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samedi 15 février 2020

Giselle 31 janvier-15 février 2020

Ballet en deux actes
Livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy De Saint-Georges
Musique - Adolphe Adam
Chorégraphie (1841) - Jean Coralli et Jules Perrot transmise par Marius Petipa (1887)
Adapté par Patrice Bart et Eugène Polyakov (1991)
Décors - Alexandre Benois réalisés par Silvano Mattei
Costumes - Alexandre Benois réalisés par Claudie Gastine
Orchestre Pasdeloup
Direction musicale - Koen Kessels

Ludmila Pagliero
 

lundi 30 mai 2016

Giselle, Première 28 mai 2016


Amandine Albisson - Stéphane Bullion

Giselle est donc enfin de retour sur la scène de l’Opéra Garnier après une assez longue absence (2009), mais le ballet, souvent donné en tournée, n’est pas un oublié du répertoire. On s’explique mal cette absence à Paris, d’autant plus que c’est un favori des danseurs comme du public.
Une série de défections a malheureusement ponctué les dernières semaines chez les Etoiles du ballet, en premier lieu d’Emilie Cozette à Laura Hecquet avant même les distributions par dates connues, puis celles de Josua Hoffalt, Laëtitia Pujol, qui joue de malchance depuis la captation de 2006 (alors que c'était son rôle fétiche) et Alice Renavand, jusqu’au soir de cette Première avec celle à la dernière minute de Myriam Ould-Braham et par ricochet de son partenaire Mathieu Ganio qu’on espère voir par la suite.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
C’est donc Amandine Albisson et Stéphane Bullion, duo de l’Avant-Première qui s’était tenue la veille qui ont été sollicités à l’improviste pour lancer le retour à Paris de ce ballet mythique.
Il s’agissait pour Amandine Albisson d’une prise de rôle (l’avant-première n’étant pas statutairement comptabilisée comme une représentation). A l’invitation d’Eleonora Abbagnato, elle avait cependant déjà dansé le ballet à l’Opéra de Rome à l’automne dans la version de Patricia Ruanne, coachée par cette dernière. Amandine a également bénéficié de l’expérience de Stéphane Bullion, habitué du rôle dont il connaît tous les contours et qu'il a déjà dansé à l'Opéra avec trois partenaires différentes.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Amandine Albisson est une Giselle atypique par ses propres caractéristiques de ballerine solaire et flamboyante et le couple a su utiliser cette différence pour proposer une interprétation originale du ballet de Coralli-Perrot.
Elle présente ainsi une Giselle tonique, voire extravertie dans le premier acte, au flirt sans complexe, aux côtés du Loys cynique de Stéphane Bullion, dragueur éhonté, qu’elle préfére à Hilarion, rejeté sans hésitation. Les mouvements sont amples, elle rayonne dans sa danse plutôt terrienne, c’est une paysanne, et mène joliment la première partie du ballet avec son énergie et sa fraîcheur. Une fois Albrecht confondu, elle se lance dans une hystérie en accord avec ce personnage généreux qu’elle avait dessiné, tel un ouragan.
Albrecht jusqu’alors plutôt roué dans ses intentions et constamment dans ses apparitions de Loys "pressé de conclure" sa petite affaire, ne prend conscience de sa responsabilité qu’au moment ultime où elle git dans ses bras, introduisant ainsi une cohérence avec la suite du ballet.

