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lundi 2 juillet 2012

Epic French masterpieces, Chicago juin 2012

Stéphane Bullion avec Isabelle Ciaravola, Valentine Colasante et Dorothée Gilbert 


L’association Lifar-Petit-Béjart renommée ici  Epic French masters est un programme bien maîtrisé que le ballet de l’Opéra présente souvent en tournée depuis quelques années. Un programme assez typé dont seul le Boléro de Maurice Béjart a vraiment franchi les frontières, même si l’Arlésienne est donnée aussi par un certain nombre de compagnies en Europe, en particulier récemment.


Suite en Blanc
Serge Lifar /Edouard Lalo

Le style Lifar est peu représentatif de ce que la compagnie est actuellement mais les danseurs y démontrent leur savoir faire. Suite en Blanc a sans doute bien surpris même si l’exposition de ces figures d’école avait de quoi nourrir les discussions en elles-mêmes. Style et aussi interprétation, démarque la singularité du Ballet de l’opéra par rapport à ce qui se fait aux US, l’investissement de la personnalité des danseurs restant ici dans une stricte et faible marge de manœuvre, mais s'il était assez facile d’y reconnaître le tempérament de chacun. 

Stéphane Bullion - Isabelle Ciaravola

A Chicago, Suite en Blanc, s’est permis d’aligner pour la Première huit étoiles avant de laisser Premiers danseurs et Sujets s'insérer dans les soirées suivantes.  C’est comme ça, et pas autrement, des pas, une précision microscopique, une Ecole qui déroule son art, et seule l’aura particulière de chaque danseur permet de mêler et réécrire sans cesse une phrase identique qui porte une force en elle-même. Les variations s’enchaînent pour qu’on redécouvre chaque fois une nuance imperceptible qui dépasse, dans un regard, une main, parfois un port de tête… mais pas beaucoup plus, et pourtant, une subtilité infime qui change tout parfois. 
Même avec Dorothée Gilbert qui a dansé toutes les Flûtes  ce n’était à la fois jamais différent mais aussi jamais identique. Une variation enchanteresse alors que la salle est suspendue à chaque port de tête dans un silence quasi religieux accompagnant l’instrument. Une finesse suave, un rien mutine mais sans dépasser le bon goût, dans ce qu’on pourrait peut-être qualifier de variation la plus impudique de l'oeuvre. 

Stéphane Bullion - Dorothée Gilbert

Emilie Cozette et Marie-Agnès Gillot se partagent une Cigarette avec leur personnalité, une étalant sa langueur presque érotique, l’autre une séduction de princesse. Karl Paquette joue à fond le charme de la flexibilité de son corps dans la Mazurka là où Mathieu Ganio déploie des angles limpides. 
Stéphane Bullion et Isabelle Ciaravola grâce à des échanges de regards et une fougue bien sentie lors du porté poisson sauvent l’Adage d’un mielleux patent.
Mais Suite en Blanc n’est pas uniquement une affaire de solistes. Les garçons en particulier sont très affûtés et mis au premier plan, pas uniquement dans le pas de cinq. Ainsi Sébastien Bertaud, Cyril Mitilian, Fabien Révillion et Daniel Stokes si on peut citer les plus sollicités chaque soir ont remarquablement exemplifié la qualité de danse de la compagnie.
Le final grandiloquent qui met en scène les solistes garde un de ces charmes effervescents aux allures de Bacchanales où on resterait propre sur soi, en blanc quoi !


L'Arlésienne
Roland Petit / George Bizet

Stéphane Bullion

L’Arlésienne de Roland Petit est un peu plus marqué par la personnalité des danseurs, la qualité de leur danse et de leur interprétation. L’œuvre en elle-même a une consistance inégale et parfois déconcerte par sa chorégraphie, notamment pour le corps de ballet et parfois chez Vivette, laissant la part belle à l'interprète masculin sur qui repose à bien des égards, la clarté de la narration. Nul doute que le choc des cultures amorcé par Suite en Blanc se creuse avec ce second ballet même si le manège final où le danseur déploie technique et physicalité est un "crowd pleaser" qui fait mouche à chaque fois.


