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dimanche 2 septembre 2018

Bye Bye 2017-2018


Œuvre de la saison 2017-2018

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot
Orphée et Eurydice - Pina Bausch


dimanche 1 avril 2018

Adieux Marie-Agnès Gillot

Stéphane Bullion-Maria RIccarda Wesseling - Marie-Agnès Gillot - Yun Jung Choi



samedi 24 mars 2018

Orphée et Eurydice 24 mars-6 avril 2018

Orphée et Eurydice
Opéra dansé en quatre tableaux

Musique - Christoph Willibald Gluck (opéra en trois actes, version française de 1774 traduite en allemand)
Chorégraphie et mise en scène - Pina Bausch
Décors, costumes et lumières - Rolf Borzik
Balthasar-Neumann Chor & -Ensemble
Chef des choeurs - Detlef Bratschke
Direction musicale - Manlio Benzi (26, 27, 28 mars et 1er avril 2018) / Thomas Hengelbrock (24, 30, 31 mars, 2, 3, 5 & 6 avril 2018)
Opéra dansé créé le 23 juin 1975 par le Tanztheater Wuppertal, entré au répertoire du ballet de l'Opéra national de Paris le 30 mai 2005


La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet du 4 février 2012 Orphée et Eurydice
Description 2008 : 7 février 2008
Recension 2012 : Première, 4 février 2012
Recension 2012 : Bilan 17 février 2012
Recension 2012 : New York, juillet 2012
Recension 2014 P : Première 3 mai 2014
Orphée et Eurydice - Deuil (vidéo ONP) : 16 mai 2014
Recension 2014 : 22 mai 2014
Oeuvre de la saison 2013-2014 : 24 juillet 2014
Synthèse Orphée et Eurydice : Tag Orphée et Eurydice

Stéphane Bullion -Marie-Agnès Gillot

Distribution de la Première, 24 mars 2018
Orphée : Stéphane Bullion, Maria Riccarda Wesseling
Eurydice : Marie-Agnès Gillot, Yun Jung Choi
Amour : Muriel Zusperreguy, Chiara Skerath

Stéphane Bullion- Marie-Agnès Gillot, Maria Riccarda Wesseling, Yun Jung Choi

lundi 28 juillet 2014

jeudi 24 juillet 2014

Œuvre de la saison 2013-2014

Stéphane Bullion

Orphée et Eurydice de Pina Bausch que la compagnie a eu l’excellente idée d’aller présenter à Madrid en juillet reste le meilleur souvenir d’une saison pourtant riche, d’abord en émotion avec le départ de trois étoiles mais aussi par sa proposition de ballets aux styles particulièrement variés.
Orphée et Eurydice, opéra dansé, joue peut-être hors-concours dans une autre dimension mais impossible de ne pas le distinguer par sa facture singulière et son apport à l’art en général.
 
Stéphane Bullion

L’intelligence plastique de la chorégraphie et de la scénographie alliée à la profondeur mystique de l’interprétation des danseurs parisiens en font une œuvre intemporelle qui plus encore cette année tend à la perfection. Les danseurs du ballet de l’Opéra de Paris la magnifient dans sa qualité intrinsèque comme ils l’enrichissent de corollaires exégètes.

Stéphane Bullion

Aux côtés de Maria-Riccarda Wesseling, le poète Stéphane Bullion met son âme meurtrie à nu et Nicolas Paul dévoile son énergie farouche. Sur les mots de Yun Jung Choi, Marie-Agnès Gillot  déploie un féroce désespoir,  Alice Renavand une explosion de sentiments.

Nicolas Paul

Temps  suspendu aux mélopées funèbres qui au-delà du mouvement transposent l’œuvre graphique en réflexion métaphysique, l’œuvre de Pina Bausch élève les sens autant que l’esprit, crée des passerelles de transmission entre la danse et le chant, entre le geste et la pensée, entre la vision et l'émotion, exaltation de la fonction essentielle de l’art, instrument esthétique de la réflexion.

