mardi 9 novembre 2010

Paquita


Stéphanie Romberg - Guillaume Charlot - Stéphane Bullion


Cette saison a présenté une belle variété de Paquita, ballet snobé par les anciens, si l’on excepte Marie-Agnès Gillot et Karl Paquette qui se sont unis pour défendre le style Lacotte contre la jeunesse montante, mais tout à fait à la hauteur dans l’ensemble.
Paquita est un ballet aux pas compulsifs soutenus par une musique pompière qui lassent quand même très vite et dans ce contexte, l’investissement des danseurs dans le petit plus qui fait passer la logorrhée chorégraphique était largement bienvenue.

 Marie-Agnès Gillot - Karl Paquette

Avec Marie-Agnès Gillot, virtuose de l’absolu, il ne semble y avoir d’apesanteur que lorsqu’elle doit frayer avec son partenaire, un Karl Paquette pourtant zen jusqu’au bout des doigts. Le feu et le coton font relativement bon ménage et le piment apporté par Vincent Chaillet a fait de ce trio une distribution finalement pas si déséquilibrée qu’il n’y paraissait au premier abord, tant au point de vue déploiement scénique que de l’interprétation et la complémentarité des uns et des autres. Des représentations solides techniquement, rondement épaulées par un Iñigo autoritaire et charismatique et une Paquita éclatante de facilité, un humour second degré très bien assumé, théâtral juste ce qu’il faut pour ne pas forcer l’incongruité de leur appariement et s’en accommoder même  avec intelligence.

Nicolas Paul
Les défections en masse chez les danseurs masculins ont assorti une deuxième fois Karl Paquette à une danseuse improbable. Tout du moins l’ennui distillé par l’interprétation terne d’une Myriam Ould-Braham à la danse particulièrement lisse et éteinte a permis à ce dernier de faire ressortir une personnalité sur scène plus flagrante qu’avec Marie-Agnès Gillot. L’Iñigo noir et trouble de Nicolas Paul a également souffert du manque de répondant de cette Paquita bien trop scolaire, seule véritable déception de cette série.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

Stéphane Bullion, Emilie Cozette et Yann Saïz, sont les plus romantiques et se servent de tout pour construire autour de cette histoire assez maigre, une véritable comédie : ils ancrent dans une danse dont ils délimitent bien les fonctions, l’insoutenable excitation du flirt et de la jalousie et en imposent avec la grandeur sereine de leur dernier acte.
L’équipe réunie très homogène, vraiment rodée à l’art de comédie, a fait décoller l’histoire vers un burlesque de bon ton, délicatement servi par des artistes subtiles et sur la même longueur d’onde. Pour l’occasion, Stéphane Bullion se pare à bon escient de son rare et précieux sourire et Emilie Cozette d’une autorité lumineuse.

Emilie Cozette - Yann  Saïz

Emilie Cozette fait montre dans ce ballet à la fois d’une maîtrise scénique tant envers le puissant gitan au cœur tendre de Yann Saïz qu’elle soumet avec un savoir faire malicieux, que vers le doux et naïf Lucien tour à tour rêveur et romantique au premier acte, ingénu et curieux dans la scène de la taverne, puissant et protecteur dans le grand pas.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette


L’éblouissante Dorothée Gilbert aurait pu briller encore plus si elle avait été soutenue par ses partenaires, un Mathieu Ganio compassé sur le plan dramatique, manquant un peu de mordant techniquement, et à l’inverse un Stéphane Phavorin en excès théâtral qui fait qu’en dernier lieu, elle donnait l’impression de danser seule et, presque uniquement pour elle, rejetant ses partenaires aux marges de l’histoire au profit d’une démonstration personnelle de technicité. Ballet narratif ? Que nenni !

Ludmila Pagliero
Pauline Verdusen - Séverine Westermann

Mathieu Ganio, peut-être étouffé par l’exubérante Dorothée, a paru plus à l’aise avec la sereine Ludmila Pagliero. Le couple est en effet plus équilibré et la danseuse s’est très intelligemment adaptée au jeu un peu maladroit du danseur. Comme Dorothée Gilbert, elle n’a pas non plus été servie par l’Iñigo d’Allister Madin qui semblait sortir d’une caricature de bande dessinée, mais on accorde à la jeunesse du danseur ce qui semble plus problématique chez Stéphane Phavorin qui a trop tendance à tirer sur le comique ridicule des rôles qui ne sont parfois qu’humour caustique, voire sans humour du tout. Ludmila Pagliero avec une danse fluide et intégrée dans l’histoire a quand même imposé une Paquita des plus plaisantes.
Cette production créée en 1981 et souvent reprise a par ailleurs montré l’excellence du corps de ballet, peut-être est-il  temps de tourner la page sur ce succès. 

