la disposition du mimodrame existentialiste.



Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion, deux des derniers danseurs favoris de Roland Petit ont transporté le public avec maestria au cœur de cette histoire tragique.
Eleonora Abbagnato figure hiératique du destin, module avec saccade son intraitable dessein avec hauteur et mépris, ruse et violence. Elle est la mort faite femme, insidieux sujet et emblème de l’amour déçu d’un jeune homme devenu son jouet, sa proie et sa victime. Il y a chez elle, cette maîtrise du geste et des expressions qui en deviennent presque naturels malgré la grande théâtralité du propos.


A ses côtés, Stéphane Bullion continue d'explorer le rôle avec profondeur. Il déploie une infinité d’émotions avec poésie et justesse. Son Jeune homme sentimental est de chair et de fragilité. Il fait vivre son personnage au rythme de sa propre respiration. Son personnage évolue dans le monde du doute, de la peur à l’effroi, de la tristesse à l'espoir, de la sensualité à la violence du désespoir. Une narration en soi, pleine de nuances et de sincérité dont l'intensité fait office de fil directeur. Dans une révolte contre lui-même, entre abandon sensuel, jouissance sexuelle, fébrilité du doute et violence des sentiments, le désespoir l’emporte. La figure dramatique de la mort victorieuse clôt le ballet dans la poésie, avec la marche saisissante des deux protagonistes sur les toits éclairés d'une nuit de pleine lune parisienne.
Des interprètes exceptionnels pour un ballet parfait.



Le jeune homme et la mort
Chorégraphie - Roland Petit (1946)
Livret - Jean Cocteau
Musique - Jean Sébastien Bach Passacaille en do mineur BWV 582
Décors - Georges Wakhevitch
Costumes - Karinska et Christian Bérard
Orchestre du Teatro Massimo di Palermo
Direction - Alessandro Ferrari

vendredi 15 juillet 2016

Adieux Myriam Kamionka


Myriam Kamionka -  Stéphane Bullion
Myriam Kamionka - Stéphane Bullion

Amandine Albisson -Myriam Kamionka -  Stéphane Bullion
Amandine Albisson -Myriam Kamionka -  Stéphane Bullion

lundi 4 juillet 2016

William Forsythe 4-16 juillet 2016

Of Any If And
Entrée au répertoire
Musique - Thom Willems
Chorégraphie, scénographie & lumières - William Forsythe
Costumes - Stephen Galloway
Text - Dana Caspersen, William Forsythe
Durée : 20 mn

Distribution de la Première, 4 juillet 2016
Vincent Chaillet - Eléonore Guérineau

Vincent Chaillet - Eléonore Guérineau


Approximate Sonata
Nouvelle version
Musique -  Thom Willems
Chorégraphie, scénographie & Lumières - William Forsythe
Costumes - Stephen Galloway
Durée : 25 mn

Adrien Couvez - Alice Renavand
Distribution de la Première, 4 juillet 2016
Adrien Couvez - Alice Renavand
Audric Bezard - Marie-Agnès Gillot
Eleonora Abbagnato - Alessio Carbone
Hannah O'Neill - Fabien Révillion

Eleonora Abbagnato

Blake Works I
Création
Musique - James Blake
Chorégraphie - William Forsythe
Costumes - Dorothée Merg  & William Forsythe
Lumières - Tanja Rühl & William Forsythe
Durée : 25 mn

Ludmila Pagliero

Distribution de la Première, 4 juillet 2016
Ludmila Pagliero, Léonore Baulac, Fanny Gorse, Sylvia-Cristelle Saint-Martin, Lydie Vareilhes, Laure-Adélaïde Boucaud, Roxane Stojanov, Camille Bon, Eugénie Drion, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Amélie Joannidès, Caroline Osmont, François Alu, Hugo Marchand, Germain Louvet, Jérémy-Loup Quer, Simon Valastro, Grégory Gaillard, Pablo Legasa, Paul Marque, Maxime Thomas

samedi 2 juillet 2016

Justin Peck-George Balanchine 2-15 juillet 2016


Entre chien et loup - Brahms Schönberg Quartet
Direction musicale - Patrick Lange
Orchestre de l'Opéra national de Paris