Stéphane Bullion -  Marie-Agnès Gillot - Maria-Riccarda Wesseling -Yun Jung Choi

jeudi 22 mai 2014

Orphée et Eurydice


Stéphane Bullion

Deux ans après la dernière reprise, Orphée et Eurydice, revient à l’affiche dans les ors de l’Opéra Garnier pour magnifier l’œuvre aboutie de Pina Bausch sur la musique de Gluck. Parfaitement équilibrées en 2012, les distributions ont peu varié pour cette série, mais si l’on peut par exemple regretter qu’Eleonora Abbagnato ne reprenne pas le rôle qu’elle incarnait dans sa plénitude lors des deux premières présentations, il n’était pas vraiment utile de confier le rôle d’Orphée, déjà très difficile pour ceux qui correspondent au profil, à Florian Magnenet, totalement dans l’erreur du contre-emploi. Ainsi, Letizia Galloni reste au finish la seule vraie découverte intéressante dans le rôle d’Amour, petit moment de fraîcheur dans l’œuvre sombre de Pina Bausch. Malgré ce faux pas, l’œuvre de la chorégraphe reste un beau spectacle, pour les yeux comme pour les oreilles, avec des voix et un orchestre d’excellence, même pour ceux qui n’ont pu bénéficier de la présence de Stéphane Bullion ou Nicolas Paul.

Stéphane Bullion

Ces deux véritables chantres de la chorégraphe allemande, passionnants dans leurs styles si différents, ont brillé en solitaire dans les deux premiers tableaux, avant de mettre en valeur leurs Eurydice respectives, un peu plus uniformes cette saison, Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand. Les retrouvailles de ces duos ont permis d’apprécier les nuances et les évolutions que l’interprète impulse à sa vision du rôle. A la manière d’un classique, les quatre danseurs ont pu ainsi reprendre leur travail et pousser leur interprétation d’une manière significative, rappelant à tous que rien ne vaut la reprise d’un rôle pour en développer le(s) sens.

Nicolas Paul - Alice Renavand

Dans cet esprit, Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand avaient quelques longueurs d’avance, et si l’interprétation expressionniste de la première se réifie, Alice Renavand, plus en rondeur semble avoir cette année franchit une étape vers une plus grande extériorisation au détour d’impulsions plus puissantes ou des expressions faciales plus marquées. Mis-à-part un court solo dans le troisième tableau, Eurydice ne s’exprime vraiment que dans le quatrième et dernier, pour signifier incompréhension et douleur. La danse est ample chez les deux interprètes qui jouent de la sémillante robe rouge pour enflammer le plateau sans décor, comme une menace vis-à-vis du corps nu d’Orphée, menace dont elles subiront elles-mêmes l’ultime châtiment.

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot
Chez Pina Bausch, il y a une vraie dichotomie entre Orphée et Eurydice à la fois dans le style mais aussi dans l’esprit. Eurydice, la dryade défunte est terrestre sur tous les plans alors qu’Orphée, le musicien poète évolue dans la métaphysique.

Nicolas Paul
Nicolas Paul a repris le rôle de feu follet qui lui allait si bien en 2012. Son Orphée est comme son Eurydice, toute en action et en sinuosités. Vif et constamment en recherche d’appuis, jouant de l’instabilité comme d’une ressource énergétique vers sa quête désespérée, il parcourt la scène comme s’il franchissait des obstacles dans une éternelle énergie qui ne le rend jamais vraiment dramatique. Travail au sol d’un tonus phénoménal, il utilise la musique pour se donner du ressort là où Stéphane Bullion impose sa loi. Il est en ce sens un Orphée plus musicien que poète, plus composant avec les éléments dont il est constamment à l’écoute, tricotant le déroulement de l’histoire dans un fil parfois discontinue mais progressif. Figure dionysiaque, son Orphée est un maître du suspens, seule Eurydice et son insistance agressive mettra un noir point final à l’espoir tapis au plus profond de lui.

Stéphane Bullion

Incarnation de la figure apollinienne, l’Orphée poétique de Stéphane Bullion à l’inverse s’impose d’emblée en martyre. Son hexis corporelle à la découpe parfaite domine la narration par une construction successive de tableaux parfaitement fluides, gravure exemplifiée de la douleur. Inspiré, grave mais sans excès, il est d’une sensualité étonnante accentuant la mélancolie d’un personnage riche de sens. Si le danseur peut imposer cette image, c’est grâce à une maîtrise totale du geste qui le laisse jouer de sa motricité comme autant de nuances dans la narration. Dans sa délicatesse de poète, il danse grand car tout est signifiant.