Stéphane Bullion
Le remords envahit donc le deuxième acte introduit par la poésie de l’entrée d’Albrecht suivi du premier pas de deux. Dans ce long dialogue avec lui-même, Stéphane Bullion passe dans une autre dimension. De l’Albrecht sûr de lui, il ne reste plus rien. Albrecht triste aux lys chéris, Giselle devenue Wili, dialogue d’hallucinations dans l’irréel, peut-être la plus belle scène de la soirée. Le plateau de Garnier est très sombre, le tutu de Giselle s’envole comme par magie.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Par la suite, la Giselle spectrale d’Amandine Albisson est réellement fantomatique. Elle n’a pas la silhouette diaphane des Giselle de l’Opéra mais son regard absent est très puissant et renvoie à ce moment de folie du premier acte. Elle va protéger son aimé avec une même énergie mais cette fois désincarnée et gagner finalement sinon l’amour fou, le respect de ce dernier. Ses équilibres sont comme suspendus dans le temps, son évolution dans les bras d’Albrecht évanescente.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Victime désignée des Wilis, Stéphane Bullion va prendre en charge l’aspect dramatique de la deuxième partie de l’acte en interprétant un Albrecht se liquéfiant au fur et à mesure du ballet, montrant bien l’évolution de son épuisement. Il enlève d'abord une première variation pure et tonique des cambrés signifiants  à la puissante révoltade, puis dans une supplique poignante à Myrtha et aux autres Wilis dans sa deuxième variation introduite par des sauts de basque spectaculairement emprunts de la violence du désespoir.
L'aube arrive, les amants virtuels ont résisté, et dans un final magnifique de poésie, Giselle fait entrevoir l’avenir à Albrecht dévasté. Hagard, il voit Giselle lui échapper mais marche vers le futur, transformé.

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Amandine Albisson et Stéphane Bullion ont donc surgi au dernier moment dans une distribution avec laquelle ils n’avaient pas répété, ce qui dans Giselle heureusement n’est pas capital, Stéphane Bullion ayant déjà interprété le rôle aux côtés de Vincent Chaillet et Sébastien Bertaud auparavant pour les seules vraies interactions avec d’autres personnages.
On peut regretter aux vues de l’Hilarion de Vincent Chaillet, un rien noble, qu’il n’ait pas la possibilité cette année d’interpréter Albrecht. Son Hilarion est sensible rappelant celui de Yann Bridard, ce qui le place presque en victime touchante dans la scène de la folie lorsque Stéphane Bullion le désigne responsable de la mort de Giselle.

Amandine Albisson, Stéphane Bullion et Valentine Colasante
La Myrtha de Valentine Colasante qui faisait elle aussi ses débuts possède déjà la dimension dramatique du rôle. Son entrée martiale est très prenante et elle mène son royaume d’une main de maître.
Le corps de ballet est très en place, chez les paysans comme chez les Wilis et François Alu et Charline Giezendanner rayonnent dans l’ingrat pas de deux des paysans, parfaits contrepoint pragmatique à l’idéal du couple principal.
Une fois la fumée disparue, le charme opère encore et on se dit que ce très beau ballet devrait être plus souvent à Paris

Vincent Chaillet - Amandine Albisson - Stéphane Bullion - Valentine Colasante

samedi 28 mai 2016

Giselle 27 mai - 13 juin 2016


Giselle
Ballet en deux actes
Livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Musique - Adolphe Adam
Chorégraphie (1841) - Jean Coralli et Jules Perrot transmise par Marius Petipa (1887)
Adaptée par Patrice Bart et Eugène Polyakov (1991)
Production  de 1998
Décors - Alexandre Benois (1924) réalisés par Silvano Mattei
Costumes - Alexandre Benois réalisés par Claudie Gastine
Orchestre des Lauréats du Conservatoire (Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris)
Direction musicale - Koen Kessels

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée du 24 septembre 2009

Amandine Albisson - Stéphane Bullion
Distribution de la Première, 28 mai 2016
Giselle - Amandine Albisson
Albrecht - Stéphane Bullion
Hilarion - Vincent Chaillet
Myrtha - Valentine Colasante

Stéphane Bullion


mardi 29 janvier 2013

Giselle, Sydney 29 janvier-9 février 2013



Giselle
Ballet en deux actes
Livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy De Saint-Georges
Musique - Adolphe Adam
Chorégraphie (1841) - Jean Coralli et Jules Perrot transmise par Marius Petipa (1887)
Adapté par Patrice Bart et Eugène Polyakov (1991)
Production  de 1998
Décors - Alexandre Benois (1924) réalisés par Silvano Mattei
Costumes - Alexandre Benois réalisés par Claudie Gastine
Sydney Lyric Orchestra
Direction musicale - Koen Kessels
Sydney Capitol Theatre