Arthus Raveau, Marc Moreau, Sae Eun Park

Entre chien et loup
Musique – Francis Poulenc Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur, 1932
Chorégraphie – Justin Peck
Décors – John Baldessari
Costumes – Mary Katrantzou
Lumières – Urs Schönebaum
Pianos - Frank Braley – Emmanuel Strosser
Création
Durée - 25mn

Distribution de la Première, 2 juillet 2016
Valentine Colasante (orange), Marion Barbeau (vert clair), Sae Eun Park (rose), Letizia Galloni (parme), Ida Viikinkoski (vert foncé)
Arthus Raveau (violet), Allister Madin (cyan), Marc Moreau (jaune), Daniel Stokes (gris), Alexandre Gasse (bleu cobalt), Antonio Conforti (rouge)



Mathieu Ganio - Dorothée Gilbert
Brahms-Schönberg Quartet (Premier mouvement)

Brahms-Schönberg quartet
Musique – Johannes Brahms Quatuor pour piano n°1 en sol mineur, op.25, 1861 orchestré par Arnold Schönberg (1937)
Chorégraphie – George Balanchine 1966 réglée par Maria Calegari et Bart Cook
Décors et costumes – Karl Lagerfeld
Lumières – Mark Stanley
Entrée au répertoire
Durée : 50 mn

Distribution de la Première, 2 juillet 2016
Premier mouvement (Allegro)
Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio & Sabrina Mallem
Deuxième mouvement (Intermezzo)
Amandine Albisson, Stéphane Bullion
Troisième mouvement (Andante)
Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann
Quatrième mouvement (Rondo Alla Zingarese)
Laura Hecquet, Karl Paquette




Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Brahms-Schönberg Quartet (Deuxième mouvement)


lundi 30 mai 2016

Giselle, Première 28 mai 2016


Amandine Albisson - Stéphane Bullion

Giselle est donc enfin de retour sur la scène de l’Opéra Garnier après une assez longue absence (2009), mais le ballet, souvent donné en tournée, n’est pas un oublié du répertoire. On s’explique mal cette absence à Paris, d’autant plus que c’est un favori des danseurs comme du public.
Une série de défections a malheureusement ponctué les dernières semaines chez les Etoiles du ballet, en premier lieu d’Emilie Cozette à Laura Hecquet avant même les distributions par dates connues, puis celles de Josua Hoffalt, Laëtitia Pujol, qui joue de malchance depuis la captation de 2006 (alors que c'était son rôle fétiche) et Alice Renavand, jusqu’au soir de cette Première avec celle à la dernière minute de Myriam Ould-Braham et par ricochet de son partenaire Mathieu Ganio qu’on espère voir par la suite.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
C’est donc Amandine Albisson et Stéphane Bullion, duo de l’Avant-Première qui s’était tenue la veille qui ont été sollicités à l’improviste pour lancer le retour à Paris de ce ballet mythique.
Il s’agissait pour Amandine Albisson d’une prise de rôle (l’avant-première n’étant pas statutairement comptabilisée comme une représentation). A l’invitation d’Eleonora Abbagnato, elle avait cependant déjà dansé le ballet à l’Opéra de Rome à l’automne dans la version de Patricia Ruanne, coachée par cette dernière. Amandine a également bénéficié de l’expérience de Stéphane Bullion, habitué du rôle dont il connaît tous les contours et qu'il a déjà dansé à l'Opéra avec trois partenaires différentes.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Amandine Albisson est une Giselle atypique par ses propres caractéristiques de ballerine solaire et flamboyante et le couple a su utiliser cette différence pour proposer une interprétation originale du ballet de Coralli-Perrot.
Elle présente ainsi une Giselle tonique, voire extravertie dans le premier acte, au flirt sans complexe, aux côtés du Loys cynique de Stéphane Bullion, dragueur éhonté, qu’elle préfére à Hilarion, rejeté sans hésitation. Les mouvements sont amples, elle rayonne dans sa danse plutôt terrienne, c’est une paysanne, et mène joliment la première partie du ballet avec son énergie et sa fraîcheur. Une fois Albrecht confondu, elle se lance dans une hystérie en accord avec ce personnage généreux qu’elle avait dessiné, tel un ouragan.
Albrecht jusqu’alors plutôt roué dans ses intentions et constamment dans ses apparitions de Loys "pressé de conclure" sa petite affaire, ne prend conscience de sa responsabilité qu’au moment ultime où elle git dans ses bras, introduisant ainsi une cohérence avec la suite du ballet.