Stéphane Bullion

Son Orphée spectral exhale la souffrance avec subtilité, porteur d’une puissance qui émane de l’intérieur, à la fois jaillissant d’énergie physique et d’émotion contenue. Ses mouvements précis sont alors autant d’attaques dans la partition que la voix de son double soutient avec force, faisant corps avec l’esprit du poème mais aussi de la musique. Au-delà de sa plastique anguleuse, Stéphane Bullion joue également de son physique pour rendre le style expressionniste de Pina Bausch. Pour déclamer sa plainte, les muscles apparents se meuvent du soléaire au biceps en passant par une cage thoracique qui semble n’avoir plus de limite dans son déploiement, il respire la douleur comme en décomposition, de la pointe des pieds jusqu’au bout des doigts de la main, livrant un Orphée d’anthologie : à la fois une œuvre graphique et une œuvre spirituelle, ce sublime Orphée s’inscrit dans l’histoire.

Stéphane Bullion




vendredi 16 mai 2014

Orphée et Eurydice - Deuil



Orphée et Eurydice - Pina Bausch par operadeparis

ORPHÉE ET EURYDICE
Christoph W. Gluck / Opéra dansé de Pina Bausch

Danseur : Stéphane Bullion
Mezzo-soprano : Agata Schmidt

Source: Opéra de Paris

dimanche 4 mai 2014

Première d'Orphée et Eurydice, 3 mai 2014

Stéphane Bullion
Orphée et Eurydice ballet chorégraphié par Pina Bausch est une œuvre passionnante car elle jouit de multiples niveaux qui saisissent tous les sens. Chaque reprise ajoute une pierre à l'édifice, les interprétations s'enrichissent et révèlent de nouvelles émotions. Elle  développe l'opéra de Gluck dans une chorégraphie tour à tour descriptive ou introspective. Au-delà de l’histoire, de son aspect philosophique, au-delà du lyrisme de la musique, de la poésie du chant, de l’esthétique de la danse, il y a une portée spirituelle qui touche au plus profond de soi. La clé de cette anamnèse est le personnage d’Orphée, poète s’affrontant au contact de la fatalité de la vie. 


Stéphane Bullion - Muriel Zusperreguy
Stéphane Bullion est cet unique Orphée dont les tourments du cœur et de l’âme conduisent à l’élévation au stade suprême de l’art. Cette idée que la perfection existe et qu’on peut la percevoir. Souvent perdu au fond de lui, ses rares regards sont bouleversants, sa détresse est angoissante, tout cela comme un oxymore d'un esthétisme antithétique : la douleur est belle et touche au sublime, il magnifie les effrois et le malheur, une poésie incroyable émane de sa danse.

Stéphane Bullion
L’intensité de son cheminement à travers les étapes constitutives du ballet est maîtrisée dans une introspection émotionnelle exceptionnelle qui contraste avec l’expressivité d’un corps délié et relâché qui crie son désespoir.

Stéphane Bullion - Maria Riccarda Wesseling

Maria Riccarda Wesseling qui conte l’amour et la détresse que Stéphane Bullion décline physiquement,  est un miroir parfait de la gravité épurée d’Orphée. Alors que les mouvements déchirants du danseur plongent Orphée au fil de l’histoire dans l’abîme de la tristesse, du questionnement et, in fine, de la déception, la  voix grave de la chanteuse apporte un relief particulier à l’histoire par sa narration linéaire, écho de l'intériorité mise à nue d'Orphée. La dimension philosophique du récit prend alors tout son sens et cette cohésion en nourrit le fil. 

Stéphane Bullion
La finesse et la subtilité de cette approche s’opposent à la danse brute et agressive de l’Eurydice de Marie-Agnès Gillot et l’on comprend bien vite dès le début du quatrième tableau que ce couple là, le poète nu et la harpie en rouge, n’a pas d’avenir. L’illusion de la félicité du bonheur conjugal ne survit pas aux épreuves de la vie. La détresse d'Orphée était raisonnée même si elle se justifie autrement dans cette déception. C’est pourquoi Pina Bausch a préféré terminer son ballet sur la mort des deux héros, tant le gouffre qui sépare la poésie mélancolique d’Orphée au matérialisme d’Eurydice est grand : incompatibles dans la vie, ils seront unis dans la mort.

