Onéguine
ballet en trois actes
Livret de John Cranko d'après le roman Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Musique - Piotr llyitch Tchaikovski extraits d'opéras et de pièces pour piano
Chorégraphie et mise en scène - John Cranko (1965)
Décors et costumes - Jürgen Rose
Lumières - Steen Bjarke
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale de James Tuggle
La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2009 Onéguine 16 avril-20 mai 2009
Recension 2009 : 8 mai 2009
Recension 2011 : 31 décembre 2011
Présentation 2014 : 3 février 2014
Adieux Isabelle Ciaravola : 28 février 2014
Amandine Albisson étoile : 5 mars 2014
Distribution de la Première, 6 février 2018
Eugene Onéguine Mathieu Ganio
Lenski Mathias Heymann
Tatjana Ludmila Pagliero
Olga Myriam Ould-Braham
Prince Grémine Florian Magnenet
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mardi 6 février 2018
mercredi 5 mars 2014
vendredi 28 février 2014
lundi 3 février 2014
Onéguine 3 février-5 mars 2014
Onéguine
ballet en trois actes
Livret de John Cranko d'après le roman Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Musique - Piotr llyitch Tchaikovski extraits d'opéras et de pièces pour piano
Chorégraphie et mise en scène - John Cranko (1965)
Décors et costumes - Jürgen Rose
Lumières - Steen Bjarke
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale de James Tuggle
La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2009 Onéguine 16 avril-20 mai 2009
Recension 2009 : 8 mai 2009
Recension 2011 : 31 décembre 2011
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| (de gauche à droite) Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Charline Giezendanner |
Distribution de la Première, 3 février 2014
Eugene Onéguine Karl Paquette
Lenski Mathias Heymann
Tatjana Ludmila Pagliero
Olga Charline Giezendanner
Prince Grémine Christophe Duquenne
samedi 31 décembre 2011
Onéguine
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| Benjamin Pech |
Avec cette reprise d’Onéguine, il faut de nouveau faire abstraction du survol bâclé de Cranko du roman de Pouchkine et de la construction simpliste du ballet qui en fait une histoire d'amour malheureuse sans jamais même d'évocation psychologique dans les rapports entre les personnages.
Le corps de ballet est cantonné dans des danses anodines de remplissage souvent sur une musique pompière qui n’arrange rien. Des Etoiles et Premiers danseurs dans le rôle du Prince, c’est un luxe compte tenu de la faible utilisation de ceux-ci : même si cela permet de remarquer une nouvelle fois la sensibilité parfaite de Christophe Duquenne ou l’ardeur à la tâche de Karl Paquette, il reste que Vincent Cordier et Nicolas Paul n’en sont pas moins parfaits également.
Le corps de ballet est cantonné dans des danses anodines de remplissage souvent sur une musique pompière qui n’arrange rien. Des Etoiles et Premiers danseurs dans le rôle du Prince, c’est un luxe compte tenu de la faible utilisation de ceux-ci : même si cela permet de remarquer une nouvelle fois la sensibilité parfaite de Christophe Duquenne ou l’ardeur à la tâche de Karl Paquette, il reste que Vincent Cordier et Nicolas Paul n’en sont pas moins parfaits également.
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| Dorothée Gilbert - Nicolas Paul |
C’est sans doute une question de distanciation, mais la manipulation abusive des personnages par Cranko déstabilise fortement. L’accent mis sur les Larine, l’interminable pas de deux avec le Prince, (un personnage qui n’a même pas de nom dans le livre) introduit beaucoup de confusion dans la caractérisation du personnage de Tatiana. Alors qu’il est sans doute destiné à dépeindre le changement qui s’est opéré chez la jeune fille rêveuse qu’Onéguine a refusée, il souligne avec la plupart des danseuses, une félicité conjugale qui dénote avec l’attitude adoptée dans le pas de deux suivant. La présence forte de Lenski au début du ballet détourne également l’attention de la psychologie d’Onéguine. En contre point, celui-ci se voit doter d'une variation ridicule au début du troisième acte où il sautille dans la pénombre au milieu d'évocations de ses amours passés, répondant sans doute en théorie à la même fonction que le pas de deux des Grémine, mais qui en fait, n'apporte rien en pratique. Au finish, Cranko redistribue les cartes de l’histoire qui font de Tatiana un personnage plus important que celui d’Onéguine et à ce jeu, seul Benjamin Pech a vraiment su tirer son épingle du jeu dans cette série.