Pauline Verdusen - Stéphane Bullion - Marie-Solène Boulet - Emilie Cozette


dimanche 7 novembre 2010

lundi 1 novembre 2010

Artistes

Le Jeune homme et la mort - Stéphane Bullion

jeudi 28 octobre 2010

Les danseurs de l'ONP en photos

A l'occasion de l'exposition Danseurs, portrait et mouvement à la Gallery Serge Bensimon de photographies de danseurs de l'Opéra de Paris réalisées par Christian Lartillot, signalons le catalogue qui comprend également des clichés non exposés. Une deuxième série est prévue.


Catalogue disponible à la Gallery Serge Bensimon, 111 rue de Turenne, Paris 3e.
Danseurs : Eleonora Abbagnato, Jérémie Bélingard, Stéphane Bullion, Alessio Carbone, Emilie Cozette, Nolwenn Daniel, Aurélie Dupont, Mathieu Ganio, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Mathias Heymann, Mélanie Hurel, Nicolas Le Riche, Delphine Moussin, Karl Paquette, Laëtitia Pujol,  Stéphanie Romberg, Muriel Zusperreguy


Rappelons le  livre d'Anne Deniau sur Nicolas Le Riche aux éditions Gourcuff Gradenigo...


...et celui d'Elina Brotherus paru aux Editions Textuel

Danseurs : Stéphane Bullion, Juliette Gernez, Laura Hecquet, Florian Magnenet, Nicolas Paul, Alice Renavand

jeudi 21 octobre 2010

Paquita 18 octobre - 7 novembre 2010


Paquita
Ballet en deux actes
Livret - Paul Foucher et Joseph Mazilier
Musique -  Edouard-Marie-Ernest Deldevez et Ludwig Minkus adaptée et orchestrée par David Coleman
Adaptation et chorégraphie - Pierre Lacotte d'après Joseph Mazilier (1846) et Marius Petipa (1881)
Décors et costumes - Luisa Spinatelli
Lumières - Philippe Albaric

Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale - Philippe Hui
Production créée pour le ballet de l’opéra national de Paris le 25 Janvier 2001

Stéphane Bullion - Emilie Cozette


La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2007 "Paquita 11-31 décembre 2007"

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

lundi 11 octobre 2010

Hommage à Roland Petit

Stéphane Bullion,  Emilie Cozette et Nicolas Le Riche saluent Roland Petit

dimanche 10 octobre 2010

Roland Petit

Eleonora Abbagnato
Le rendez-vous

Trois ambiances pour trois ballets où l’incursion du domaine fantastique distancie d’une manière ou d’une autre, tout autant que la marque d’une époque, la scène du spectateur. Pourtant, mis bout à bout, il est facile de comprendre ce qui a fait oublier Le Rendez-vous et Le Loup, malgré leur charme désuet, et ce qui a propulsé Le Jeune homme et la mort, dans le panthéon des œuvres modernes.
Les  ballets choisis pour cette ouverture de saison étaient plutôt des odes à la danse masculine, mais cette soirée consacrée à Roland Petit était l’occasion de retrouver sur scène, trois danseuses aux ressources multiples absentes la majorité de la dernière saison pour diverses raisons, Eleonora Abbagnato, Isabelle Ciaravola et Laëtitia Pujol.

Le rendez-vous

Yann Saïz
Dans le Rendez-vous une confrontation entre la scénographie dépouillée d’un décor savamment teinté époque seconde guerre mondiale et le surnaturel, le destin incarné par Michaël Denard, crée une ambiance un peu instable entre le matérialisme à effet nostalgique de la chanson de rue, interprétée par Pascal Aubin, le tango infernal de la fin, et des passages plus abstraits où Jeune homme et bossu dansent insouciants.  
Reste que cette suite de scénettes assez brèves qui s’enchaînent un peu linéairement pour dessiner clairement une histoire, qui n’est pas si aisée à restituer dans la chorégraphie, manque d’une force conductrice qui s’incarnerait dans la danse, au lieu de reposer sur le charisme d’un danseur, pas toujours existant. Pourtant, si pour entrer dans le ballet, on attend avec impatience le pas de deux final où la plus belle fille du monde va liquider le jeune homme, c’est parce que le Jeune homme a su nous intéresser à l’histoire, en particulier Nicolas Le Riche ou un éblouissant Yann Saïz, remplaçant grand luxe, qui se glissent à merveille dans ce rôle où la désinvolture est un maître mot  jusqu’au dernier coup fatal.

