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mardi 28 juillet 2009

Couples de saison...

Les coups de coeur ponctuels de la saison... Des couples pour changer...

Emilie Cozette et Nicolas Le Riche
dans Le Parc d'Angelin Preljocaj



Hervé Moreau et Isabelle Ciaravola
dans la Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier
mais aussi dans Onéguine de John Cranko et
Proust ou les intermittences du coeur de Roland Petit


Stéphane Bullion et Agnès Letestu
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans In The Night de Jerome Robbins


Delphine Moussin et Yann Bridard
dans Le Parc d'Angelin Preljocaj

Christophe Duquenne et Dorothée Gilbert
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans En Sol de Jerome Robbins

Stéphane Bullion et Florian Magnenet
dans Proust ou les intermittences du coeur


Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard
ici après l'Arlésienne de Roland Petit
mais aussi merveilleux dans Le Sacre du Printemps de Maurice Béjart


Maria Alexandrova (invitée du Bolshoi) et Stéphane Bullion
dans Raymonda version Rudolf Noureev




mardi 26 mai 2009

Proust ou les intermittences du coeur 27 mai-8 juin 2009


Proust ou les intermittences du coeur

Ballet en deux actes et treize tableaux inspiré du roman de Marcel Poust A la recherche du temps perdu
Chorégraphie et mise en scène - Roland Petit (1974)
Musiques - Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner
Décors - Bernard Michel
Costumes - Luisa Spinatelli
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 1er mars 2007

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2007 "Proust ou les intermittences du coeur"


Morel
Stéphane Bullion

Le ballet de Roland Petit s’attache à évoquer le sentiment amoureux dans l’œuvre de Proust A la recherche du temps perdu. Il procède par impressions qui prennent forme dans des tableaux où personnages ou couples sont traités sur le mode des rapports amoureux. Dans la première partie, il dépeint "le paradis", c’est-à-dire, la légèreté de l’amour qui serait "bien vu" même si homosexuel dans le cas d’Albertine et Andrée, ou frustré dans celui de la prisonnière. Comme dans un acte blanc, les lumières sont claires, les personnages habillés de même, les rares décors du ballet évoquant la légèreté, l’insouciance… C’est aussi le monde des femmes…

Saint-Loup et Morel
Florian Magnenet et Stéphane Bullion

Dans la deuxième partie, on entre dans l’amour interdit, bien souvent homosexuel comme un acte noir avec une débauche d’hormones mâles. C’est l’occasion de montrer le côté charnel de l’amour plutôt évoqué sous forme de sentiment au premier acte. Les hommes en noir, les femmes en couleurs violentes comme le rouge, les lieux sombres –la maison close, l’auberge où Monsieur de Charlus se fait fouetter- et les costumes sombres, à l’exception de la scène des rencontres dans l’inconnu et du pas de deux d'anthologie entre Morel et Saint-Loup qui soulève à cet égard plein d’interrogations. Il débouche sur le final apocalyptique de la fin d’un monde, lourd et pesant qui replonge dans le noir…


Saint-Loup et Morel
Florian Magnenet et Stéphane Bullion

ACTE I - Quelques images des paradis proustiens

Pour introduire son ballet, un tableau non dansé met en scène quelques personnages en costumes qui fréquentent le salon de Madame Verdurin où un chanteur lyrique divertit les habitués. Cette installation dans une atmosphère est aussitôt prise à contre pied par l’apparition comme magique d’un couple mixte qui danse la petite phrase de Vinteuil. Cette évocation de la rencontre d’Odette et Swann est le paroxysme de l’idéalisation de l’amour puisqu’il n’est pas encore consommé… Les danseurs en blanc livrent un pas de deux de la douceur et de la sérénité dans une abstraction totale de sentiment. C’est l’accord par le geste et le mouvement.

La petite phrase de Vinteuil
Laura Hecquet et Christophe Duquenne

Les tableaux qui montrent Gilberte, Odette et Swann, Andrée et Albertine, puis Proust jeune [le narrateur] et Albertine, sont traités avec légèreté dans la musique comme dans la danse, même si quelquefois ils ont trait à des événements moins anodins, les doutes de Swann au sujet d’Odette, l’homosexualité d’Albertine.