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| Isabelle Ciaravola - Christophe Duquenne |
Cette saison, force est de constater qu’Aurélie Dupont reste figée dans la personnification artificielle de Tatiana, mais ce que Nicolas Le Riche, son habituel fougueux et imprévisible partenaire n’avait pas réussi à faire en 2009, il était peu probable que le danseur un peu sage de Stuttgart, Evan McKie, allait pouvoir le réussir. De fait, elle délivre les attitudes les plus convenues, de la petite fille, de la grande dame, de la désespérée.
Evan McKie, surgi huit jours avant la Première de Stuttgart suite à la blessure de Nicolas Le Riche, en fait les frais. Il est lui-même assez en retrait, ne serait-ce que parce qu’il a choisi de dépeindre un Onéguine un peu trop fat qu’il ne peut pas faire évoluer. Au premier acte, il arrive encore à résumer la lassitude de l’homme envers la vie, mais il dilue progressivement sa personnalisation jusqu’à l’effacement. Son parti pris discret ne le sert pas dans les actes suivants jusqu’au pas de deux final où sa partenaire, manquant de mesure, fait jaillir une émotion ultra codifiée, voire grossièrement exagérée difficilement crédible compte tenu des deux premiers actes, évoquant plus une comédie à l’italienne un peu vulgaire que la tragédie psychologique et existentielle de Pouchkine.
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| Vincent Cordier - Aurélie Dupont - Evan McKie - Béatrice Martel |
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| Clairemarie Osta - Benjamin Pech |
Les trois autres titulaires d’Onéguine se lançaient dans des prises de
rôle et ont finalement offert avec leurs partenaires expérimentées des
visions plus intéressantes et finalement bien plus séduisantes dans l'ensemble.
Benjamin Pech a une progression du rôle avec beaucoup de nuances qu’il décline au fil des actes, un premier et un deuxième somptueux dans les affects, mais qui a plus de difficultés à faire ressortir les regrets de l’homme mur. Son Onéguine est pourtant la personne assurée qui rend bien cette attitude dégagée au regard de la vie campagnarde, jusque dans son rapport de supériorité très précis avec Lenski, l’ami dont la joie même l’énerve. Il affiche clairement dans son jeu sur scène la différence entre son tempérament désinvolte et désabusé en général et son mépris de la vie chez les Larine et de l’attitude de Tatiana en particulier. Son revirement envers Lenski dans le deuxième acte est amené de main de maître. Clairemarie Osta dont la Tatiana est sublime de bout en bout lui donne une réplique engageante qui s’enrichit au fil du ballet.
Pleine de mesure, elle dépeint une héroïne constamment dans le ton du roman, jusqu’à la parfaite dignité de son désespoir dans le pas de deux final, une vraie réussite ! Dans le rapport Cranko/Pouchkine, ce n’est sans doute pas un hasard si c’est cette distribution de danseurs, acteurs avérés, qui réussit le mieux à donner de l'épaisseur à la narration, au plus proche du roman et offre ainsi une trame cohérente et plus fluide de l’histoire.
Le duo Isabelle Ciaravola-Mathieu Ganio est un peu déséquilibré mais la mesure de l’Onéguine un peu vert de Mathieu Ganio en fait une distribution agréable, surtout lorsqu’elle était soutenue par les seconds rôles les plus crédibles, Florian Magnenet en Vladimir Lenski, totalement désarmant de romantisme naïf. Son solo du deuxième acte atteint des sommets d’émotion, et Muriel Zusperreguy, en Olga Larina, insouciante et légère donne la réplique à merveille, à son fiancé comme à son ami. Christophe Duquenne est quant à lui un Grémine totalement princier dans son attitude altière face à Tatiana et son partenariat avec Isabelle Ciaravola est encore une fois parfait.