Alice Renavand - Yann Saïz
Dans ce pas de deux qui est le seul moment de danse un peu soutenu du ballet, on trouve la patte de Roland Petit, mais la danseuse, même charismatique comme Isabelle Ciaravola ou voluptueuse comme Eleonora Abbagnato, contrainte par ses hauts talons, n’arrive pas à faire oublier la musique  de Vladimir Kosma et la superficialité de la chorégraphie. C’est plus dans les attitudes et les regards qu’on trouve alors chez les danseurs, ce liant hypnotique caractéristique de Roland Petit.

Isabelle Ciaravola - Nicolas Le Riche


Le loup

Stéphane Bullion

Le Loup pénètre dans l’univers fantastique plus explicitement. Là aussi, c’est dans la délicate facture des pas de deux des héros que l’on trouve l’enchantement du ballet et le duo Stéphane Bullion/Emilie Cozette invite à la rêverie. Il s’oppose aux débordements trop narcissiques de la bohémienne et du Jeune homme même si ceux-ci, par opposition, n’en rendent la terrible condition du loup que plus prenante. L’animal emprisonné et victime de l’homme se révèle au contact de la belle, apprivoisé par sa douceur et s’éveille à l’amour avec une grâce touchante. Le couple dans une onde poétique s’isole dans la douceur et le rêve jusqu’à ce que la triste réalité les rattrape. Car même dans les contes féeriques, le bonheur extra normatif irrite et l’entourage condamne l’impudence de la bête à avoir séduit la belle.

Stéphane Bullion - Ludmila Pagliero

L’émerveillement des rapports entre le loup et la jeune fille,  soutenu par une musique très directrice, quasi narrative en elle-même d’Henri Dutilleux, parvient à maintenir l’intérêt du spectateur dans ses quelques méandres, même si la portée de cette œuvre est plutôt restreinte comme on peut le constater lorsque les interprètes n’arrivent pas à se glisser dans l’histoire. On trouve chez Benjamin Pech et Laëtitia Pujol, une lecture trop linéaire et trop peu subtile de la nature fantastique du conte qu’ils tirent plus vers le grotesque que vers la poésie. Le charme naïf du ballet nécessite en effet une distribution pleine de tact et subtilité, une croyance en l’histoire enchantée, car le loup n’est pas une bête féroce caricaturalement surpuissante, mais plutôt un animal misérablement réduit à la captivité qui va trouver un espoir d’humanité chez la belle.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette
C’est avec Emilie Cozette que toute la magie de la fable est la plus apparente. Elle trouve ici  un écrin pour exprimer à la fois une ingénuité et un aplomb qui la révèle amoureuse et sincèrement animale à son tour pour défendre son loup maltraité. Stéphane Bullion promène son regard mélancolique et poétique sous un maquillage qui lui dessine un profil inquiétant, rendant par là même toute gestuelle déplacée inutile pour imposer son animalité. Il porte dans ses yeux, toute la misère de sa condition.

Stéphane Bullion - Ludmila Pagliero

Les hasards des blessures ont fait partager le même loup à Emilie Cozette et Ludmila Pagliero. Mais alors qu’Emilie Cozette pénètre le tissu narratif avec une douceur naturelle qui rend son loup délicatement amoureux et soumis, Ludmila Pagliero y insère une théâtralité très touchante qui le rend plus sauvage et inquiet. La mort n'en est que plus pathétique et la dépouille du loup, gisant sur scène esseulée appelle avec désillusion à la réflexion sur l'intolérance.


Le jeune homme et la mort

Stéphane Bullion
Le Jeune homme et la mort est un ballet où la personnalité du danseur tire les émotions dans une direction ou une autre. Cette année, trois d’entre eux avaient retenu l’attention de Roland Petit, Jérémie Bélingard et son énergie sans faille, Stéphane Bullion et sa sensualité désespérée,  Nicolas Le Riche et sa cérébralité aiguë. Trois Jeunes hommes différents donc qui ont développé avec brio face à Alice Renavand pour le premier et Eleonora Abbagnato pour les deux autres, une force, tendue pour Jérémie Bélingard, teintée de fragilité pour Stéphane Bullion ou pleine d’inexorabilité pour Nicolas Le Riche. 