"Les aubépines" ou les mots-fées"
Mathilde Froustey

Roland Petit reprend alors le ton détaché que Proust utilise pour décrire ces épisodes dans son langage gestuel qui lui est propre. D’un point de vue chorégraphique, cette légèreté est rendue un peu trop simplement pour marquer le spectateur et certains moments sont terriblement ennuyeux.

"Les jeunes filles en fleurs" ou les vacances enchantées
Caroline Bance et Isabelle Ciaravola

Lorsqu’on arrive au pas de deux de la prisonnière qui s’ouvre sur un solo de l’homme, la superficialité des précédents tableaux est présente à l’esprit mais on plonge soudain dans la gravité, voire la douleur, en particulier avec Hervé Moreau qui traite le personnage très intérieurement. Sa partenaire, Isabelle Ciaravola, endormie, semble beaucoup plus à l’aise que dans les deux tableaux précédents. La transcription de l’homme rongé par ses pensées est admirablement bien réalisée dans la chorégraphie et incorporée par Hervé Moreau, tour à tour regard noir puis extase… Un moment qui préfigure le deuxième acte.


"La regarder dormir" ou la réalité ennemie
Hervé Moreau

Christophe Duquenne, un autre beau "Proust jeune" (le narrateur), est plus lyrique, beaucoup moins dévoré et introverti. Il est pourtant d'évidence en souffrance. Il vit le rôle avec intensité, plus impétueux qu'Hervé Moreau et répond parfaitement à Eleonora Abbagnato qui nourrit un personnage aussi très glamour, moins simple qu'Isabelle Ciaravola ou Dorothée Gilbert. Ces deux danseurs très différents se mêlent ici admirablement et dansent vraiment à l'unisson.

Christophe Duquenne

ACTE II - Quelques images de l'enfer proustien

Mis à part un final un peu trop long mais qui est très évocateur de la fin d’un monde, le deuxième acte est l’inverse du premier par sa noirceur, son intensité et la qualité narrative de ses tableaux.

Stéphane Bullion

Morel est le fil conducteur de l’acte. C’est un homme libre qui n’a pas les contraintes de la société précédemment décrite. Il est l’antithèse de Charlus, vieux baron coincé, qui est amoureux de lui et se ronge de faire des folies pour un jeune homme aussi libertin.
Dans le tableau de la rencontre où Charlus rêve qu’il est un violoniste célébré, Morel est éclatant de virtuosité, d'humour et de détachement.

"Monsieur de Charlus face à l'insaisissable"
Morel et Charlus
Stéphane Bullion et Manuel Legris


Stéphane Bullion qui avait créé le rôle en 2007 hisse le personnage au plus haut niveau. Il est brillant sur tous les plans, technique (une petite batterie époustouflante) et dramatique, un jeu d’une finesse et d’une subtilité qui éclatent d’autant dans le tableau suivant où il parcoure avec sensualité le lupanar dans un peignoir rouge, les yeux brillants, fureteurs et amusés.
Dans ce tableau, Stéphane Bullion a le rayonnement adéquat pour définir le charisme de Morel (qui tombe à peu près tout le monde dans La Recherche) le violoniste apparaissant plutôt solaire avant de révéler dans la suite du ballet, une personnalité plus ambiguë. Il apparait alors comme un objet de désir qui prend plaisir simplement à la vie, regard joyeux avec les prostitués, et plutôt désolé pour Charlus qui est terriblement mal à l'aise de le voir s'amuser.


"Monsieur de Charlus vaincu par l'impossible"
Morel et un vieil homme
Stéphane Bullion et Francesco Vantaggio

L’érotisme de son corps fait ici écho au lustre de son âme, devant un Manuel Legris au comble du malheur, puisqu’il s’offre aux autres, à tous les autres, garçons ou filles. La composition des deux hommes est très réussie et Manuel Legris dépeint ce vieillard lubrique de très belle manière, ridicule d’amour dans leur première scène, pathétique de détresse dans la maison close où les prostitués se moquent de son idolâtrie pour Morel. Aurélien Houette et Simon Valastro qui interprètent aussi Charlus cette année, se débrouillent également de fort belle manière de ce personnage qui pourrait vite devenir scabreux, mais qui n'est finalement que tristesse. L'intensité que Simon Valastro donne à son Charlus est un peu déformée vers le comique lorsqu'il s'affronte à Audric Bezard en Morel, en raison de la différence de taille. Petit papillon reluquant l'impossible, il force l'admiration par un travail dramatique parfait. A l'inverse, Aurélien Houette est en face de Stéphane Bullion, un Charlus détruit par une impuissance d'autant plus marquante que sa carrure ne le désigne pas d'office perdant.