Comme toujours, Mathieu Ganio est servi d’abord par la qualité cristalline de sa danse, et comme il bride ses émotions et son jeu, il est plutôt moins en porte-à-faux que dans certains personnages narratifs qu’il décrédibilise souvent dans un jeu maladroit. Passé le premier solo d’Onéguine un peu scolaire, il habite timidement le personnage mais laisse entrevoir un développement ultérieur prometteur. Comme en 2009, Isabelle Ciaravola est la parfaite héroïne romantique de Cranko, notamment dans les deux premiers actes magnifiques, mais sa souffrance finale un brin trop théâtrale, compte tenu du peu de challenge de son partenaire qui atteint là ses limites, laisse un sentiment d’inachevé au point de vue des émotions. Peut-être rêve-t-elle encore du piment machiavélique d’Hervé Moreau avec qui elle avait créé le drame romantique parfait en 2009 ?
Dorothée Gilbert et Karl Paquette se la jouent sobre. On sait presque dès le début que cela ne marchera jamais entre eux, à la fois parce que Tatiana, distante et triste comme l’héroïne décrite par Pouchkine, n’est pas si exaltée que ça par Onéguine, et parce que le scepticisme sur scène de Karl Paquette semble encore plus prégnant que celui d'Onéguine dans le roman envers la vie. Dans cette distribution, Audric Bezard est comme en 2009 un magnifique Lenski, très expressif dans ses émotions et sentiments tant vis-à-vis d’Olga que d’Onéguine ou Tatiana. C’est un peu comme le feu follet du ballet dont la disparition après un solo où il déploie des lignes enchanteresques laisse un vide. La passion du pas de deux de la chambre est plus que mesurée, comme l’ennui que semble lui distillé celui avec son mari, un très digne Nicolas Paul.
Assez paradoxalement, ce duo gagne son intérêt plutôt dans le dernier pas de deux où Dorothée Gilbert prend le contrepoint de son tempérament fougueux naturel pour livrer une Tatiana tout en souffrance intérieure d’une saisissante justesse et un peu comme Clairemarie Osta, elle offre un instant poignant sans effets théâtraux qui correspond plus à la narration littéraire du choix de la Princesse.
Benjamin Pech a une progression du rôle avec beaucoup de nuances qu’il décline au fil des actes, un premier et un deuxième somptueux dans les affects, mais qui a plus de difficultés à faire ressortir les regrets de l’homme mur. Son Onéguine est pourtant la personne assurée qui rend bien cette attitude dégagée au regard de la vie campagnarde, jusque dans son rapport de supériorité très précis avec Lenski, l’ami dont la joie même l’énerve. Il affiche clairement dans son jeu sur scène la différence entre son tempérament désinvolte et désabusé en général et son mépris de la vie chez les Larine et de l’attitude de Tatiana en particulier. Son revirement envers Lenski dans le deuxième acte est amené de main de maître. Clairemarie Osta dont la Tatiana est sublime de bout en bout lui donne une réplique engageante qui s’enrichit au fil du ballet.
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| Clairemarie Osta |
Pleine de mesure, elle dépeint une héroïne constamment dans le ton du roman, jusqu’à la parfaite dignité de son désespoir dans le pas de deux final, une vraie réussite ! Dans le rapport Cranko/Pouchkine, ce n’est sans doute pas un hasard si c’est cette distribution de danseurs, acteurs avérés, qui réussit le mieux à donner de l'épaisseur à la narration, au plus proche du roman et offre ainsi une trame cohérente et plus fluide de l’histoire.
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| Isabelle Ciaravola - Mathieu Ganio |
Le duo Isabelle Ciaravola-Mathieu Ganio est un peu déséquilibré mais la mesure de l’Onéguine un peu vert de Mathieu Ganio en fait une distribution agréable, surtout lorsqu’elle était soutenue par les seconds rôles les plus crédibles, Florian Magnenet en Vladimir Lenski, totalement désarmant de romantisme naïf. Son solo du deuxième acte atteint des sommets d’émotion, et Muriel Zusperreguy, en Olga Larina, insouciante et légère donne la réplique à merveille, à son fiancé comme à son ami. Christophe Duquenne est quant à lui un Grémine totalement princier dans son attitude altière face à Tatiana et son partenariat avec Isabelle Ciaravola est encore une fois parfait.