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot


Première, 3 mai 2014
Orphée : Stéphane Bullion, Maria Riccarda Wesseling
Eurydice : Marie-Agnès Gillot, Yun Jung Choi
Amour : Muriel Zusperreguy, Jaël Azzareti
Stéphane Bullion


samedi 3 mai 2014

Orphée et Eurydice 3-21 mai 2014


Orphée et Eurydice
Opéra dansé en quatre tableaux

Musique - Christoph Willibald Gluck (opéra en trois actes, version française de 1774 traduite en allemand)
Chorégraphie et mise en scène - Pina Bausch
Décors, costumes et lumières - Rolf Borzik
Balthasar-Neumann Ensemble- Chor & Ensemble
Chef des choeurs - Detlef Bratschke
Direction musicale - Manlio Benzi (4, 5, 8, 9, 10, 12, 13 et 19 mai 2014) / Thomas Hengelbrock (3, 15, 16, 17, 20 et 21 mai 2014)
Opéra dansé créé le 23 juin 1975 par le Tanztheater Wuppertal, entré au répertoire du ballet de l'Opéra national de Paris le 30 mai 2005

Stéphane Bullion

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet du 4 février 2012 Orphée et Eurydice

Description 2008 : 7 février 2008
Recension 2012 : Première, 4 février 2012
Recension 2012 : Bilan 17 février 2012
Recension 2012 : New York, juillet 2012

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot


Distribution de la Première, 3 mai 2014

Orphée : Stéphane Bullion, Maria Riccarda Wesseling
Eurydice : Marie-Agnès Gillot, Yun Jung Choi
Amour : Muriel Zusperreguy, Jaël Azzareti



mercredi 1 août 2012

dimanche 22 juillet 2012

Orphée et Eurydice, New York juillet 2012



L’opéra de Paris a conclu sa tournée américaine par un défi culturel. Paris risqué car bien que l’opéra dansé de Gluck et Bausch soit supporté par ses magnifiques interprètes, les représentations d'Orphée et Eurydice arrivaient en terres quasi vierges. Parce qu’ils avaient adoré Pina de Wim Wenders, les Américains se voyaient déjà en train de consommer Orphée et Eurydice comme le digest estampillé de surcroit Opéra de Paris qui leur ouvrirait la porte à la chorégraphe allemande, oubliant (ou ne sachant pas) que parfois, un certain coût d’entrée peut être nécessaire à l’appréciation d’une œuvre artistique. 
L’aspect résolument esthétique de la production et la magie du chant ont sans doute porté à l’acclamation du public les trois représentations plus que l’investissement symbiotique du spectateur dans l’œuvre à la philosophie pessimiste de Pina Bausch comme on le constate à Paris à chaque reprise de cette œuvre majeure. Par là-même la récompense émotionnelle qu’il en découle semble absente, comme si l’infinie tristesse du message n’avait pas de place dans la civilisation du positif à tout va. 


Pourtant, l’Orphée et Eurydice de Pina Bausch sur sa petite scène new yorkaise a gagné en grandeur ésotérique. La dimension infiniment profonde qu’apporte Stéphane Bullion à la souffrance dans le premier tableau est un accomplissement parfait du cheminement intérieur de la douleur à ses im-possibilités d’expression. Reprise, réitération dans des mouvements toujours aussi sur-déployés, Stéphane Bullion fait un travail sur l’épurement émotionnel qui est remarquable et qui se détourne de l’intention pour atteindre le spontané et l'évidence. Chaque mouvement improbable construit invisiblement son cheminement vers le paroxysme d’une souffrance inexprimable, l'émotion à son comble. Son corps entier exhale cette douleur inexorable alors que son visage perdu s’évertue à ne pas polluer cette douleur par des signes qui seraient trop ostensiblement convenus. 