Morel et Charlus
Stéphane Bullion et Manuel Legris

C’est lors de la flagellation dans l’auberge que Charlus reprend un peu de sa superbe, le plaisir affleurant la souffrance, acceptant enfin ses envies… Cette scène est transcrite sous forme de mano a mano avec quatre beaux gosses un peu frustres dans une chorégraphie inventive et pleine de rebondissements. Aurélien Houette à la figure plus imposante donne alors au personnage un véritable ancrage dans le sado-masochisme car il n'est jamais victime de ses acolytes.

"Les enfers de Monsieur de Charlus"
Mathieu Botto, Aurélien Houette, Manuel Legris, Yvon Demol, Yong-Geol Kim

Avant de poursuivre les aventures de Morel, Roland Petit octroie une pause dans l’inconnu où quatre danseurs, trois garçons et une fille, parfois en couple, parfois ensemble se livrent aux joies de l’amour en contre-jour. La sinuosité des corps et des figures symbolise l’érotisme de la liberté de jouir, de "se rencontrer" sans a priori et sans contrainte.

"Rencontre fortuite dans l'inconnu"
Allister Madin, Peggy Dursort, Mickaël Lafon, Erwan Le Roux



"Ce garçon pouvait agir comme bon li semblait, il était libre. Mais s'il y a un côté où il n'aurait pas dû regarder, c'est le côté du neveu du baron. D'autant plus que le baron aimait son neveu comme son fils; il a cherché à désunir le ménage, c'est honteux. Et il a fallu qu'il y mette des ruses diaboliques, car personne n'était plus opposé à la nature de ces choses-là que le marquis de Saint-Loup"
(
Marcel Proust, Albertine disparue)

L’homme libre justement, Morel, s’attarde à séduire Saint-Loup, l’homme pur, neveu de Charlus qui tombe lui aussi sous son charme et avec qui il entretient une correspondance amoureuse qui révèle son secret. L’alchimie presque sexuelle qui existait entre Stéphane Bullion et Mathieu Ganio en 2007, est absente du couple que le premier fait avec Florian Magnenet, peut-être un peu juste dramatiquement pour le rôle.

"Morel et Saint-Loup ou le combat des anges"
Saint-Loup
Florian Magnenet

Il échoue à donner au personnage de Saint-Loup une contenance autre que de faire valoir de Morel, même après un solo (sur le mode de construction de l’autre pas de deux amoureux qui terminait le premier acte) où il pose un personnage en souffrance et victimaire. L’impalpabilité de son Saint-Loup en fait une proie totalement désarmée face à Stéphane Bullion, pourtant moins carré physiquement, qui dès son entrée en scène, regard de braise ou de cynisme, se montre invulnérable, dominateur conquérant rien que par la volonté.

Morel et Saint-Loup
Stéphane Bullion et Florian Magnenet

Ce déséquilibre entre les deux danseurs lève un peu l’ambigüité sur les rapports entre les deux hommes, Florian Magnenet apparaissant comme victime là où Mathieu Ganio était plutôt partagé et dévoré par l’envie et le désir.
C'est également le choix fait par Christophe Duquenne face au Morel peu enthousiasmant pourtant de Josua Hoffalt. Celui-ci n'est absolument pas mûr dramatiquement pour ce rôle et la position de Christophe Duquenne est difficilement compréhensible dans leurs rapports. Son Saint-Loup fait très intériorisé comme si les danseurs quelquefois ne dansaient pas ensemble, juste côté à côte...

Saint-Loup
Christophe Duquenne

En effet, si ce pas de deux entre Morel et Saint-Loup est en lui-même une vraie réussite, il peut aller très haut dans le lyrisme s'il y a alchimie entre les danseurs. En 2007, Hervé Moreau avait déjà un peu souffert de l'étrange domination scénique de Stéphane Bullion, très à son aise dramatiquement, alors que Mathieu Ganio avait réussi par la fragilité de son personnage à établir une véritable tension émotionnelle et érotique.