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| Florian Magnenet |
Comme toujours, Mathieu Ganio est servi d’abord par la qualité cristalline de sa danse, et comme il bride ses émotions et son jeu, il est plutôt moins en porte-à-faux que dans certains personnages narratifs qu’il décrédibilise souvent dans un jeu maladroit. Passé le premier solo d’Onéguine un peu scolaire, il habite timidement le personnage mais laisse entrevoir un développement ultérieur prometteur. Comme en 2009, Isabelle Ciaravola est la parfaite héroïne romantique de Cranko, notamment dans les deux premiers actes magnifiques, mais sa souffrance finale un brin trop théâtrale, compte tenu du peu de challenge de son partenaire qui atteint là ses limites, laisse un sentiment d’inachevé au point de vue des émotions. Peut-être rêve-t-elle encore du piment machiavélique d’Hervé Moreau avec qui elle avait créé le drame romantique parfait en 2009 ?
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| Dorothée Gilbert |
Dorothée Gilbert et Karl Paquette se la jouent sobre. On sait presque dès le début que cela ne marchera jamais entre eux, à la fois parce que Tatiana, distante et triste comme l’héroïne décrite par Pouchkine, n’est pas si exaltée que ça par Onéguine, et parce que le scepticisme sur scène de Karl Paquette semble encore plus prégnant que celui d'Onéguine dans le roman envers la vie. Dans cette distribution, Audric Bezard est comme en 2009 un magnifique Lenski, très expressif dans ses émotions et sentiments tant vis-à-vis d’Olga que d’Onéguine ou Tatiana. C’est un peu comme le feu follet du ballet dont la disparition après un solo où il déploie des lignes enchanteresques laisse un vide. La passion du pas de deux de la chambre est plus que mesurée, comme l’ennui que semble lui distillé celui avec son mari, un très digne Nicolas Paul.
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| Audric Bezard |
Assez paradoxalement, ce duo gagne son intérêt plutôt dans le dernier pas de deux où Dorothée Gilbert prend le contrepoint de son tempérament fougueux naturel pour livrer une Tatiana tout en souffrance intérieure d’une saisissante justesse et un peu comme Clairemarie Osta, elle offre un instant poignant sans effets théâtraux qui correspond plus à la narration littéraire du choix de la Princesse.
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| Dorothée Gilbert - Karl Paquette |
dimanche 11 décembre 2011
Onéguine 9-31 décembre 2011
Onéguine
ballet en trois actes
Livret de John Cranko d'après le roman Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Musique - Piotr llyitch Tchaikovski extraits d'opéras et de pièces pour piano
Chorégraphie et mise en scène - John Cranko (1965)
Décors et costumes - Jürgen Rose
Lumières - Steen Bjarke
Orchestre Colonne
Direction musicale de James Tuggle
La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2009 Onéguine 16 avril-20 mai 2009
Distribution de la Première, 9 décembre 2011
Eugene Onéguine Evan McKie
Lenski Josua Hoffalt
Tatjana Aurélie Dupont
Olga Myriam Ould-Braham
Prince Grémine Karl Paquette
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| Evan McKie |
vendredi 8 mai 2009
Onéguine
L'oeuvre de John Cranko entretient un rapport singulier avec celle de Pouchkine dont il réduit l'histoire à des relations de personnes, le poète russe insérant plutôt son travail dans une réflexion sur la société de l'époque à travers des personnages. Ce choix, qu'on peut comprendre car il compliqué d'un point de vue chorégraphique de rendre des considérations générales sur une époque (d'autant plus que celles de Pouchkine sont nourries progressivement par la narration) n'est pas entièrement satisfaisant en ce qu'il ne restitue que des rapports stéréotypés entre les héros.
Olga et Lenski, acte 1
Mathilde Froustey et Mathias Heymann
L'emprise de l'histoire dans une époque n'est pas abordée dans la construction narrative et l'ambiance est partiellement évoquée par des décors tristes et simples, des couleurs sombres et peu contrastées. Les costumes sont un peu caricaturaux, Onéguine en noir et Lenski en clair, les jeunes filles avec des robes insignifiantes, sauf la robe rouge de bal de Tatiana, les hommes souvent en marron et beige, les officiers dans des uniformes vert vase ou bleu terne. La musique, un patchwork d'oeuvres diverses de Tchaikovski est plus judicieusement choisie. Si elle n'a pas le lyrisme de l'Opéra éponyme créé par le compositeur, elle arrive à souligner des humeurs et des ambiances, ce qui n'est pas le cas de la chorégraphie.