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée du 24 septembre 2009



dimanche 8 juillet 2012

vendredi 29 juin 2012

Giselle, Chicago juin 2012

Stéphane Bullion - Dorothée Gilbert

Avec Giselle, premier programme aux Etats-Unis d’Amérique,  la compagnie témoigne de son ancienneté comme de sa tradition et de son prestige. C'est ce ballet qui lançait donc la tournée à Chicago avec une physionomie légèrement modifiée par rapport aux désirs originels, un défaillant dans chaque duo prévu, Laetitia Pujol qui devait assurer la Première avec Nicolas Le Riche, Agnès Letestu qui devait faire la Dernière avec Stéphane Bullion, et Benjamin Pech, l'Albrecht de Clairemarie Osta, prévu pour la projection live du Grant Park Festival. On repartait donc à zéro avec Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio appelés en renfort pour débuter, Nicolas Le Riche étant transféré avec Clairemarie Osta pour le simulcast et Dorothée Gilbert apparaissant pour accompagner Stéphane Bullion sur la Dernière. Trois duos inédits à la physionomie différente, les valeurs classiques pour l'ouverture, les expérimentés ciseleurs pour la diffusion dans le Parc et les juniors impétueux pour la dernière. 

Nicolas Le Riche - Clairemarie Osta

Difficile d'ouvrir sans doute devant ce public inconnu fort volatile et bruyant, acclamant chaque bravoure ou incongruité, un public vivant en somme et qui sait le faire savoir.  Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio dont c'était la seule soirée en commun, elle continuant avec Karl Paquette et lui dansant par la suite avec Aurélie Dupont, ont assuré une belle représentation dominée par la scène de la folie d'Isabelle Ciaravola au premier acte. Si le couple s’est consolidé au fil de la saison dans Onéguine et l'Histoire de Manon, il est en revanche plus incongru dans Giselle où Isabelle Ciaravola rayonne à un point tel qu’elle éclipse son partenaire.
Isabelle Ciaravola est une Giselle de tout son être, de chaque mouvement de son corps à chaque regard et port de tête. Sa théâtralité la dégage de toute contrainte, elle cligne des yeux et la salle est charmée. Mathieu Ganio reste un danseur aux lignes pures qui impressionnent le plus souvent mais qui n’a que peu de relation avec le personnage qu’il interprète, comme absent de l'histoire.

Isabelle Ciaravola - Mathieu Ganio
A l'inverse, si Isabelle Ciaravola dévore l'histoire comme elle semble aussi pouvoir ne faire qu'une bouchée de son Albrecht un peu absent, Clairemarie Osta trouve en Nicolas Le Riche un tout autre répondant. Il  lui permet de creuser un rôle un peu inabouti lors des précédentes reprises, même si justement la forte personnalité de son Albrecht minore un peu sinon l’ampleur, la perception de la richesse de son interprétation. Sa Giselle est plus naturelle et plus simple que celle d’Isabelle Ciaravola. Celle-ci est plus maîtresse de ses désirs, paysanne fraîche voire effrontée là où Clairemarie Osta est plus timide, plus intériorisée comme poursuivant un rêve de petite fille, un monde dans lequel elle se serait construite dans son village et dans lequel Albrecht surgirait comme un must absolu. 
La variation du premier acte est à ce titre très illustrative du caractère expansif de la première qui regarde de toute part et expose sa joie de danser à l’assemblée de ses amis, alors que Clairemarie Osta ne semble danser que pour Albrecht, qu’elle regarde de ses yeux attendris. Par là même, la scène de la trahison les conduit aux extrêmes, la première au bord de la folie, la deuxième dans une stupéfaction neurotique. 