Saint-Loup et Morel
Hervé Moreau et Audric Bezard

Face à Audric Bezard, Hervé Moreau reprend une ascendance sur scène grâce à son magnétisme naturel. Son Morel cette année est plus serré dramatiquement, moins voluptueux, plus mâle. Comme Audric Bezard n'est pas particulièrement puissant malgré sa taille, cela donne un couple très équilibré qui fonctionne très bien, même s'il manque toujours une émotion.

Morel et Saint-Loup
Stéphane Bullion et Florian Magnenet

Même si les sommets de 2007 ne sont pas atteints cette année, cette chorégraphie est un pas de deux merveilleux, d’une sensibilité et d’une grâce exquises et le grandiloquent du final qui suit avec le "réveil" de Proust, est presque de trop…

Stéphanie Romberg, Stéphane Bullion, Hervé Moreau, Isabelle Ciaravola, Manuel Legris

mardi 19 mai 2009

Pleins Feux Proust ou les intermittences du coeur

Hervé Moreau et Isabelle Ciaravola

Isabelle Ciaravola et Hervé Moreau (remplaçant à la dernière minute Benjamin Pech) ont répété le "pas de deux de la Prisonnière" sous la houlette de Laurent Hilaire.
Les deux danseurs ont dansé séparément le rôle en 2007, elle avec Manuel Legris et lui avec Eleonora Abbagnato, il s'agissait donc de calage.

Hervé Moreau, Laurent Hilaire et Isabelle Ciaravola

Les Pleins feux avec Laurent Hilaire sont toujours passionnants car il aborde la répétition avec une fougue et un professionnalisme intense. Il ne fait pas de démonstration ou juste des commentaires pour meubler mais entre vraiment dans le coeur des rôles et des difficultés techniques pour les décortiquer et faire profiter les danseurs de ses conseils. Par ailleurs, avec un langage simple, il éclaire les spectateurs des problèmes qui se posent avec une évidence que l'oeil profane ne décèle pas.
Il fait constamment le pont entre la technique et la musicalité mais aussi la signification de la gestuelle dans le cours du ballet avec une possession du rôle qui va au-delà de la technique. Il est toujours très précis dans ses indications, très attentif à ses danseurs et son coup d'oeil incisif détecte tout de suite l'amélioration possible et la manière de la réaliser. Efficacité absolue.
Ambiance détendue -l'humour de Laurent Hilaire est constant- mais travailleuse, les danseurs écoutent beaucoup et regardent, car le maître de ballet montre aussi... La communication avec le public est totale... Une heure très -trop- vite passée...

Hervé Moreau et Isabelle Ciaravola

dimanche 25 mars 2007

Proust ou les intermittence du coeur 1-31 mars 2007




Proust ou les intermittences du coeur
Ballet en deux actes et treize tableaux inspiré du roman de Marcel Poust A la recherche du temps perdu
Chorégraphie et mise en scène - Roland Petit (1974)
Musiques - Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner
Décors - Bernard Michel
Costumes - Luisa Spinatelli
Lumières - Jean-Michel Désiré

Argument (source Opéra de Paris)

Première partie - Quelques images des paradis proustiens

Ouverture
Camille Saint-Saëns, "Le carnaval des animaux", 1886

Tableau I. " Faire clan" ou l’image du snobisme offensif selon Proust

Il s’agit du clan Verdurin et de sa Patronne. Son clan ? Des non-nobles, des non-nés qui, sous couvert de non-snobisme, qualifient les mondains "d’ennuyeux", alors qu’ils sont aussi snobs qu’eux. En vérité, Madame Verdurin rêve de ce qu’affecte de mépriser cette duchesse de Guermantes chez qui tous les hommes du clan voudraient être reçus, à laquelle toutes les amies de la Patronne souhaiteraient ressembler. Madame Verdurin parviendra à ses fins. Un mariage avec le prince de Guermantes couronnera cette splendide carrière parisienne.
Dans ce tableau, nous assistons à la multiplication de "l’idée-Duchesse-de-Guermantes" dans l’esprit des membres du clan.
Renaldo Hahn, "L'heure exquise pour baryton et piano, 1883

Tableau II. "La petite phrase de Vinteuil" ou la musique des amours.
Dans la passion de Swann pour Odette, une sonate – qu’ils ont entendue ensemble au premier temps de leur amour – joue un rôle déterminant. Quelques mesures seulement – qu’ils appellent "la petite phrase" - deviennent entre eux comme un leitmotiv si puissant qu’il prend aussitôt presque autant d’importance que les amants eux-mêmes. C’est "l’air national de leur amour" nous dit Proust.
Dans ce tableau, nous assistons à une interprétation de la sonate telle que l’a décrite Proust. Le danseur personnifie le violon, la danseuse le piano.
César Franck, "Sonate pour violon et piano", 1886