D'un point de vue chorégraphique, il faut également rattacher le ballet à son époque de création, une élaboration du ballet néo-classique narratif. Il s'inscrit encore dans une recherche un peu mal aboutie, avec la répétition de certains pas et poses, emprunts au vocabulaire connu, qui deviennent rapidement des "tics" aux côtés de portés parfois ambitieux et peu esthétiques qui sont restitués avec plus ou moins de bonheur selon les danseurs. Il préfigure en ce sens un ballet comme la Dame aux Camélias de John Neumeier auquel on ne peut s'empêcher de penser, un ballet où l'intensité dramatique est bien mieux restituée, instaurant un lyrisme qui n'est abordé que dans le dernier pas de deux dans Onéguine.
Isabelle Ciaravola, Florian Magnenet, Muriel Zusperreguy
Le ballet est court et va donc chaque fois directement au plus significatif, un peu comme une BD, en juxtaposant des images parfois grossières, souvent simplistes. Il n'y a pas beaucoup de profondeur inscrite dans les caractères, simplement des pas qui s'alignent sans beaucoup signification dans la gestuelle, des danseurs qui n'ont rien à raconter qu'une histoire linéaire, banale (le quatuor amoureux) et pas du tout magnifiée par le portrait du héros et ses ambiguïtés. Le spectateur a du mal à s'insérer dans l'histoire et les caractères car les liaisons entre les tableaux sont mal réalisées voire bâclées comme le dernier acte où les danseurs apparaissent et disparaissent sans finesse et sans montée dramatique.
Le caractère d'Onéguine qui fait la force du roman n'est en aucun cas restitué dans sa complexité, et selon l'interprétation des danseurs, peut rapidement tourner au contre-sens. Seul Hervé Moreau possède à la fois la prestance et la lassitude du dandy qui s'ennuie, une attitude à la fois spontanée et mûre qui évolue avec consistance et cohérence au cours des trois actes... Les autres ont du mal à rendre crédible la non-séduction de Tatiana, ou l'énervement dans la danse avec Olga, la douleur du meurtre de Lenski, le passage à l'homme mûr qui regrette, mais qui reste lui-même, sans outrance...
Si José Martinez montre la danse élégante qui permet à ses arabesques d'impressionner, il ne révèle rien du personnage à travers un jeu limité, tout comme Manuel Legris qui semble par ailleurs peiner dans les portés, notamment au premier acte. Dans le dernier acte, il est grimé en vieillard de manière assez malhabile (alors que Grémine apparaît flambloyant), ce qui force une dramatisation inutile, tout comme Nicolas Le Riche qui présente un homme différent. Celui-ci surjoue constamment, avec des attitudes trop exacerbées qui caricaturent l'histoire, son dédain pour la société campagnarde, sa (fausse) joie au cours du bal et son martyr à la fin n'expliquant en rien la complexité d'un personnage qu'il présente plutôt surfait. Hervé Moreau, en revanche, sans en faire trop, sait par l'intériorité de son jeu, donner un aperçu plutôt naturel d'un homme à la dérive.
Le Prince Grémine et Tatiana dansent sous l'oeil d'Onéguine, acte 3Nicolas Paul, Isabelle Ciaravola et Hervé Moreau
Deux Tatiana se dégagent dans les interprétations. Isabelle Ciaravola est juste du début jusqu'à la fin, montrant une compréhension psychologique du personnage qu'elle arrive parfaitement à caractériser dans le jeu, et dans la danse. Sa Tatiana n'est jamais outrancière, elle aime ou souffre avec une évidence qui ne frôle jamais le théâtral ou le grotesque. Sa danse élégante lui permet d'établir des rapports stylisés sans caricature avec Onéguine mais aussi le Prince Grémine (Nicolas Paul). Le duo avec Hervé Moreau fonctionne parfaitement et les deux danseurs montrent une complicité et une interprétation de l'histoire en harmonie. D'un point de vue technique, ils ont la fluidité qui rend plus naturels les portés ou pas qui sont parfois décomposés par les autres couples.