Stéphane Bullion balance dans le premier acte entre  la violence lente imprimée à son corps dont il déploie tous les aspects avec une insistance perverse dans des magnifiques déploiements de bras parcourant son buste du bassin aux petits doigts en passant par cette cage thoracique surdimensionnée et les arrêts christiques ou inspirés, le regard vers le ciel à qui il semble remettre une quête ou attendre la décision suprême, à savoir avouer là son impuissance. 
Son malaise est aussi celui du spectateur préparé progressivement de manière initiatique à recevoir la suite d’une histoire qui visuellement déstabilise souvent, si l’on excepte le troisième tableau, le moment le plus simple et le plus lyrique de l’œuvre de Pina Bausch, concession à la tradition mais aussi peut-être encore, mise en relief par l’opposé des scènes qui l’entourent.



Orphée progresse ainsi dans sa quête intérieure avant de se confronter à l’extérieur, des antithèses de la gravité de son personnage : la version joyeuse, Amour que Muriel Zusperreguy porte en contre, comme une mise en valeur de la solennité de la douleur du personnage d’Orphée, et la version colérique d’Eurydice, que Marie-Agnès Gillot s’évertue à contraster comme un papillon rouge virevoltant hystériquement dans un dialogue impossible alors que le deuxième tableau le confronte à l’inconnu.
"die Hölle selbst tobt in mir,
ihr Feuer glüht durch meine Brust"
 
C’est peut-être dans sa manière de charmer les enfers qu’il faut comprendre la philosophie du personnage car au milieu des désordres violents, son corps se plie et se disloque avec plus d’énergie mais avec la même résolution contemplative, clé de sa séduction du Cerbère. 


L’intériorité de la douleur d’Orphée est un mode d’expression qui s’accorde parfaitement à l’austérité scénographique et le dialogue avec Maria Riccarda Wesseling, tout en contrôle également. La pâleur de Stéphane Bullion dans son costume minimaliste constamment mis en exergue par un halo de lumière blanche et la sombre Maria Riccarda Wesseling dans sa longue robe noire qui attire les ténèbres, se complètent et enrichissent ainsi l’histoire, non seulement par le texte que la cantatrice développe avec une clarté absolue mais aussi par un vécu identique du malheur intérieur, la voix grave aux soubresauts parfois rugueux faisant écho à l’exploitation des développements thoraciques surdimensionnés du danseur. La remarquable mezzo soprano vit ainsi travers le texte le reflet complet de la chorégraphie de Pina Bausch qui appuie sur les attitudes comme elle met en valeur les mots dans ses intonations. 


Elle prend son envol lors du solo final où le danseur à genoux dans le coin de la scène, le dos tourné au public lui offre la complète représentation de la douleur face aux corps échoués des Eurydice décédées. Il est incontestable que pour saisir le haut niveau de richesse de ces instants de communion entre les Orphée, la connaissance du texte est un atout que Pina Bausch n’avait pas négligé en choisissant la version allemande de l’opéra de Gluck. Il n’est pas impossible non plus d’en saisir la plupart des aspects compte tenu des interprétations hautement symboliques des deux artistes qui transcendent le langage simple d’apparence de leur art. 


Car c’est Orphée qui porte  l’idée que Pina Bausch semble avoir donné en remaniant l’opéra de Gluck de l’impossible espoir en l’homme et la fresque que dépeint la chorégraphe allemande a une toute autre signification que celle donnée à la légende par Gluck. Par la simplicité visuelle du décor, celle des mouvements, de leur écriture, des costumes et de l’arrangement scénique, elle fait une œuvre universelle sur la souffrance et le désespoir, pourvu qu’on en accepte l’existence. 



samedi 21 juillet 2012

vendredi 17 février 2012

Orphée et Eurydice

Stéphane Bullion
Après un premier trimestre morne fait de créations ratées et de reprises en demi-teinte, Orphée et Eurydice est le premier spectacle vraiment enthousiasmant de cette saison 2011-2012 du ballet de l’Opéra de Paris.
Avec Orphée et Eurydice, opéra dansé, Pina Bausch s’approprie un mythe, une musique, un livret qu’elle tire vers le plus noir pessimisme pour créer un spectacle total mais décalé et clivé par rapport à la tradition lyrique. Esthétique de la tristesse, expressionnisme de la douleur, elle utilise la musique de Gluck de manière à la fois fine dans l’écriture chorégraphique fluide du corps de ballet tout en augmentant son oppression, par la simplicité, la répétition mais aussi par le jeu des mouvements bridés, les poses excessives, figées ou ultra-expressives des solistes.  Le travail sur le vocabulaire dépouillé dans une dynamique de répétition, à la fois des mouvements mais des variations, confère un apport symbolisé à la narration chantée.