Stéphane Bullion - Emilie Cozette (Myrtha) - Dorothée Gilbert

Le deuxième acte est moins porteur chez ces deux duos qui s'effacent au profit de la danse et ce sont Stéphane Bullion et Dorothée Gilbert qui ont paru les mieux à même de conférer la dimension métaphysique des amoureux réunis face aux wilis. Malgré la bonne entente du couple Nicolas Le Riche/Clairemarie Osta, malgré les belles lignes d'Isabelle Ciaravola dont les jambes restent ce qu'il y a de plus magnifique à l'opéra de Paris actuellement (cet arche!) et de Mathieu Ganio, il manquait peut-être un peu de cette touche poétique évidente chez Stéphane Bullion et Dorothée Gilbert.
Nicolas Le Riche a beaucoup tempéré son Albrecht par rapport à sa partenaire, mais il reste presque un prédateur pour la délicate Clairemarie Osta toujours plus menue, toujours très discrète, dans le premier, comme dans le deuxième acte et même s’il met tout en œuvre pour servir l’histoire, son charisme débordant le place souvent au centre des regards, que ce soit dans son jeu ou dans ses démonstrations techniques. Sa longue série d'entrechats par exemple, à l'opposé de ceux esthétisants de Mathieu Ganio, se révèlent une véritable lutte explosive porteuse d'espoir.

Stéphane Bullion - Dorothée Gilbert

Comme Nicolas le Riche, Stéphane Bullion irradie d’autorité scénique, éclipsant un peu sa Giselle, très étonnant en ce qui concerne la plutôt sémillante Dorothée Gilbert. Il est vrai que cette dernière a effectué ces derniers mois un remarquable travail sur ses compositions dramatiques en introduisant un peu de distance  dans ses personnifications. Elle se détache peu à peu des personnages surjoués qu'elle dessinait spontanément en raison de son tempérament volcanique. La nouvelle Dorothée, celle de Juliette ou plus récemment Tatiana est plus réfléchie, plus investie dans ses caractérisations et cela n'en devient que de plus en plus intéressant. Il faut donc s'habituer à ne plus voir uniquement la technicienne en démonstration mais quelqu'un qui essaie de s'inscrire dans une histoire. Avec Stéphane Bullion, elle a trouvé le partenaire parfait. Ils ont peu dansé ensemble jusqu’à présent, peut-être à cause de cette différence d’appréhension de la scène qui n’est pas, comme on l’a vu rédhibitoire. Stéphane Bullion a depuis longtemps imposé une danse originale adaptée à sa personnalité qui dépasse souvent les conventions et si Dorothée Gilbert est plus classique,  il semble qu’ils ont en commun une certaine hexis du haut du corps qui les fait finalement s’accorder très bien tous les deux.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette - Dorothée Gilbert

A Chicago il a fait, un bout de chemin vers elle en dressant un Albrecht, prince sûr de lui mais accessible, ouvert et joyeux, à peine conscient de sa vilénie et le regrettant sincèrement dans la scène de la folie, dans le premier acte, jouant d’égal à égal avec sa belle dans une certaine volubilité qu’on lui a vu récemment chez l’Acteur-vedette ou Lescaut. 
Au deuxième acte, c'est elle qui a fait le chemin vers lui en révélant une Giselle lyrique, sincèrement dramatique et grave avec des mouvements fluides et contenus inspirés de mélancolie. Elle répondait ainsi à son Albrecht poétique et désespéré, qu’il a mis en relief par une danse puissante et emphatique, un corps très expressif dans ses variations, pas combatif à la Nicolas Le Riche mais charnellement dramatique.

Stéphane Bullion - Dorothée Gilbert
Au final, Stéphane Bullion a choisi d’exprimer sa douleur dans une certaine violence avant les entrechats par des sauts de basque renversants, les émois du cœur se lisant dans les ruptures de lignes avec des cambrés extrêmes.  Les sauts de basque par leur tragique expressivité sont propices à relier Myrtha dans l’histoire, Albrecht dialoguant de face avec son bourreau, un Albrecht qui malgré les assauts devient le noeud du deuxième acte.
Cette série brillante de Giselle à Chicago a montré avec Stéphane Bullion et Nicolas Le Riche, qu’Albrecht n’est pas forcément une victime passive de l’adage mais peut s’extirper de sa condition de partenaire pour devenir un véritable combattant du repentir.