Clairemarie Osta n'a pas la chance d'avoir un Onéguine qui a les talents d'acteur d'Hervé Moreau. Son interprétation raffinée est un peu diluée dans le monolithisme de Manuel Legris. Ses passages mimés et le rendu des sentiments sont très bien réfléchis et très cohérents jusqu'au dernier acte, où elle semble plus à l'aise avec le Prince Grémine, interprété il est vrai par l'excellent Christophe Duquenne, qu'avec Onéguine, ce qui transforme la fin de l'histoire, son rejet d'Onéguine ne s'expliquant presque plus que par son amour pour Grémine. A ce moment de l'histoire, Aurélie Dupont semble plus se venger d'Onéguine, que se sacrifier par devoir congugal, dressant finalement une Tatiana odieuse alors que Nicolas Le Riche dépeint un Onéguine dévasté.
Aurélie Dupont et Dorothée Gilbert sont plutôt décevantes, soit par faiblesse technique, soit par faiblesse interprétative. Dans les deux cas, rien ne passe avec leurs Onéguine, Nicolas Le Riche et José Martinez, à peine plus avec leurs Grémine, Karl Paquette et Vincent Cordier.
Dans les rôles annexes, les danseurs alternent le pire et le meilleur, parfois dans les mêmes représentations.
Mathilde Froustey semble la plus à même de nourrir différentes humeurs chez Olga, son amour spontané pour Lenski (Mathias Heymann) mais aussi son intérêt insouciant pour Onéguine (Nicolas Le Riche), ses regrets et fait preuve d'une belle présence sur scène... Muriel Zusperreguy est plus nuancée mais semble surtout peu en harmonie avec Florian Magnenet. Elle dresse un portrait plus effacé d'Olga mais avec une certaine joliesse dans le premier acte qui nourrit bien l'histoire. Eve Grinsztajn et Myriam Ould-Braham sont un peu à côté du rôle, sans réelle composition dramatique.
Le Lenski d'Audric Bezard est peut-être finalement le plus intéressant, malgré quelques maladresses au premier acte, quelques problèmes de partenariat avec Eve Grinztajn. Ses arabesques et attitudes, son solo dans le deuxième acte sont magnifiques, son jeu, plutôt modéré et bien senti. Dans l'ensemble, son Lenski est tout à fait romantique et le mime de la scène de jalousie parfait. Mathias Heymann est très inégal, notamment techniquement, ce qui est très surprenant de sa part. Sa maitrise du bas du corps exceptionnelle ne fait pas oublier une certaine statique dans le haut, notamment lorsqu'il danse avec Olga. Il est vrai qu'il faisait face à deux partenaires, et s'il semble plus à l'aise avec Mathilde Froustey en Olga, il est plus en phase avec l'Onéguine de Manuel Legris que celui de Nicolas Le Riche, qui dans le premier acte, est assez martial, c'est-à-dire dans des soirées différentes, ce qui laisse une impression générale mitigée. Florian Magnenet est un peu écrasé techniquement par le rôle, un peu pâle également dans le mime et la composition.
Incontestablement, le Prince Grémine de Christophe Duquenne est le plus fluide et le plus juste du point de vue du jeu, la grande mesure du personnage est rendue avec majesté. Le rôle est très ingrat puisqu'il consiste principalement en une danse au bal du deuxième acte et un pas de deux avec Tatiana au troisième où aucune prouesse autre que celle du partenariat n'est requise du danseur.
Il est donc priordial que l'adéquation avec le personnage soit totale et la maîtrise de la technique des portés est donc complètement nécessaire et avec Karl Paquette, il se démarque de Vincent Cordier et Nicolas Paul, plus hésitants ou contractés, ce qui est tout à fait compréhensible d'ailleurs, compte tenu de leur expérience des premiers rôles.
Le corps de ballet apparait dans les scènes de danses de caractère dans le premier acte et de bal, dans le deuxième et troisième acte, les jeunes femmes dans une scène de rêve d'Onéguine au dernier acte. Il contribue ainsi à donner une certaine chaleur et un peu de liant à l'ensemble de la chorégraphie plutôt austère, mais son faible nombre (moins d'une vingtaine de danseurs) étrique un peu les scènes de bal.