Stéphane Bullion

Le ballet narratif court et pas forcément simple de Roland Petit semble parfois laisser au bord de la route le fil de l’histoire, notamment avec Jérémie Bélingard qui mise trop sur l’énergie physique sans pouvoir exprimer l’évolution psychologique de Frédéri. L’incroyable morceau de bravoure final  s’en trouve même minoré par ce parti pris de l’imposition d’une folie déjà contracté dès les premières notes qu’il mène à la fin dans le mur, à grand coup d’accélérateur. La performance est impressionnante mais n’a pas beaucoup de sens. Jérémie Bélingard dont c’était pourtant la seule œuvre au programme de la tournée ne semble pas en avoir profité pour retravailler la narrativité un peu déficiente déjà dans ses dernières apparitions d’un ballet qu’il connaît bien, trop bien peut-être. Peut-être ne danse-t-il pas assez pour nourrir son art. Heureusement, par sa théâtralité exacerbée, Isabelle Ciaravola lui a donné une réplique justifiant un peu le personnage mal dégrossi qu'il dépeint, en soulignant l'impossibilité du dialogue.

Nolwenn Daniel - Benjamin Pech

A l’inverse, Benjamin Pech est un Frédéri complexe et touchant, mais souvent à la limite de ses possibilités physiques, parfois trop au-delà, ce qui est gênant lorsque l’ampleur, la puissance ne sert plus les moments les plus tendus de l’histoire. Il  construit  malgré tout bien son personnage progressivement pour lui donner une épaisseur qui soutient l’attention sans toutefois porter jusqu'au bout la tension dramatique d'un homme fêlé jusqu'à l'extrême, limité dans l'énergie physique que Roland Petit a donné à la psychologie de Frédéri. Nolwenn Daniel, délicate et naturaliste, est une Vivette touchante, victime d'un Frédéri déjà ailleurs.
Amandine Albisson dont c'était la prise de rôle aux côtés de Stéphane Bullion a très bien négocié une chorégraphie adaptée à des danseuses plus petites et elle devrait mettre à profit cette première sortie pour développer théâtralement sa Vivette.

Stéphane Bullion

Stéphane Bullion imprime une toute autre dimension au rôle qu’il maîtrise subtilement sur le plan dramatique et domine sur le plan physique. Il danse grand et large sur cette scène minuscule qu'il dévore avec passion, trace des lignes claires en nuançant son interprétation rendant l’histoire plus lisible. Les liaisons entre les tableaux sont fluides et ses allers retours entre le songe et la réalité ne sont pas uniquement remarqués par la présence de Vivette. Il y a là un vrai travail sur l’évasion mentale et la présence physique. Ses reprises de variations montrent une véritable progression de son état et son manège final n’est pas une variation de plus qui démontre ses possibilités physiques mais une exaltation psychologique à travers une rare puissance, le condensé de sa transformation mentale qui le mène à se torturer psychologiquement puis se violenter physiquement et enfin tout naturellement à se suicider.


Le Boléro
Maurice Béjart / Maurice Ravel

Nicolas Le Riche

Difficile de parler du Boléro et de quelqu’un d’autre que Nicolas Le Riche. On n’est jamais indépassable mais ce que réalise la figure de proue du ballet de l’Opéra de Paris tient de l’exceptionnel et remise ses collègues à l’anecdotique. Passer après Nicolas Le Riche qui ouvrait le bal est  un challenge que personne ne peut encore relever, même Marie-Agnès Gillot, très en forme aux Etats-Unis, qui a pourtant semblé plus incisive que lors de ses dernières sorties dans cette œuvre. 
Nicolas le Riche passe au-delà de la musique qu’on a souvent pensé comme l’élément galvanisant d’une manipulation de masse. Ici, c’est un homme qui incorpore le rythme, le domestique et devient rythme lui-même, s’insinue dans la tête et dans le corps du spectateur qui bat de plus en plus fort à chaque mouvement vers lui.