Stéphane Bullion - Maria Riccarda Wesseling

La scénographie de quatre tableaux restitue des thèmes symboliques, Deuil, Violence, Paix et Mort qui rendent lisible le drame aux non familiers de la langue allemande. La très controversée version allemande de l’opéra de Gluck, ici remarquablement jouée par un orchestre baroque, le Balthasar-Neumann Ensemble, n’a sans doute pas été choisie par hasard par Pina Bausch lors de la création à Wuppertal en 1975. En doublant sur scène les danseurs par les chanteurs, elle entendait certainement le commentaire chanté comme essentiel à la richesse de la narration scénique. De fait, beaucoup de temps forts marqués dans la danse sont une illustration littérale du chant, en particulier chez Orphée dans la première partie alors qu’ils ne sont pas forcément soulignés par la musique, plus logiquement par la suite. Mais le texte ne bride pas le danseur qui peut jouer avec la distance comme Stéphane Bullion l’a démontré, puisque l’essentiel du propos est énoncé verbalement. Mais même privé d’une de ses clés, le spectateur non germanophone peut se laisser aller dans le flot esthétique de la narration visuelle pour suivre une histoire d’une simplicité par ailleurs connue.

Stéphane Bullion

Cette lecture est favorisée par le dépouillement conceptuel dans lequel évoluent les danseurs, un psyché de verre, un arbre arraché, un petit monticule de terre dans une cage de verre pour le premier tableau qui dépeignent l’atmosphère à la fois du deuil et de l’effondrement, dans laquelle les silhouettes effacées de l’éploré et celle blanche éclatante d’Amour se détachent parfaitement.
Quelques accessoires symboles de la tentation dans un deuxième tableau à l’espace réduit de panneaux blancs et de hautes chaises, offrent une vision simple et éclairée des enfers stylisés, pas vraiment effrayants mais dynamisés par l’intraitable Cerbère à trois têtes dans une agitation surgie de nulle part.

Stéphane Bullion - Marie Agnès Gillot
La pénombre douce aux sofas et fauteuils de fond de scène engageants favorise une vision des paradis plutôt opaque et sombre, comme indéfinis et mystérieux, préfigurant la fin de l’histoire, comme si Eurydice, à la danse sereine et douce dans une ambiance feutrée, y était bien mieux, même (ou/et surtout) sans Orphée.
Enfin la scène vide, cruelle, lumière blanche agressive pour le dernier tableau où le pale Orphée donne la mort à une Eurydice déchaînée dans ses atours rouge vif, évoluant autour des silhouettes noires des deux cantatrices.

Stéphane Bullion - Maria Riccarda Wesseling
En compagnie de Maria Riccarda Wesseling, Yun Jung Choi et Zoe Nicolaidou, deux distributions radicalement différentes ont alterné sur la scène de l’Opéra Garnier. Suite au trio de la Première Stéphane Bullion/Marie-Agnès Gillot/Muriel Zusperreguy agrémenté du Cerbère de Vincent Chaillet/Vincent Cordier/Aurélien Houette, Nicolas Paul/Alice Renavand/Charlotte Ranson + Audric Bezard/Vincent Chaillet/Alexis Renaud ont pris la scène et des spectacles et attendus complètement différents se sont révélés au public.
Les deux Orphée de cette année effectuaient une prise de rôle. Le choix de ces deux artistes paraissait d’emblée logique à la vue de leurs expériences passées et leur proposition artistique n’a pas déçu. Radicalement différents tout au long de leur parcours solitaire, l’Orphée de Stéphane Bullion est celui de la mortification, celui de Nicolas Paul, de la passion. Ils portent l’histoire à travers des cheminements divergents jusqu’au duo avec Eurydice. Stéphane Bullion et Nicolas Paul, ont choisi intériorisation ou lyrisme par rapport à un pathos expressionniste ou doloriste pour exprimer la douleur de la perte de l’être aimé puis celle de la déception une fois Eurydice retrouvée.