La petite phrase de Vinteuil
Christophe Duquenne et Laura Hecquet

Tableau III. "Les aubépines" ou les mots-fées.
Il y a chez Proust des mots qui portent en eux tant d’exaltation qu’ils sont à eux seuls toute une histoire. Ainsi le mot Aubépine. C’est aux aubépines qu’il dit adieu, enfant, à l’instant où il lui faut quitter la campagne. C’est parmi les aubépines qu’il entr’aperçoit pour la première fois "une fillette d’un blond roux" dont il tombe éperdument amoureux. Il reste devant un chef d’oeuvre. Il fait un écran de ses mains pour n’avoir qu’elle sous les yeux. Dans ce tableau nous assistons à l’apparition de Gilberte parmi les aubépines.


Tableau IV. "Faire catleya" ou les métaphores de la passion.
Le premier soir où Swann monte en voiture avec celle qui deviendra sa maîtresse, Odette porte à la main un bouquet de catleyas et encore d’autres catleyas "enfoncés dans l’ouverture de son corsage décolleté". Il la posséda ce soir-là en commençant, sous prétexte de ne pas les froisser, par arranger les catleyas. Par la suite, il y eut dans leur conversation la phrase "faire catleya" qui eut pour eux seuls, sa véritable signification.
Dans ce tableau nous assistons aux prémices de la passion de Swann pour Odette.
Camille Saint-Saëns, "Morceau de concert pour harpe et orchestre", 1918


Swann et Odette
Alexis Renaud et Eve Grinsztajn

Tableau V. "Les jeunes filles en fleurs" ou les vacances enchantées.
Face aux jeunes filles le narrateur croit se trouver devant un paradis de pureté, de fraîcheur. Il observe, fasciné, leur va-et-vient sur la plage. Il ne pourra plus concevoir de vacances sans elles.
Ce tableau n’est rien d’autre qu’une image de ces jeunes filles en robes blanches qui fascinaient Marcel Proust.
Claude Debussy, "La mer", 1903-1905

Proust jeune
Hervé Moreau

Tableau VI. Albertine et Andrée ou la prison et les doutes.
Ce que le narrateur a pris pour un paradis de pureté, de fraîcheur, ces jeunes filles en fleurs qui le fascinent ne sont-elles, à l’image du monde des adultes, que mensonges et faux-semblants, cachant toutes sortes de gestes impudiques et de désirs équivoques ?
Dans ce tableau nous assistons à ce qui va ôter à l’amoureux des jeunes filles ses dernières illusions. Il voit "Albertine et Andrée qui valsaient lentement serrées l’une contre l’autre". Mais jusqu’au bout il voudra douter de l’impureté de ses amis.
Claude Debussy, "Syrinx pour flûte seule", 1913

Tableau VII. "La regarder dormir" ou la réalité ennemie.
Il s’agit d’Albertine, cette jeune fille dont le narrateur a fait sa prisonnière. Il l’enferme chez lui pour l’arracher à ses amies, à son passé. Mais rien ne met un terme à la jalousie qu’il éprouve pas plus qu’aux doutes qu’elle suscite. Il ne peut l’aimer qu’endormie.
Dans ce tableau nous voyons l’amant et sa captive. Il l’interroge, il l’espionne jusque dans son sommeil. Et rien ne fait taire sa jalousie. La belle endormie disparaît comme dans des sables mouvants.
Camille Saint-Saëns, "Symphonie n°3 avec orgue", 1886

Proust jeune
Hervé Moreau

Deuxième partie - Quelques images de l’enfer proustien

Introduction

Camille Saint-Saëns, "Le carnaval des animaux", 1886


Tableau VIII. Monsieur de Charlus face à l’insaisissable.
Le violoniste Morel est ce jeune artiste devenu l’idole de Monsieur de Charlus. Le vieux gentilhomme qui n’est qu’une formidable imposture, cachant du mieux qu’il peut la horde de ses démons intérieurs, perd toute retenue. En la personne de Morel, Charlus croit avoir rencontré l’archange face auquel il pourra enfin être lui-même. Or Morel n’est rien de tout cela. C’est un homme du peuple qui vit libre des interdits qui étouffent Monsieur de Charlus et les siens. Face à Charlus, Morel demeure l’insaisissable.
Ce tableau symbolise les moments exaltants que Monsieur de Charlus éprouve pour le violoniste Morel, il rêve de lui, célèbre et adulé.
Ludwig von Beethoven, "14e quatuor à cordes op.131", 1826