Emilie Cozette

On ne pouvait penser plus différentes Myrtha que celles présentées par Marie-Agnès Gillot, Nolwenn Daniel et Emilie Cozette mais chacune s’est adaptée à sa distribution comme un gant. L’impitoyable Marie-Agnès Gillot bousculant tout sur son passage comme Isabelle Ciaravola avait enlevé le premier acte. Femme aigrie, elle dévore l’étroite scène du Harris Theater de Chicago de trois jetés miraculeux, imposant une stature de divinité.
Nolwenn Daniel travaille plus sur le caractère éthéré de la reine des Willis, simple à l’image de Clairemarie Osta, survolant la scène légèrement comme un papillon tout en imposant malgré tout sa menace dans une froideur absolue.
Chez la plus humaine Emilie Cozette se lit presque l’envie et l’admiration pour cet amour entre les héros, confrontation subtile entre le goût amer de la trahison passée et les regrets devant le spectacle qui se passe sous ses yeux, elle semble presque vouloir leur laisser une chance.



Ces reines contrastées commandent un peuple de Willis dont le public est tombé sous le charme, prêt à sacrifier tout élément de vie pour en louer la technicité et l’harmonie parfaite. Chicago qui riait aux éclats quand Giselle échappe à Albrecht au premier acte ou lorsque celui-ci lui lance un bisou, s'est mis tout d'un coup à rugir d'acclamations pour les traversées en arabesques des fines ombres blanches. Avec Giselle, l’Opéra de Paris présentait bien sûr ses meilleurs solistes mais aussi son corps de ballet exemplaire qui a fait montre d’une richesse et d’une perfection très démonstrative, et qui à juste titre, en a tiré ses propres récompenses.

Stéphane Bullion


jeudi 17 décembre 2009

Hommage aux Ballets Russes 16 décembre 2009


Le spectre de la rose
Mathias Heymann & Nina Kaptsova



L'après-midi d'un faune
Emilie Cozette & Nicolas Le Riche
et
Amandine Albisson, Peggy Dursort, Juliette Gernez, Emilie Hasboun, Marie-Isabelle Peracchi & Karine Villagrassa


La mort du cygne
Musique - Camille Saint-Saëns, Le Cygne (le Carnaval des animaux, 1886)
Chorégraphie d'après Michel Fokine (1907) réglée par Ghislaine Thesmar
Harpe - Emmanuel Ceysson
Violoncelle - Cyrille Lacrouts
Ballet entré au répertoire de l'opéra de Paris le 27 janvier 1960
Marie-Agnès Gillot


Shérérazade pas de deux
Argument d'après Les Contes des mille et une nuits - Léon Bakst et Michel Fokine
Musique - Nikolaï Rimski-Korsakov, Suite Symphonique Op. 35 (1888)
Chorégraphie - Michel Fokine (1910)
Costumes - Léon Bakst
Violon Solo - Maxime Tholance
Ballet entré au répertoire de L'Opéra de Paris le 25 avril 1951
Agnès Letestu & Nikolaï Tsiskaridze


Le tricorne, Pas de deux
Maria Alexandrova & José Martinez


Giselle, Pas de deux Acte II
Aurélie Dupont & Ruslan Skvortsov


Le Lac des cygnes, pas de trois du cygne noir, Acte III
Musique - Piotr Ilyitch Tchaikovski (1877)
Chorégraphie - Rudolf Noureev d'après Marius Petipa (1894)
Costumes - Franca Squarciapino
Version de Rudolf Noureev créée à l'Opéra de Paris le 20 décembre 1984
Stéphane Bullion, Karl Paquelle & Svetlana Zakharova


Pétrouchka
Yann Bridard, Natalia Osipova & Benjamin Pech


Cette soirée de gala qui s’annonçait alléchante s’est révélée moins festive que prévu avec des solistes jamais vraiment indemnes de tout reproche, soit technique, soit dramatique. Ce type de gala est souvent contre productif quand on veut voir de l’art et du lyrisme, et si, comme c’était le cas ici, on veut l’articuler autour d’un thème, on s’éloigne trop des morceaux habituels qui se prêtent aux feux d’artifice qui permettent en dix minutes de montrer toute la technique qu’on possède. Lorsqu’il s’agit plutôt d’évoquer de l’art et de la poésie, c’est souvent mission impossible et le répertoire des Ballets russes est plutôt dans un registre difficilement mobilisable.