Nicolas Le Riche
Les pauses les mains jointes temporisent les élans comme autant de réserve de puissance mais aussi de charisme, une retenue qui va permettre de décupler le plaisir de la jouissance finale dans une tension physique au bord de l’anomie.
Mais sur son tapis rouge,  Nicolas Le Riche n’est pas seul avec son corps et ses regards. Il dialogue là aussi avec un corps de ballet outrageusement sexuel qu’il conduit dans des méandres avec une montée en puissance maîtrisée savamment. Avec cette force des gens dangereux, Nicolas Le Riche intouchable dans son rond rouge pénètre les gens par l’esprit et par le corps, et laisse une salle en état d'excitation absolue.

Nicolas Le Riche

dimanche 30 octobre 2011

Le Ballet hors les murs : Biarritz, 28-29 octobre 2011


La composition des ballets est disponible dans l'entrée  du 3 février 2009.

Le ballet de l’Opéra de Paris prenait ses quartiers les 28 et 29 octobre dans la gare du Midi de Biarritz, temple du ballet Malandain,  avec son agréable affiche "Lifar/Petit/Béjart", c'est-à-dire Suite en blanc/l’Arlésienne/Le Boléro, qui fonctionne très bien dans les  tournées de la compagnie par la diversité de style des ballets, leur minutage agréablement harmonieux et le peu de décors nécessaires à leur  réalisation technique.

Stéphane Bullion avec Aurélie Dupont, Clairemarie Osta et Mélanie Hurel
Par ailleurs, c'est un programme qui permet à la Maison parisienne de présenter, ailleurs qu’en son sein, ses Etoiles et faire une démonstration du prestige de l’Opéra avec la plupart de ses solistes, les distributions composant uniquement avec les contraintes des ballets se déroulant au même moment à Paris, Caligula en février à Moscou, La Source cette semaine. 
La Compagnie reprendra cette affiche de chorégraphes français dans sa tournée outre-Atlantique de juin-juillet aux Etats-unis d'Amérique.

Suite en Blanc
Serge Lifar

Stéphane Bullion - Clairemarie Osta
Suite en blanc a donc la particularité  de se composer de multiples soli de virtuosité où chacune des Etoiles éblouit, tour à tour, ou en groupe pour un final étourdissant, ne laissant pas le public dans l'attente tellement le rythme des démonstrations est soutenu. Un corps de ballet non moins sollicité dans son excellence, entoure et met en valeur chaque intervention des vedettes par des ensembles aux lignes très structurées et très vives.

Dorothée Gilbert
Bruno Bouché, Florimond Lorieux, Yann Chailloux
Dorothée Gilbert, qui a débuté dans Sérénade le premier soir -remarquablement reprise par Amandine Albisson une fois l’Etoile passée sur La Flûte- livre ici son meilleur cru, ajoutant, après la Première assurée par de la délicate Clairemarie Osta, à sa musicalité et sa technique superlative, une sensibilité interprétative particulièrement réussie. 

 Stéphane Bullion - Aurélie Dupont

Agnès Letestu retrouve avec la Cigarette sa variation d’anthologie. Elle y montre une nouvelle fois distinction et autorité suave avec un rien de détachement qui l’humanise, alors qu‘Emilie Cozette le samedi après-midi y faisait un retour malicieux et efficace après sa blessure du printemps.
Dans l’adage, le nouveau partenariat Stéphane Bullion-Aurélie Dupont étalait son entente parfaite déjà perçue dans Psyché et qui semble susciter des idées d'approfondissement. Malgré les personnalités contrastées des deux danseurs, cette paire élégante est ici magnifiée par la solennité de l’ouvrage qui requiert la perfection du geste mais aussi un soupçon  de chaleur délicate présente dans une interprétation paisible et assurée d'une rare subtilité.

Agnès Letestu

L'oeuvre de Serge Lifar  a l’intelligence de dérouler un crescendo présent dans sa musique. Elle fait monter la tension à l’apogée dans le final qui affiche les morceaux de bravoure, les garçons dégainant une ligne de tours en l’air impeccables et les manèges de jetés impressionnants de Stéphane Bullion et Mathieu Ganio déclenchent les premiers applaudissements de la soirée. Les filles avec notamment Agnès Letestu dans des fouettés réglés au métronome ou Aurélie Dupont au manège à l’allure de lancement de fusée, ne sont pas en reste dans le brio.