samedi 18 avril 2009
Onéguine 16 avril-20 mai 2009
Onéguineballet en trois actes
Livret de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Musique Piotr llyitch Tchaikovski extraits de Les Saisons, Roméo et Juliette, Les Caprices d'Oxane, Francesca da Rimini
Chorégraphie et mise en scène - John Cranko (1965)
Décors et costumes - Jürgen Rosé
Lumières - Steen Bjarke
Décors de la production du Bayerische Staatsoper, Munich
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale de James Tuggle
Entrée au répertoire
Hervé Moreau
Argument (source : Opéra national de Paris)PREMIER ACTE - À LA CAMPAGNE
SCÈNE 1 - LE JARDIN DE MADAME LARINA
Les Saisons op. 37 (1875-1876), extraits-Carnaval (février) - Barcarolle (juin)
Madame Larina reçoit les amis de ses filles, Tatiana et Olga. Tandis que la joyeuse Olga est toute à sa nouvelle robe, Tatiana, d'humeur plus romantique, reste absorbée dans sa lecture.
Madame Larina jette un regard nostalgique sur un miroir posé sur la table. On dit que celle qui s'y regarde voit apparaître les traits de son bien-aimé.
La fiction semble devenir réalité quand Olga, se penchant sur le miroir, y découvre le reflet de son fiancé, le poète Vladimir Lenski, qui vient d'arriver. Mais lorsque Tatiana regarde à son tour le miroir, c'est le visage d'un inconnu qui s'y découpe. Il s'appelle Eugène Onéguine et vient de Saint-Pétersbourg rendre visite à son ami Lenski.
C'est un homme un peu blasé, qui pose un regard ironique sur les choses et les gens. Il ne prête pas véritablement attention à Tatiana, mais celle-ci, après son départ, demeure profondément troublée.
SCÈNE II - LA CHAMBRE DE TATIANA
Roméo et Juliette (1869), extraits de l'ouverture-fantaisie
Tatiana, habituellement si réservée, écrit une lettre exaltée à Onéguine, qu'elle déchire, puis réécrit. Epuisée, elle s'endort. Dans son sommeil, elle rêve de cet homme qui apparaît dans le miroir et répond à son amour.
DEUXIÈME ACTE
SCÈNE 1 - LA MAISON DE MADAME LARINA
Les Saisons op. 37 (1875-1876), extraits - Chant d'automne (octobre) - La mousson (août)
On fête l'anniversaire de Tatiana. Lenski et Onéguine font partie des invités. Gardant une humeur distante, Onéguine invite Tatiana à danser, mais il l'abandonne vite pour s'asseoir à une table de jeu.
Décontenancée, Tatiana, qui attendait un signe de lui en réponse à sa lettre, essaie de lui parler. Onéguine lui rend sa lettre. Tatiana éclate en sanglots. Irrité par sa réaction, Onéguine déchire la lettre sous ses yeux.
L'arrivée du Prince Grémine, ami de la famille, fait diversion. Mais voilà qu'Onéguine, cynique, se met à flirter avec Olga, suscitant la jalousie de Lenski, qui provoque son ami en duel.
SCÈNE II - UN PARC DÉSERT
Les Caprices d'Oxane, extraits (Vakoula, le forgeron)
Lenski arrive le premier sur le lieu du duel. Olga et Tatiana le conjurent de renoncer à cet affrontement. Onéguine semble également prêt à se réconcilier. Mais le romantique poète, blessé dans son amour propre, demande que réparation soit faite. Onéguine ajuste son pistolet.
Au coup de feu, Lenski s'écroule.
TROISIÈME ACTE - À SAINT-PÉTERSBOURG
SCÈNE 1 - UN BAL CHEZ LE PRINCE GRÉMINE
Romance pour piano en fa majeur op. 51 n°5
Dix ans ont passé. Eugène Onéguine a voyagé, Il revient à Saint-Pétersbourg sans illusions. Invité au bal donné par le Prince Grémine, il reconnaît Tatiana et découvre que celle-ci est à présent l'épouse du Prince. L'adolescente romanesque est devenue une jeune femme élégante.
Il se précipite vers elle, mais Tatiana se détourne. Ebranlé, il voit défiler ses souvenirs et éprouve le sentiment d'avoir gâché sa vie en ayant négligé son seul grand amour.
SCÈNE II - LE BOUDOIR DE TATIANA
Francesca da Rimini (1876), extraits de l'ouverture symphonique
Onéguine écrit une lettre à Tatiana lui annonçant son arrivée. Tatiana redoute cette rencontre, mais c'est en vain qu'elle prie son mari de ne pas la laisser seule ce soir-là.