Stéphane Bullion
Le remords envahit donc le deuxième acte introduit par la poésie de l’entrée d’Albrecht suivi du premier pas de deux. Dans ce long dialogue avec lui-même, Stéphane Bullion passe dans une autre dimension. De l’Albrecht sûr de lui, il ne reste plus rien. Albrecht triste aux lys chéris, Giselle devenue Wili, dialogue d’hallucinations dans l’irréel, peut-être la plus belle scène de la soirée. Le plateau de Garnier est très sombre, le tutu de Giselle s’envole comme par magie.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Par la suite, la Giselle spectrale d’Amandine Albisson est réellement fantomatique. Elle n’a pas la silhouette diaphane des Giselle de l’Opéra mais son regard absent est très puissant et renvoie à ce moment de folie du premier acte. Elle va protéger son aimé avec une même énergie mais cette fois désincarnée et gagner finalement sinon l’amour fou, le respect de ce dernier. Ses équilibres sont comme suspendus dans le temps, son évolution dans les bras d’Albrecht évanescente.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Victime désignée des Wilis, Stéphane Bullion va prendre en charge l’aspect dramatique de la deuxième partie de l’acte en interprétant un Albrecht se liquéfiant au fur et à mesure du ballet, montrant bien l’évolution de son épuisement. Il enlève d'abord une première variation pure et tonique des cambrés signifiants  à la puissante révoltade, puis dans une supplique poignante à Myrtha et aux autres Wilis dans sa deuxième variation introduite par des sauts de basque spectaculairement emprunts de la violence du désespoir.
L'aube arrive, les amants virtuels ont résisté, et dans un final magnifique de poésie, Giselle fait entrevoir l’avenir à Albrecht dévasté. Hagard, il voit Giselle lui échapper mais marche vers le futur, transformé.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Amandine Albisson et Stéphane Bullion ont donc surgi au dernier moment dans une distribution avec laquelle ils n’avaient pas répété, ce qui dans Giselle heureusement n’est pas capital, Stéphane Bullion ayant déjà interprété le rôle aux côtés de Vincent Chaillet et Sébastien Bertaud auparavant pour les seules vraies interactions avec d’autres personnages.
On peut regretter aux vues de l’Hilarion de Vincent Chaillet, un rien noble, qu’il n’ait pas la possibilité cette année d’interpréter Albrecht. Son Hilarion est sensible rappelant celui de Yann Bridard, ce qui le place presque en victime touchante dans la scène de la folie lorsque Stéphane Bullion le désigne responsable de la mort de Giselle.

Amandine Albisson, Stéphane Bullion et Valentine Colasante
La Myrtha de Valentine Colasante qui faisait elle aussi ses débuts possède déjà la dimension dramatique du rôle. Son entrée martiale est très prenante et elle mène son royaume d’une main de maître.
Le corps de ballet est très en place, chez les paysans comme chez les Wilis et François Alu et Charline Giezendanner rayonnent dans l’ingrat pas de deux des paysans, parfaits contrepoint pragmatique à l’idéal du couple principal.
Une fois la fumée disparue, le charme opère encore et on se dit que ce très beau ballet devrait être plus souvent à Paris