Stéphane Bullion

Pour tout dire, Suite en Blanc, dans son parti pris classe et flamboyant, affichait ce week end à Biarritz,  une compagnie au meilleur de sa forme et le plaisir du public était très expressif. Le ballet de Lifar lançait la soirée sous les meilleurs auspices.

Julien Meyzindi-Clairemarie Osta, Stéphane Bullion-AurélieDupont, Mathieu Ganio-Agnès Letestu, Audric Bezard-Dorothée Gilbert


L'Arlésienne
Roland Petit

Clairemarie Osta - Benjamin Pech
Suite au désistement de Jérémie Bélingard, c’est Alessio Carbone, appelé à la rescousse entre deux Zaël dans la Source, qui s’est emparé de l’opus de Roland Petit, l’Arlésienne,  aux côtés de Benjamin Pech, avec Clairemarie Osta comme partenaire.

La musique de Bizet est familière, le public est attentif, puis captivé par cet ouvrage très nourri qui étale la maestria de Roland Petit dans l’art de la narration. Le chorégraphe a ici vraiment réussi à transmettre dans ses pas et mouvements, une véritable marque des événements et des sentiments des héros et de son corps de ballet.
Alessio Carbone et Benjamin Pech font évoluer leur personnage à un rythme et dans une intensité différente. Le premier, un peu plus fougueux,  joue plus sur la candeur et la spontanéité d’un homme perdu, Benjamin Pech sur une noirceur interne aux multiples facettes. 

Alessio Carbone - Clairemarie Osta

Clairemarie Osta, très sollicitée ce week-end, s’accommode des deux tempéraments avec sa remarquable musicalité. Elle dresse le portrait d’une Vivette simple, attentive et au désespoir contenu, dans un rôle parfois ingrat dans la chorégraphie qu’elle remplit de richesse humaine et de douceur.

Le Boléro
Maurice Béjart

Nicolas Le Riche
A peine quelques minutes pour digérer la mort de Frédéri que la musique lancinante du Boléro fait apparaître les mains de Nicolas Le Riche et son rythme progressif qui frôle la folie que Frédéri venait d‘évoquer. C’est alors parti pour 15 mn de bonheur où le danseur fait montre de maîtrise absolue du geste et joue avec sa puissance, sa rapidité  et son ballon, sans être en reste avec ses regards expressifs, dans les pauses provocantes comme dans les sauts à la force brute.
Marie-Agnès Gillot, le samedi après-midi, paraît elle plus posée et mécanique, elle semble vouloir insister sur la musique avec un phrasé marqué un peu lourdement là où Nicolas Le Riche la survole avec légèreté et grâce.

Nicolas Le Riche

Nicolas est le lutin aérien qui semble grandir au fur et à mesure qu’il bondit et se déploie sur son tapis rouge, devenant lun leader charismatique expressionniste aux accents sexuels parfois très exacerbés alors que Marie-Agnès Gillot déploie ses bras tentaculaires pour envoûter plus discrètement le public.
Deux interprétations à l’opposé mais qui mènent de mains de maître un corps de ballet dirigé  avec autorité par Bruno Bouché et Yann Saïz et qui laissent la salle éblouie, debout au bord de l’extase le 29 au soir, alors que Nicolas Le Riche, épuisé, se laisse aller à une joie toute bonhomme. Un grand moment pour terminer cette très belle soirée des styles français du 20e siècle. 

Nicolas Le Riche

mardi 28 juillet 2009

Couples de saison...

Les coups de coeur ponctuels de la saison... Des couples pour changer...

Emilie Cozette et Nicolas Le Riche
dans Le Parc d'Angelin Preljocaj



Hervé Moreau et Isabelle Ciaravola
dans la Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier
mais aussi dans Onéguine de John Cranko et
Proust ou les intermittences du coeur de Roland Petit


Stéphane Bullion et Agnès Letestu
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans In The Night de Jerome Robbins


Delphine Moussin et Yann Bridard
dans Le Parc d'Angelin Preljocaj

Christophe Duquenne et Dorothée Gilbert
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans En Sol de Jerome Robbins

Stéphane Bullion et Florian Magnenet
dans Proust ou les intermittences du coeur


Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard
ici après l'Arlésienne de Roland Petit
mais aussi merveilleux dans Le Sacre du Printemps de Maurice Béjart