Onéguine arrive et lui avoue ses sentiments. Tatiana tente de le repousser tout en reconnaissant qu'elle n'a cessé de l'aimer. Mais sa conscience lui commande de taire sa passion. Renouvelant le même geste blessant, elle déchire la lettre d'Onéguine sous ses yeux.
Madame Larina jette un regard nostalgique sur un miroir posé sur la table. On dit que celle qui s'y regarde voit apparaître les traits de son bien-aimé.
La fiction semble devenir réalité quand Olga, se penchant sur le miroir, y découvre le reflet de son fiancé, le poète Vladimir Lenski, qui vient d'arriver. Mais lorsque Tatiana regarde à son tour le miroir, c'est le visage d'un inconnu qui s'y découpe. Il s'appelle Eugène Onéguine et vient de Saint-Pétersbourg rendre visite à son ami Lenski.
C'est un homme un peu blasé, qui pose un regard ironique sur les choses et les gens. Il ne prête pas véritablement attention à Tatiana, mais celle-ci, après son départ, demeure profondément troublée.
SCÈNE II - LA CHAMBRE DE TATIANA
Roméo et Juliette (1869), extraits de l'ouverture-fantaisie
Tatiana, habituellement si réservée, écrit une lettre exaltée à Onéguine, qu'elle déchire, puis réécrit. Epuisée, elle s'endort. Dans son sommeil, elle rêve de cet homme qui apparaît dans le miroir et répond à son amour.
DEUXIÈME ACTE
SCÈNE 1 - LA MAISON DE MADAME LARINA
Les Saisons op. 37 (1875-1876), extraits - Chant d'automne (octobre) - La mousson (août)
On fête l'anniversaire de Tatiana. Lenski et Onéguine font partie des invités. Gardant une humeur distante, Onéguine invite Tatiana à danser, mais il l'abandonne vite pour s'asseoir à une table de jeu.
Décontenancée, Tatiana, qui attendait un signe de lui en réponse à sa lettre, essaie de lui parler. Onéguine lui rend sa lettre. Tatiana éclate en sanglots. Irrité par sa réaction, Onéguine déchire la lettre sous ses yeux.
Christophe Duquenne
L'arrivée du Prince Grémine, ami de la famille, fait diversion. Mais voilà qu'Onéguine, cynique, se met à flirter avec Olga, suscitant la jalousie de Lenski, qui provoque son ami en duel.
SCÈNE II - UN PARC DÉSERT
Les Caprices d'Oxane, extraits (Vakoula, le forgeron)
Lenski arrive le premier sur le lieu du duel. Olga et Tatiana le conjurent de renoncer à cet affrontement. Onéguine semble également prêt à se réconcilier. Mais le romantique poète, blessé dans son amour propre, demande que réparation soit faite. Onéguine ajuste son pistolet.
Au coup de feu, Lenski s'écroule.
TROISIÈME ACTE - À SAINT-PÉTERSBOURG
SCÈNE 1 - UN BAL CHEZ LE PRINCE GRÉMINE
Romance pour piano en fa majeur op. 51 n°5
Dix ans ont passé. Eugène Onéguine a voyagé, Il revient à Saint-Pétersbourg sans illusions. Invité au bal donné par le Prince Grémine, il reconnaît Tatiana et découvre que celle-ci est à présent l'épouse du Prince. L'adolescente romanesque est devenue une jeune femme élégante.
Il se précipite vers elle, mais Tatiana se détourne. Ebranlé, il voit défiler ses souvenirs et éprouve le sentiment d'avoir gâché sa vie en ayant négligé son seul grand amour.
SCÈNE II - LE BOUDOIR DE TATIANA
Francesca da Rimini (1876), extraits de l'ouverture symphonique
Onéguine écrit une lettre à Tatiana lui annonçant son arrivée. Tatiana redoute cette rencontre, mais c'est en vain qu'elle prie son mari de ne pas la laisser seule ce soir-là.
Onéguine arrive et lui avoue ses sentiments. Tatiana tente de le repousser tout en reconnaissant qu'elle n'a cessé de l'aimer. Mais sa conscience lui commande de taire sa passion. Renouvelant le même geste blessant, elle déchire la lettre d'Onéguine sous ses yeux.
jeudi 16 avril 2009
samedi 4 avril 2009
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