Vincent Chaillet - Amandine Albisson - Stéphane Bullion - Valentine Colasante

samedi 28 mai 2016

Giselle 27 mai - 13 juin 2016


Giselle
Ballet en deux actes
Livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Musique - Adolphe Adam
Chorégraphie (1841) - Jean Coralli et Jules Perrot transmise par Marius Petipa (1887)
Adaptée par Patrice Bart et Eugène Polyakov (1991)
Production  de 1998
Décors - Alexandre Benois (1924) réalisés par Silvano Mattei
Costumes - Alexandre Benois réalisés par Claudie Gastine
Orchestre des Lauréats du Conservatoire (Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris)
Direction musicale - Koen Kessels

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée du 24 septembre 2009

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Distribution de la Première, 28 mai 2016
Giselle - Amandine Albisson
Albrecht - Stéphane Bullion
Hilarion - Vincent Chaillet
Myrtha - Valentine Colasante

Stéphane Bullion


lundi 25 avril 2016

Les Applaudissements ne se mangent pas 25 avril - 3 mai 2016


Les applaudissements ne se mangent pas
Musique - Denis Mariotte
Chorégraphie -  Maguy Marin
Costumes - Maguy Marin
Décors - Ulises Alvarez, Maguy Marin, Denis Mariotte
Lumières - Alexandre Bénéteaud
Ingénieur du son - Antoine Garty
Musique enregistrée
Durée - 1h05
Entrée au répertoire


Première, le 25 avril 2016
Caroline Bance, Alexandre Carniato, Vincent Chaillet, Christelle Granier, Emilie Hasboun,  Laurence Laffon, Simon Le Borgne, Nicolas Paul

samedi 2 avril 2016

Iolanta/Casse-Noisette

Stéphane Bullion - Marine Ganio

Pour lancer leur première saison, Stéphane Lissner et Benjamin Millepied avaient imaginé une soirée extraordinaire reproduisant la mythique création de Iolanta et Casse-Noisette en l’an 1892. Pari difficile avec deux œuvres de disciplines différentes, lyrique et chorégraphique, ayant pour seul lien, la musique de Tchaïkovski. Pari gagné dans le sens où cette version se lit Iolanta/Casse-Noisette, œuvre totale et indissociable, ce qu’elle ne fut pas en 1892. Elle se distingue aussi grâce à des chanteurs et des danseurs  brillants et totalement engagés dans l'aventure. 

Marion Barbeau (de dos), Caroline Bance, Takeru Coste, Stéphane Bullion, Sonya Yoncheva, Nicolas Paul, Alice Renavand

Une fois ce parti pris, la tâche confiée à un metteur en scène en vogue qui s’est distingué dans des relectures de livrets d’opéra a d’évidence un peu nui à la profondeur chorégraphique du ballet comme au rayonnement de l’interprétation lyrique. Pour le ballet, les trois chorégraphes retenus ont clairement travaillé sur une trame très stricte écrite par Dmitri Tcherniakov qui leur laissait peu de liberté, le metteur en scène signant également les décors et imposant une esthétique année 50 plaçant notamment les danseuses sur talons aiguilles, contrainte très forte. Cependant, cette écriture centralisée du scénario permet la répartition harmonieuse des chorégraphes au style très distinct : à Arthur Pita, l’Entertainment, à Edouard Lock, l’angoisse et la dérision, à Sidi Larbi Cherkaoui, le charme dans les valses et les pas de deux. 



Pour unir les deux œuvres, l’idée de l’opéra dans le ballet est séduisante, d’aucun regretteront une mise en scène statique de Iolanta dans un espace réduit qui étouffe le son, mais la direction d’acteurs est précise et la distribution des voix brillante, dominée par la lumineuse Sonya Yoncheva.  D’autres ponts se retrouvent entre l’œuvre lyrique et l’œuvre chorégraphique, dans l’image et l’attitude des personnages -Marie/Iolanta la jeune fille simple, Vaudémont le timide, Robert le gouailleur, Ibn-Hakia/Drosselmeyer-, des lieux mais aussi dans les dispositions protectrices de l’entourage des jeunes Iolanta et Marie.