Maria Alexandrova (invitée du Bolshoi) et Stéphane Bullion
dans Raymonda version Rudolf Noureev




dimanche 15 février 2009

Trois instants pour un danseur

Instant I

Suite en Blanc, 7 février 2009


Instant II


L'Arlésienne, 2 février 2009


Instant III

Le Boléro, 7 février 2009

samedi 14 février 2009

L'Arlésienne

Stéphane Bullion et Isabelle Ciaravola

Dans le difficile rôle de Vivette, on aime une danseuse comme Isabelle Ciaravola qui sublime ces passages limites par des attitudes simples mais fluides, des extensions de rêves qui imposent le respect. On a l'impression que ses jambes sont interminables, et pourtant, elle parait petite chose dans les bras de son partenaire... Avec douceur, Clairemarie Osta arrive aussi à s'en sortir.


Cela tombe bien, leurs deux partenaires sont les Frederi les plus impliqués dans la narration. L'un est expansif, Jérémie Bélingard, allumé du début jusqu'à la fin, hargneux et violent, l'autre est un psychotique renfermé et brûlant de l'intérieur, Stéphane Bullion. La force de Stéphane Bullion est de glisser lentement dans la folie, pas de grimace, pas de souffrance apparente. Il est progressivement tiré vers la folie par ses mouvements, ses regards, d'autant mis en exergue par son visage lisse et cristallin... Une très grande interprétation.

Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard

vendredi 13 février 2009

Triple affiche à l'Opéra Garnier

Nicolas Le Riche - Le Boléro

La triple affiche présentée début février à Garnier a été testée "hors les murs" l'année dernière. On peut trouver un rapprochement entre les chorégraphes qui ont tous un langage propre et une singularité reconnue.
Serge Lifar est un peu oublié. Sa Suite en Blanc est un essai d'académisme qui se veut enrobé dans un ballet unique, quarante minutes de danse polie qui ne souffre pas l'imperfection. Les danseurs sont des beautés glacées qui évoluent au millimètre... Cette soirée, presque de gala, présente le gratin de la troupe, la plupart des Etoiles et des Premiers danseurs... Chacun prend tour à tour la piste et présente son imposé, un peu un check up, juste histoire de voir si ils en sont capable... La réponse est majoritairement oui...

Avec l'Arlésienne, on s'aventure dans le ballet narratif, court mais racontant une histoire, peut-être justement un peu mal ficelée en raison du manque de temps. Roland Petit a quelques tics de chorégraphes qui sont parfois difficiles à mettre en rapport avec la Suite en Blanc que l'on vient de voir. On pourrait y voir un ballet populaire, qui parle d'ailleurs d'une histoire du peuple, alors que Suite en Blanc est une histoire de bourgeois. Les costumes sont austères et les pas rugueux, exceptés ceux de Vivette, frôlant parfois la caricature de la fille simple... La chorégraphie du héros est plus valorisante, simple mais spectaculaire, elle s'incarne dans le corps du danseur, une progression vers la folie qui passe par de l'errance, du désarroi et de la violence.

Le Boléro est plus simple encore, un danseur et ses disciples haranguent les foules, les uns sexuels, les autres méthodiques, parfois tueurs...

Stéphane Bullion -Thème varié - Suite en Blanc


Certains danseurs sont impressionnants, en premier lieu Stéphane Bullion (il danse dans les trois affiches) qui semble glaner le résultat des (gentilles) mises à l'épreuve récentes et apparaît pour le coup très aérien et précis dans Suite En Blanc, et même souriant. Après un décembre de stackhanoviste consacré à Raymonda, Lifar semble être un jeu d'enfant... Sa plastique fait le reste... Dans l'Arlésienne, véritable diamant brut, il retrouve un rôle qui fond dans son tempérament et peut montrer une facette de la danse qui pense, une de ces compositions qui se nourrit de réflexion et de subtilité. Pour le Bolero, le physique joue aussi, il suffit de laisser parler le rythme et son corps, il est l'âme damnée du gourou, objet sexuel dominateur et dévorant, adorateur fidèle, puissant et terrifiant...
Nicolas Le Riche est le génie du Boléro. Aucun mot ne peut décrire cet objet non identifié qui se transforme au fil de la musique en quelquechose d'irrésistible, dont on palpe le pouvoir sur ses troupes avec d'autant plus de bonheur que le corps de ballet est excellent. En quinze minutes, il transforme les masses, sur scène et dans la salle, cela peut mettre très mal à l'aise quand on y réfléchit, mais puisque ce n'est que de la danse, alors il faut saluer ce danseur au charisme exceptionnel et sourire au délire qu'il provoque dans la salle. Il n'y a sans doute, de par le monde, que Nikolai Tsiskaridze pour produire ce type de réaction. Dans la Mazurka de Suite en Blanc, il est sobre et précis, onctueux dans les sauts et précis dans les équilibres. Charisme, c'est certain, mais le reste est présent également.