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

Le jeune homme de Jérémie Bélingard est au bord de la folie et tout chez lui affleure la violence physique passé l’affectation du début, on attend à chaque instant un débordement vers l’extrême tant sa pathologie semble marquée par des mouvement très tendus. Il n’y a pas d’issue possible à son affrontement avec la jeune fille et la mort. La conduite à sens unique de son personnage monolithique est spectaculaire grâce à la prouesse physique qu’il déploie, peut-être quelquefois aux dépens d’une touche d’humanité qui ferait plus entrer le spectateur dans son jeu mais qui a toutefois la vertu de laisser celui-ci sans souffle. Jérémie Bélingard évacue les difficultés techniques comme des outils pour se martyriser encore plus et refuse le dialogue avec Alice Renavand, d’autant plus brutalement cruelle avec lui. Leurs représentations sont noires et sans espoir, d’une intensité rare.
A l’inverse, Stéphane Bullion et Nicolas Le Riche se servent plus des moments techniques de la chorégraphie pour faire passer des nuances dans leurs personnages, des fragilités ou des coups de colère dans certains moments presque ralentis avec des sauts qui construisent la tension intérieure et complexe de leur personnage. Ils dressent un jeune homme qui se nourrit au fil des quinze minutes que dure le ballet des démonstrations physiques mais aussi de leurs interactions avec leur partenaire.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

Nicolas Le Riche est, plus encore que Jérémie Bélingard, très sexuel, alors que Stéphane Bullion joue d’une sensualité parfois exacerbée qui l’installe dans la première partie dans la mélancolie. Il fait peut-être plus jeune homme que ses deux collègues plus mûrs, impression née du personnage retenu qui semble sortir de l’adolescence. La manière dont il reçoit avec candeur les faveurs d’Eleonora Abbagnato semble lui faire oublier un moment son désespoir, comme s’il n’arrivait pas à croire que leur histoire était terminée alors que chaque moment pris par Jérémie Bélingard et Nicolas Le Riche semblent les faire agir comme si rien n’était perdu, ou tout du moins indiquent qu’ils ne renonceront pas.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion
Ainsi, l’explosion de douleur après le saut de l’ange n’en est que plus spectaculaire chez Stéphane Bullion qui paraît alors prendre conscience d’une force en lui qui le détruit peut-être plus qu’elle ne le sert. La richesse de son interprétation réside également dans les diverses nuances de son regard et son extrême fragilité, cette apparence cristalline dans un corps gigantesque par rapport à Eleonora Abbagnato, tout en noirceur implacable. Stéphane Bullion frémit à chaque instant et des ondes semblent parcourir son corps. Plus encore que son interprétation qui fleure constamment le drame, Stéphane Bullion met son âme à nue d’une manière prodigieusement angoissante.

Eleonora Abbagnato - Nicolas Le Riche

Nicolas Le Riche peaufine son personnage au fil des ans, un Jeune homme qui mûrit inexorablement avec lui mais à qui il laisse des libertés selon les jours tout en axant sur cette intériorité très réflexive. On dépasse ici la maestria technique et l’intelligence de la scène, Nicolas Le Riche crée en harmonie avec ses sensations et décline des variantes d'un jeune homme toujours très torturé.
Stéphane Bullion et Nicolas Le Riche  trouvent chez Eleonora Abbagnato une interprète exceptionnelle. Hyper sensuelle avec Stéphane Bullion dont elle répond parfaitement au jeu de la défiance avec un amusement pervers, elle est implacable avec Nicolas Le Riche, plus résistant à son emprise. Sa façon de révulser les yeux ou d’arborer des sourires mystérieux ou carnassiers dans ses propres moments de jouissance, sexuelle ou non, est absolument renversante. Eleonora Abbagnato signe là son retour sur la scène parisienne avec du sublime.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

samedi 2 octobre 2010

Le jeune homme et la mort






Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion

mercredi 22 septembre 2010

Roland Petit 22 septembre - 9 octobre 2010




Le Rendez-vous
Chorégraphie - Roland Petit (1945)
Argument - Jacques Prévert
Musique originale - Joseph Kosma
Décors - Brassaï
Rideau de scène - Pablo Picasso
Costumes - Mayo
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 11 mars 1992