Au-delà de l’écrin dressé et la structure théâtrale posée, l’interprétation des danseurs donne à voir des moments intenses de désarroi humain, et plus que jamais, Stéphane Bullion a livré une  composition magistrale en restituant sur scène la sincérité de son moi intime. C’est un rôle auquel son tempérament le destinait et son Orphée s’impose, tant par sa singularité que par son esthétique glacée qui s’inscrivent comme un apport à la composition dramatique de Pina Bausch.

Stéphane Bullion

Stéphane Bullion a présenté un travail d’une finesse extrême sur la quête intérieure des émotions et des sentiments. Dans la première partie de l’œuvre, sa douleur tétanisante n’est jamais extravertie mais s’exhale subtilement et par là même, sa souffrance jamais évacuée évoque angoisse et déchirement. Lorsque parfois elle confère à l’oubli de soi comme dans le deuxième tableau où le poète s’exprime pour charmer Hadès, elle en devient émotionnelle et sublimée d’esthétisme. Sans jamais verser dans un lyrisme qui ne serait pas en accord avec l’intégrité du personnage, elle aboutit presque à un paroxysme ascétique et spirituel qui débouche sur le troisième tableau. Dans la progression de son voyage, il se tient sur une ligne directrice très forte qui part d’un hiératisme rigoriste avec des variations subtiles sur la partition musicale, un rendu nuancé de pudeur, un travail sur la fierté et la volonté de contrôler une douleur pourtant à fleur de peau dans le dernier tableau. Là, grâce à un artifice facial léger, il atteint les sommets d’émotion par une pureté cristalline qui donne à voir le fond de son âme. Cet Orphée est celui de la fêlure. Chaque instant menace de le désagréger mais une force physique prend source dans cette fragilité profonde. Cette puissance émotionnelle s’inscrit parfaitement dans la tension dramatique de l’histoire et s’extériorise peu à peu dans ce dernier tableau où elle est d’une autre nature puis qu’elle ne ressort plus de son angoisse intérieure mais de sa confrontation avec Eurydice, la douleur de l’incompréhension plus insoutenable que celle du deuil.

Stéphane Bullion
Son interprétation va de pair avec la singularité de ses mouvements, maîtrise du sol, gestuelle souple mais serrée, délié du haut du corps emprunt de la même réserve, corps et âme unis dans la souffrance. Il utilise également à merveille l'aspect graphique de la chorégraphie de Pina Bausch. En phase absolue avec son Orphée vocal, spectre noir qui le conduit vers la mort, ils construisent tous les deux une narration riche qui se complète, Stéphane Bullion livrant son interprétation du texte.

Nicolas Paul
Dans une énergie complètement différente presque à l’opposé, Nicolas Paul a choisi de restituer un personnage plus dual, mélange de lyrisme et de fureur non retenue quelquefois, sans toutefois atteindre l’outrance. Son Orphée est vif et spontané, ouvert, presque candide dans sa souffrance et par là même immédiatement touchant. Plus juvénile et moins poète que celui de Stéphane Bullion, sans retenue dans une douleur qu’il veut passionnée mais non doloriste, il donne du souffle et du relief à sa composition théâtrale. Aux pleureurs du corps de ballet, il impose une inconstance qui montre le désarroi de l’être humain là où la posture de Stéphane Bullion est quasiment inhumaine. Sa progression à travers la narration se fait par une danse très caractéristique du vocabulaire de Pina Bausch dans le sens où elle est souvent moins achevée, presque échevelée, restituant la douleur et le mal être par ces simples appuis instables et souvent à la limite. Dans l’esthétique d’ensemble, Stéphane Bullion d’une rigueur absolue semble martyriser son corps souffrant dans l'esthétique statuesque de Pina Bausch alors que Nicolas Paul en exploite le côté recherche, plus optimiste dans ses enchaînements. Sa quête éperdue va souvent de l’avant, s’extériorise dans des gestes amples, en particulier dans le tableau des enfers. Il se dissocie un peu par là-même de la rigueur de Maria Riccarda Wesseling qui semble vivre sa vie comme un commentaire de l’interprétation chorégraphique alors que Nicolas Paul suit le texte à la lettre.