Stéphane Bullion & Svetlana Zakharova

Dans le Spectre de la rose, Mathias Heymann, un peu fragile dans ses réceptions s’est avéré très éthéré mais somme toute peu intéressé par sa partenaire, Nina Kapstova qui devait se raconter son histoire d’amour dans sa tête, rien ne se passant sur scène comme la jeune fille énamourée aurait pu se l’imaginer…
Pour une raison obscure, Marie Agnès Gillot avait été choisie pour danser la Mort du Cygne et son rendu du volatile n’avait rien qui pouvait faire penser à une mort tranquille et poétique. Une erreur de casting.
Avec les orientalismes de Schéhérazade, le volcan Tsiskaridze, parfois un peu à la limite, s’est efforcé de dégeler Agnès Letestu, avec quelques succès vers la fin, mais les ébats promis sont restés strictement professionnels et les contacts peu enflammés…
Bien sûr, le Tricorne a bénéficié de deux tempéraments d’exception, mais ce pensum assomme très vite dans sa répétitivité sans grande inventivité et sans aucun charme.

Natalia Osipova & Yann Bridard

Même si Aurélie Dupont a dû danser ce pas de deux des dizaines de fois, elle paru un peu tendue dès son entrée et son partenaire s’il n’a pas démérité s’est montré un peu terne dans sa variation.
Terne n’est pas le mot qu’on peut qualifier à la prestation de Svetlana Zakharova, mais elle a oublié qu’elle n’était pas seule sur scène et Stéphane Bullion et Karl Paquette ont paru se contenter entre eux. Les seuls moments qui pouvaient évoquer l’ensemble du ballet où Odette et Rothbart sont sensés embobiner Siegfried se sont alors réduits à Rothbart s’amusant avec le Prince… Cela n’aurait peut-être pas déplu à Noureev…
Peut-être la seule réelle satisfaction de la soirée vient alors avec une Natalia Osipova s’accommodant très bien de son rôle poupée-ballerine entre les éprouvés Yann Bridard et Benjamin Pech, irrésistibles chacun dans leur domaine…




lundi 12 octobre 2009

Giselle


L’Opéra de Paris a commencé la saison avec une très belle série de Giselle, un des ballets phares du répertoire. Si l’on met à part la contre performance de Benjamin Pech, les danseurs principaux de ces représentations ont affirmé un talent éclatant à différents niveaux, principalement les techniciens et les dramaturges. Même si certains sont plus doués que d'autres pour le ballet narratif, leur touche personnelle qui distingue leur caractère a profité au spectacle.

La scène de la folie
Isabelle Ciaravola & Stéphane Bullion

Giselle est un rôle paradoxal car la jeune paysanne souffreteuse qu’un Prince par malice ou par insouciance vient à conduire à la mort, doit faire preuve d’une technique sans faille dans des variations plutôt complexes qui challengent la danseuse. C’est pour cette raison entre autre que les capacités d’actrices de celle-ci sont indispensables pour restituer parfaitement le contexte du drame en parallèle à des mouvements qui ne doivent jamais n’être que de la technique pure. Dans le premier acte, cette force doit disparaître pour montrer la fragilité de Giselle alors que dans le deuxième acte, elle doit montrer le caractère éthéré de l’héroïne à travers des mouvements sans faille.

Delphine Moussin

Les danseuses qui ont abordé le rôle cette année étaient nombreuses. Seules Aurélie Dupont et Dorothée Gilbert ont un peu cédé à la tentation de la jouissance stylistique pure, mais sans doute en raison de leurs capacités restreintes dans le domaine de la tragédie. Elles rivalisent donc de virtuosité. Aurélie Dupont a plus de métier et se tire mieux du mime, elle peine cependant à émouvoir. Il est vrai que son physique sophistiqué ne l’aide pas à rendre une jeune paysanne crédule… Dorothée Gilbert gère mieux son brio dans le premier acte, où elle apparaît plus crédible dans sa danse, mais le mime est un peu laborieux et elle est trop linéaire dans son jeu surtout dans la scène de la folie que l’on sent et que l’on voit aussi trop travaillée.