Pascal  Aubin

Argument (source : opéra de Paris)
Premier tableau
Devanture d'un bal musette de la banlieue parisienne, Sans aucun pittoresque. Sur un transparent rouge, Simplement le mot : Bal. 
Dans un coin, deux amants très jeunes, immobiles, serrés l'un contre l'autre, s'embrassent sans bouger. Quelques clients sortent du bistro : un petit bossu crasseux, un maquereau avec une femme, une marchande de fleurs. Ils restent là, devant la porte, comme les gens qui ne savent pas où aller...
La porte du bistro s'ouvre, un clochard ivre apparaît, genre de clochards qui vont à la terrasse des cafés, et qui laissent sur les tables de petits prospectus prédisant l'avenir aux clients. On aperçoit, derrière lui, le patron qui le vire. Le clochard, dans un grand geste, perd ses prospectus et va s'écrouler dans un coin.
Il regarde les amoureux et chante, très simplement, Sans un geste et presque immobile...
Les noctambules traînent devant le bistro. La bonne vient leur dire de s'en aller. Le bossu la prend et la fait danser. Les autres dansent aussi, mornes, sans entrain, tout en se moquant des deux amoureux, toujours immobiles, serrés l'un contre l'autre.
Danse du bossu.

Nicolas Le Riche
Alors arrive le jeune homme. Le clochard se lève et titubant s'avance. Le jeune homme frappe à la porte du bistro, il a envie de s'amuser. Le clochard lui remet un dernier prospectus... Machinalement, le jeune homme le regarde. Les autres s'approchent à leur tour. Ils l'entourent et l'observent, leurs regards se figent sur lui. Tout le monde devient subitement très triste.
Danse de la panique.
Le jeune homme consterné est soudain pris de panique et de désespoir. La femme saoule se signe. La marchande de fleurs se prend la tête entre les mains et tourne sur elle-même en pleurant. Toute la troupe est agitée.
Les clients prennent la fuite. Le jeune homme, les mains dans les poches, s'en va aussi, toujours désespéré, mais malgré tout désinvolte avec autour de lui, le bossu attentif, bavard et toujours consolateur, surtout curieux. Éclairés par la Lune les amoureux apparaissent toujours immobiles.

Deuxième tableau
Un pilier de pierre du métro parisien, entre la Glacière et la Porte d'Italie. La blancheur de cette pierre accroche les lumières de la nuit.
Contre le pilier de pierre, les amoureux, debout, s'embrassent... Puis, toujours serrés l'un contre l'autre s'en vont et disparaissent dans la nuit. Le jeune homme arrive, traînant les pieds vers son dérisoire destin...
Le jeune homme arrive avec le bossu. C'est la danse de l'homme qui marche traînant les pieds vers son dérisoire destin. Il est railleur, sceptique, mais las et tout de même très inquiet. Derrière lui, devant lui, autour de lui le bossu marche, important et prétentieux, lamentable et monstrueux, petit dandy crapuleux et infirme. Mais soudain le bossu prend peur. Affolé, il se touche sa bosse pour conjurer le sort. L'affolement gagne le jeune homme inquiet et perdu.
Danse du bossu et du Jeune homme.
Finalement le bossu s'enfuit, et le jeune homme reste seul, inquiet, perdu.
Apparition du destin.
Michaël Denard - Nicolas Le Riche

Le destin surgit de l'ombre, derrière le pilier blanc et il apparaît, absurde et sûr de lui, vêtu dérisoirement de noir, comme un misérable Auguste sur la piste d'un cirque abandonné. Ses gestes sont souples et simples, son visage indifférent et lointain émerge au-dessus de la fraise Henri II, comme un grand sourire blême, lunaire. Le jeune homme d'abord, reste figé sur place et le destin s'adossant contre le pilier blanc regarde. Malgré lui le jeune homme, parce qu'il ne peut pas faire autrement, s'approche de lui.
Le destin sort de la poche de sa redingote un rasoir, l'ouvre en hochant la tête avec une insupportable bonhommie, alors le jeune homme plaide sa cause et montre en dansant, qu'il tient à la vie. Mais l'autre, automate simple et froid, irresponsable «n'y pouvant rien» secoue doucement la tête: «Vous avez reçu votre feuille, les carottes sont cuites, il n'y a pas à discuter. » Alors le désespoir s'empare du jeune homme, mais dans l'énergie même de son désespoir, subitement l'idée lui vient de mentir au destin. Et il invente en dansant qu'il a rendez-vous, le matin même, avec une merveilleuse fille, avec la plus belle fille du monde. Et il danse le désir qu'il a d'elle et ce grand amour, dont il a, comme tous les hommes, rêvé. «C'est vrai» répond sans rien dire le destin, tout à coup très attentif, très intéressé, ému même, «tu as rendez-vous avec elle, c'est l'exacte vérité.» Et repliant son rasoir, il le place avec beaucoup de délicatesse dans la poche supérieure du veston du jeune homme. Il disparaît. Le jeune homme éclate alors de rire, comme s'il sortait d'un mauvais rêve. Le bossu revient et le questionne stupéfait et même un peu déçu. Le jeune homme l'entraîne. Contents d'avoir possédé le destin, ils s'en vont en dansant.