Marion Barbeau - Stéphane Bullion

Le cadeau d’anniversaire à la Marie de Casse-Noisette s’avère somptueux. Du Noël originel, on passe donc à une fête d’anniversaire où les chanteurs de Iolanta sont invités à participer, la substitution entre chanteurs et danseurs s’effectuant sur scène à la fin de l’opéra, grâce à leur apparence similaire, des vêtements, chapeaux et manteaux, évoquant l’hiver russe à la perruque rousse qu’arborent en commun Arnold Rutkowski et Stéphane Bullion : Vaudémont, le sauveur de Iolanta sera l’idéal amoureux de Marie, d’abord pendant sa fête, puis dans son rêve et finalement dans son cauchemar.

Stéphane Bullion, Marine Ganio, Alice Renavand

Tout débute donc pour le ballet dans l’atmosphère potache d’une soirée d’anniversaire animée par Drosselmeyer, un pétillant Nicolas Paul, chorégraphiée par Arthur Pita, un peu simplette qui contraste bien avec le règne de la terreur imposée par Edouard Lock dans la scène suivante de la Nuit. Là, l’ambiance Broadway sympathique que Pita avait dessinée se transforme en menace glaciale, la gestuelle rapide et acérée de Lock prenant le pas sur le reste du tableau. Alice Renavand, mère agressive s’oppose à l’idylle naissante entre Marie et Vaudémont, soutenue par une famille qui pète les plombs, sinistres comme les rats de la version traditionnelle de Casse-Noisette. L’effet est d’autant plus fort que les danseuses, sur leurs talons aiguilles, ont surtout une mobilité du haut du corps, accentuent les gestes brusques alors que les garçons pirouettent à vitesse grand V comme des bourrasques. 

Marion Barbeau - Alice Renavand

Cette sensation de rapidité chère à Edouard Lock se retrouve dans la scène de la forêt où Marie s’éveille à la sexualité devant des doubles agités de Vaudémont. Elle s’oppose dans les usuels divertissements pris en main par les doubles de Marie à cette mobilité des bras sur un corps  relativement statique. Cette partie du ballet, pleine de dérision évoque les grands événements des années 50, des cosmonautes soviétiques aux gardes rouges de la révolution chinoise en costume Mao.

Antoine Kirscher, Sofia Rosolini, Daniel Stokes, Simon Valastro 
Marie (remarquables Marion Barbeau dans la première distribution et Marine Ganio dans la deuxième), tout le temps en scène, traverse donc une histoire mouvementée et ne connaît que quelques moments de sérénité dans les bras imaginaires de Vaudémont lors des parties chorégraphiées par Sidi Larbi Cherkaoui. Celui-ci débarrasse la danseuse de ses talons par un premier subterfuge de l’effondrement spectaculaire (visuel et sonore) de sa maison. C’est le chaos et c’est sous les décombres que Marie retrouve à terre, sans vie,  Vaudémont qu’elle tente de ranimer dans un pas de deux fait de portés et de relâchement, d’émerveillement et de désillusion, le jeune homme ne se relevant pas à la fin. 

Stéphane Bullion - Marine Ganio

Ce moment de grâce après l’angoisse de la  nuit donnait un peu l’espoir d’un avenir radieux mais débouche sur la valse des flocons, une ode à l’hiver russe où les danseurs emmitouflés dans d’épais manteaux luttent contre la neige en tourmente, visuellement symbolisée par des projections tourbillonnantes. On retrouve Sidi Larbi Cherkaoui avec la valse des fleurs et le grand pas, comme pour une nouvelle fois provoquer la rupture avec le monde lockien angoissant de la forêt et des jouets monstrueux des divertissements. Les doubles de Vaudémont peuplaient l’un, les doubles de Marie l’autre : ils se rejoignent à tous les âges dans la valse de la vie. Au bout de celle-ci, Marie  retrouve Vaudémont pour un pas de deux de l’extase, plus abouti que le premier, plus sensuel aussi. Son voyage initiatique est terminé, elle se retrouve seule endormie chez elle : elle a rêvé. 

Stéphane Bullion - Marine Ganio