Isabelle Ciaravola

Avec Isabelle Ciaravola et Agnès Letestu, c’est la maîtrise de l’art théâtral et difficile de ne pas entrer dans la naïveté de l’héroïne mais aussi dans son esprit hagard, on vibre avec elles. Delphine Moussin et Clairemarie Osta sont plus réalistes mais sont touchantes par leur simplicité désarmante.

Isabelle Ciaravola & Stéphane Bullion

Dans le deuxième acte, c’est aussi les actrices qui atteignent le firmament, en particulier Isabelle Ciaravola déjà évoquée le jour de sa représentation (voir post du 28 septembre 2009), et ceci notamment en raison de son partenariat exceptionnel avec Stéphane Bullion. Les deux danseurs sont dans le plus haut niveau de l'émotion et de la tension qu'apporte l'histoire.
Clairemarie Osta qui a bénéficié également d’un Albrecht de grande classe en la personne de Mathieu Ganio est remarquable mais cette paire est beaucoup moins dans la poésie que la première. En raison peut-être d’un maquillage moins marqué, elle a paru plus réelle et non pas entre deux mondes, les yeux toujours grands ouverts et attentive là où Isabelle Ciaravola s’abandonne aux éthers et aux bras de Stéphane Bullion.
Si Delphine Moussin s’accorde très bien avec Karl Paquette, il n’a pas la présence scénique des deux autres danseurs qui ont sublimé leurs Giselle, mais personne ne peut lui retirer ses piétinés irréels qui touchent au sublime.

Stéphane Bullion & Isabelle Ciaravola

Stéphane Bullion a encore une fois mis ses ressources d'acteur d'une rare sensibilité au service de ce rôle, peut-être plus complexe que celui de Giselle. Danseur très intériorisé, il s’abandonne à son personnage d’une manière singulière. Dans Albrecht, il trouve un personnage idéal qui convient parfaitement à son style de danse, ce qui le conduit à en donner une interprétation hors pair.

Stéphane Bullion

Son Loys est très surprenant. Curieusement, lui qu'on désigne souvent pour incarner les personnages sombres, a choisi de faire de Loys un prince solaire sincèrement amoureux, dans la lignée de son Jean de Brienne, puis vire au quasi psychotique dans la scène de la folie où l'angoisse le saisit. Dans cette série lors du premier acte, seul Benjamin Pech a construit un personnage avec autant de force et de lisibilité que le sien (mais à l'opposé puisque très perfide), et il est d’autant plus dommage que ce dernier n’ait pas fait montre du minimum de technique nécessaire au rôle, bâclant totalement les deux représentations qui lui étaient dévolues.

Stéphane Bullion

L'Albrecht de Stéphane Bullion retrouve les accents sombres dans lesquels il excelle si bien et s'abandonne au romantisme lyrique aux côtés d'une Isabelle Ciaravola d'une poésie totale.

Nicolas Le Riche & Aurélie Dupont

Nicolas Le Riche a semblé aborder Albrecht avec une décontraction un peu décalée qui s’accorde mal au jeu et à l'allure plutôt sophistiqués d’Aurélie Dupont. On peut néanmoins reconnaître à Nicolas la qualité de sa danse qui si elle est moins épurée que celle de Mathieu Ganio, n’en est pas moins parfaite et brillante, beaucoup plus pointue et technique que celle de Mathias Heymann pourtant assez impressionnant. Celui-ci s’est attaqué au rôle avec beaucoup de volonté mais la tâche est ardue et on préfère penser à lui dans quelques années, lorsqu’il aura maîtrisé les capacités extraordinaires de son corps et fait quelques progrès en art dramatique.

Clairemarie Osta & Mathieu Ganio

L'autre Albrecht à retenir est plutôt Mathieu Ganio, princier jusqu’au bout des ongles, pourtant encore très timide dans l’interprétation avec un Loys peu lisible et un Albrecht manquant un peu de lyrisme dramatique dans le deuxième acte. Mais sa danse est d’une finesse sans égale et même s’il manque un peu de cette intégration à l’histoire que Stéphane Bullion sait parfaitement réaliser, il est enthousiasmant par son élégance.
José Martinez et Karl Paquette sont plus en retrait face au festival de dons de leurs collègues mais sont néanmoins d'excellents partenaires. Karl Paquette qui forme avec Delphine Moussin une paire très émouvante est un beau prince, peut-être un peu trop linéaire mais il ne manque pas autant de relief que celui de José Martinez, qui en dehors d’une technique parfaite, semble peu investi dans l’histoire. A sa décharge, il a dû danser deux fois à la dernière minute avec Aurélie Dupont avec qui il ne forme pas un partenariat très harmonieux.