Charlus et Morel
Manuel Legris et Stéphane Bullion

Tableau IX. Monsieur de Charlus vaincu par l’impossible.
Ce sont les terribles visions de la liberté de Morel dans le vice, la découverte de son idole, de celui qu’il prenait pour un archange, faisant commerce de son corps, qui auront raison de Monsieur de Charlus. Il voit enfin Morel sous son vrai jour, il est "devant l’impossible".
Ce tableau montre l’instant ou Monsieur de Charlus surprend Morel parmi les femmes dans la maison de plaisir de Mainville.
Camille Saint-Saëns, "Havanaise pour violon et orchestre", 1887

Morel
Stéphane Bullion
Tableau X. Les enfers de Monsieur de Charlus.
Le narrateur en quête d’aventure erre dans Paris. La guerre de 1914 fait rage et les gothas lancent des bombes sur la ville. Parce qu’il voit des soldats entrer dans un petit hôtel obscur, il y entre à son tour. Et là
Le tableau reproduit la scène célèbre où le narrateur, stupéfait, surprend, dans un hôtel borgne, Monsieur de Charlus flagellé par un des employés de la maison.
Camille Saint-Saëns, "Marche héroïque", 1871


Morel
Stéphane Bullion

Tableau XI. "Rencontre fortuite dans l’inconnu".
Certaines pages dans le Temps retrouvé sont une ode à la nuit trouble d’une ville que la guerre plonge dans l’obscurité, à Paris dans le noir, avec tout ce que cela apportait de tentations inconnues aux habitants infernaux de cette Pompéi, éternels quêteurs de plaisirs interdits.
Dans ce tableau, des êtres tâtonnent dans le noir à la recherche les uns des autres. Et l’obscurité, au lieu de les rendre inatteignables l’un à l’autre, les délivre de leurs timidités et leur apporte "un surcroît de bonheur". Ce sont "comme des rites secrets dans les ténèbres des catacombes".
Claude Debussy, "Danse pour harpe et orchestre" 1904

Saint-Loup et Morel
Mathieu Ganio et Stéphane Bullion

Tableau XII. Morel et Saint-Loup ou le combat des anges.
"Blond, doré, intelligent, doué de tous les prestiges", le jeune Saint-Loup est le symbole du courage et de la beauté masculine. C’est un être que l’homosexualité, le sadisme, tous les vices de Charlus et de Morel semblent avoir épargné. "A-t-il fait assez de folies pour ses maîtresses !" dit-on en parlant de lui. Et pourtant…
Ce tableau représente Saint Loup, l’archange de blancheur, le héros, portant la double auréole de ses succès féminins et de son courage à la guerre, affrontant Morel, l’ange noir, qui, à force de "ruses diaboliques" , réussit à l’entrainer dans le vice. Saint Loup sera tué le lendemain de son retour au front.
Gabriel Fauré, "Elégie op.24 pour violoncelle et piano", 1880, "Elégie op.24 pour violoncelle et orchestre", 1896

Morel
Stéphane Bullion

Tableau XIII. "Cette idée de la mort…" où le monde apparaît au narrateur comme derrière "une porte funéraire".
La guerre, comme une sanglante liturgie, donne le signal de l’effondrement du monde miroitant et superbe de la duchesse de Guermantes. Dans sa disparition, le narrateur voit le signe de sa propre mort. Toutes les fêtes ne sont plus pour lui que bals noirs.
Dans ce tableau, le narrateur se trouve face à face avec la femme qu’il a le plus admirée au long de sa vie. Il sollicite en vain les souvenirs du passé. Il ne retrouve en la Duchesse de Guermantes que "la contemplatrice de la mondanité". L’idée que cette femme est une image de sa mort, s’installe dans l’esprit du narrateur.
Richard Wagner, "Rienzi", 1839

Stéphane Bullion - Hervé Moreau - Eleonora Abbagnato - Manuel Legris - Mathieu Ganio