Nicolas Le Riche - Le Boléro

Retour sur scène timide d'Hervé Moreau au début mais qui semble s'être senti plus à l'aise vers la fin de la série, parfait de moelleux et d'ampleur dans l'adage et le manège final sur la dernière représentation... C'est un danseur d'une rare élégance dont la longue absence a fait cruellement défaut à la troupe, on ne voit guère que Christophe Duquenne (et peut-être Mathieu Ganio quand il aura atteint une maturité artistique...) à ce niveau de fluidité dans les mouvements... Il aurait pu avoir une Mazurka (Christophe Duquenne également)...

La grande dame de cette affiche est Agnès Letestu, car si elle n'a dansé que la Cigarette, elle a laissé tout le monde sur place à chaque fois. Il ne fait pas bon la côtoyer si on a un ego très fort... Bien sûr, les fouettés du final aident beaucoup à asseoir cette assurance et cette rare précision dans l'esprit des foules, mais celle qui fait oublier la technique, a montré une musicalité extrême dans cette pièce difficile que l'on n'a pas vu chez les autres... La beauté de son ralenti au milieu des fouettés pour coller à la musique laisse muet...

Agnès Letestu - La Cigarette - Suite en Blanc

Aurélie Dupont est également de retour dans toute sa splendeur après un Raymonda décevant, cependant, un peu comme Dorothée Gilbert, qui n'a pas été très à l'aise dans cette affiche, elle manque un peu d'humanité dans son enrobage technique. Cela se voit parfaitement dans le Manège que Clairemarie Osta arrive à sublimer grâce à une générosité  un peu absente chez sa collègue...
Enfin Isabelle Ciaravola a réussi à sortir Vivette de l'Arlésienne de l'impasse chorégraphique dans laquelle Roland Petit l'a mise... Si on prend en compte le fait qu'elle a dansé tous les autres soirs dans Suite en Blanc, dans la Sieste ou la Flûte, on se dit que c'est une personne rare, une danse d'une clarté et d'une légèreté, des jambes de rêve, une justesse dans son jeu...

mercredi 11 février 2009

Trois instants pour un danseur

Instant I

Suite en Blanc, 10 février 2009


Instant II

Arlésienne, 7 février 2009


Instant III

Le Boléro, 10 février 2009

mardi 3 février 2009

Soirée Lifart-Petit-Béjart 31/01-14/02 2009

Suite en Blanc
Chorégraphie - Serge Lifar
Musique - Edouard Lalo (extrait de Namouna)
Ballet créé pour l'Opéra de Paris le 23 juillet 1943

L'Arlésienne
Chorégraphie - Roland Petit
Musique - George Bizet (Suite n°1 et n°2)
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 6 novembre 1997

Le Boléro
Chorégraphie - Maurice Béjart
Musique - Maurice Ravel
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 23 octobre 1970

samedi 16 février 2008

Le ballet hors le murs : Créteil 14-16 février 2008


Suite en Blanc
Chorégraphie - Serge Lifar
Musique - Edouard Lalo (extrait de Namouna)
Ballet créé pour l'Opéra de Paris le 23 juillet 1943

L'Arlésienne
Chorégraphie - Roland Petit
Musique - George Bizet (Suite n°1 et n°2)
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 6 novembre 1997

Le Boléro
Chorégraphie - Maurice Béjart
Musique - Maurice Ravel
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 23 octobre 1970