Berthe, Giselle & Hilarion
Christine Peltzer, Dorothée Gilbert & Yann Bridard

Il est dommage que la compagnie qui a bien distribué les rôles principaux, même si la défection d’Agnès Letestu a sollicité un peu plus Aurélie Dupont alors qu’elle aurait pu s’ouvrir, n’ait pas réparti plus largement ses talents sur le rôle d’Hilarion, qui est capital dans le premier acte.

Hilarion
Nicolas Paul

C’est d’autant plus regrettable d’y avoir affecté Karl Paquette qui n’a pas la présence nécessaire au rôle et d’avoir retiré Emmanuel Hoff au dernier moment. Certes Yann Bridard et Nicolas Paul sont de très bons Hilarion, même si un peu hors normes et pas dans la démonstration. Ils se sont donc répartis avec brio les autres représentations. Les deux danseurs ont un jeu clair et subtil, Yann Bridard très cérébral et malin (on voit qu’il s’est fait un gros plaisir et c’est franchement réussi), Nicolas Paul plus commun, spontané et brutal, très incisif dans les affrontements.

Myrtha
Emilie Cozette

Marie-Agnès Gillot est éblouissante en Myrtha et seule Emilie Cozette arrive à être aussi impérieuse vis-à-vis d’Hilarion et des tourtereaux, mais elle manque un peu de la clarté de la danse de son aînée. Stéphanie Romberg et Laura Hecquet sont plus traditionnelles, techniquement irréprochables mais avec une personnalité effacée. On ne peut que regretter la blessure de cette dernière lors de sa deuxième représentation.

Myrtha
Marie-Agnès Gillot

La politique réduite des distributions s’est aussi portée sur le pas de deux des paysans. En parallèle au plus connu Emmanuel Thibault, on a pu découvrir le talent naissant de Grégory Gaillard, quelquefois très impressionnant et Marc Moreau, encore un peu foufou mais avec des qualités très certaines, un ballon étonnant et une joie de danser qui s’accommode parfaitement de ces morceaux de bravoure. Le personnage féminin tout aussi virtuose est plus réservé. Ludmilla Pagliero s’est elle-même très bien acquittée du défi en réponse à Mélanie Hurel, parfaite en tout point mais que l’on sent un peu routinière. Amandine Albisson et Charline Giezendanner ont la fraîcheur de l’emploi mais manquent un peu du polissage que ce rôle requiert.

Amandine Albisson & Marc Moreau

Le corps de ballet a connu des hauts et des bas. Dans les paysans, l’Opéra avait aligné ses pointures et on ne peut qu'admirer. Les paysannes et les amies de Giselle ont souffert de plus d’aléas sans que vraiment on comprenne pourquoi. Ceci est vrai chez les Wilis même si dans la plupart des représentations, la synchronisation était parfaite. On peut retenir également l’extrême légèreté dans laquelle le corps de ballet se meut dans le deuxième acte à l'image des créatures surnaturelles qu'elles incarnent.

Les Wilis

Giselle comporte un nombre non négligeable de rôles non dansés mais néanmoins très importants. On ne peut passer sous silence les remarquables Wilfried de Jean-Christophe Guerri, le type sur qui Albrecht peut vraiment compter (on pense notamment à Stéphane Bullion qui cherchait en lui un véritable soutien psychologique dans sa détresse) et Sébastien Bertaud tour à tour petit page ou tête pensante. Amélie Lamoureux, princesse trahie et son dédain ou Béatrice Martel, plus meurtrie. A remarquer encore, dans toutes les représentations, Christine Peltzer, Berthe éplorée et Vincent Cordier, prince à la classe absolue.


Albrecht & Wilfried
Mathias Heymann & Sébastien Bertaud