Nicolas Paul

Aux côtés de ces Orphée remarquables, deux Eurydice plus expérimentées mais complètement différentes également. Si le rôle est mineur par rapport à celui d’Orphée, Pina Bausch lui a conféré une position clé dans la tragédie, puisqu’Eurydice ressuscitée, défiante de son amant, provoque leur perte. Elle suit en cela le livret de Gluck mais en coupant la fin heureuse où Amour revient empêcher Orphée de se suicider et lui ranime Eurydice, elle termine son propos sur cette trahison, Orphée mourant alors peut-être plus par déception que par amour.

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot

Eurydice de Stéphane Bullion, Marie-Agnès Gillot reprenait là un rôle familier, peut-être trop. Sa danse est spectaculaire et ample mais sacrifie à la démonstration aux dépends de l'investissement dans une interprétation. Par trop simpliste, elle livre une Eurydice plutôt harpie. Sa sérénité dans le troisième tableau parait tout aussi égocentrique que sa douleur dans le quatrième où elle s’affronte à Orphée. Ce choix d’une souffrance expressionniste lui donne trop un aspect narcissique et prédateur lorsqu’elle côtoie la poésie inspirée de Stéphane Bullion.

Nicolas Paul - Alice Renavand

A l’inverse, la partenaire de Nicolas Paul, Alice Renavand livre une interprétation sensible et nuancée. Sa danse aérienne rend parfaitement justice à son rôle de nymphe éplorée et son élégant délié restitue à la fois l’incompréhension et la douleur sans jamais aller trop loin dans les déhanchements, sa complainte est une sorte de reflet poétique de son époux. Elle n’intime rien à l’être aimé, elle ne comprend simplement pas son indifférence et leur duo semble alors plus probable et plus porteur. Et pourtant, son Eurydice, souple et douce, montre autant de souffrance, ses regards en disent plus que des gestes appuyés, son intensité est judicieusement amenée dans les moments clés où elle suscite spontanément la compassion chez le spectateur.

Stéphane Bullion - Muriel Zusperreguy


Le petit rôle d’Amour permet à Muriel Zusperreguy mais aussi à Charlotte Ranson d’apporter un répit dans la tension du premier tableau. Vitesse, légèreté, les deux danseuses rivalisent de mutinerie pour évoquer l’innocence et l’espoir. Muriel Zusperreguy comme Alice Renavand, exemplifie parfaitement un haut du corps aux sinuosités tentatrices très caractéristiques de Pina Bausch et son Amour exhale une fraîcheur qui ne verse jamais dans la niaiserie.
Leur temps de présence réduit autorise ensuite les Amour à rejoindre le corps de ballet qui a peu évolué dans sa composition depuis la dernière reprise, même si la présence lumineuse de Letizia Galloni qui y faisait ses débuts se remarque. Les danseurs sont maîtres de la chorégraphie et leur rapport  à la musique et aux chœurs est saisissante, tant dans les moments douloureux du Deuil que dans ceux sereins de la Paix. 

(de g à d) Aurélien Houette - Vincent Cordier - Vincent Chaillet & Sébastien Bertaud
Entre temps, la Violence aura permis à Vincent Cordier de rappeler quel excellent choix il fut déjà en 2008 pour la captation vidéo. Difficile en effet de ne pas souligner la présence très forte des danseurs Cerbère, dans les deux distributions, ne serait-ce que parce que physiquement et chorégraphiquement, on pourrait même dire graphiquement, le rôle que leur a dévolu Pina Bausch est primordial. Vincent Chaillet et Vincent Cordier sont des leaders charismatiques.  En s’opposant à la douceur d’Orphée qui finira par les charmer pour les faire céder dans le deuxième tableau, ils reviennent presque inexorablement à la fin du ballet comme pour démontrer la supériorité de la violence sur la paix. Cette fin s’inscrit dans la lignée de l’œuvre dramatique où Pina Bausch fait dans son ensemble référence à une humanité sans espoir de rédemption par l’amour qu’elle condamne comme source de malentendu, Orphée et Eurydice ne se plaçant pas dans le même paradigme de sa compréhension, le monde aux aguets prêt à magnifier leur échec. 

Nicolas Paul - Alice Renavand - Maria Riccarda Wesseling - Yung Jung Choi