Isabelle Ciaravola - Nicolas Le Riche
Troisième tableau
Extérieur du bal. 
Danse de la petite marchande de fleurs.
Le jeune homme arrive et le bossu le suit, tournant et clopinant. Ils sont tout joyeux. Ils vont boire. Soudain, le jeune homme s'arrête net. La femme, belle comme le jour, la «plus belle fille du monde» qu'il avait si habilement décrite, apparaît devant lui. Ils dansent, ils s'embrassent.
Comblé par des caresses, le jeune homme ne remarque pas que la main de la jeune fille glisse sur le rasoir. Et brusquement, elle lui tranche la gorge... Il s'écroule. Le destin apparaît, siffle dans ses doigts. La femme le rejoint. Ils disparaissent tous les deux. Le jeune homme a un dernier sursaut et retombe mort. Les amoureux traversent la scène, immobiles, enlacés.



Le Loup
Chorégraphie - Roland Petit (1953)
Argument - Jean Anouilh et Georges Neveux
Musique originale - Henri Dutilleux
Décors et costumes - Jean Carzou
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 18 mars 1975

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

Argument (source : opéra de Paris)
Le jour même de ses noces, un jeune marié trop insouciant s'enfuit avec une bohémienne. Grâce à la complicité d'un montreur d'animaux, il fait croire à sa jeune femme qu'il s'est changé en loup. La mariée s'en va donc au bras de celui qu'elle prend pour son époux.
Mais, peu à peu, elle découvre que ce loup qui est son compagnon... est un vrai loup. Sa première frayeur passée, elle se sent attirée par cet être qui, à l'inverse des hommes, est incapable de faiblesse ou de mensonge. Aussi, quand les gens du village découvriront qu'un loup vit parmi eux, ils lui feront la chasse.  Elle le défendra et mourra avec lui.

Emilie Cozette - Christophe Duquenne

Premier tableau
La place du village, aux abords d'une forêt.
La baraque d'un montreur de bêtes. Le loup fait ses tours. Les badauds s'assemblent autour de la baraque. Le loup fait encore quelques tours.
1ère danse de la bohémienne. Première transformation d'un badaud en bête. Seconde transformation d'un badaud.
Entrée de la noce.
2e Danse de la bohémienne. Le jeune homme la regarde intensément. Nouvelle transformation d'un badaud en bête. Transformation du jeune homme en loup. Nouvelle transformation du jeune homme... qui retrouve son vrai visage. Ils partent pour l'église... Ils s'éloignent.
3e Danse de la bohémienne. Hanté par la jeune bohémienne, le jeune homme quittant l'église, revient une première fois. Ils flirtent. Elle lui demande de l'argent. On vient chercher le jeune homme. Il part à regret pour l'église.  Le petite bohémienne seule. Le jeune homme revient pour la seconde fois. Le jeune homme danse avec la bohémienne. Leur danse se fait plus chaleureuse. Il explique qu'il veut la suivre. Elle lui demande de l'argent. Précipitamment, le montreur de bêtes se prépare à transformer le jeune homme, mais cette fois, il l'échange réellement contre le loup. La fiancée vient elle-même chercher le jeune homme. Elle emmène le loup qu'elle prend pour le jeune homme et se dirige en hâte vers l'église pour la bénédiction du mariage. Le montreur d'ours emballe rapidement sa baraque. Le montreur, la bohémienne, le jeune homme s'en vont tous trois. Ils s'éloignent et ils quittent la scène. La noce sort de l'église en cortège et entre en scène.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

Deuxième tableau
Le cortège accompagne les mariés chez eux.
Leur maisonnette est perchée dans la forêt. La famille les quitte en leur souhaitant le bonheur Ils sont seuls, le loup se tapit dans un coin, la nuit tombe. La jeune fille danse. Elle essaie d'entraîner celui qu'elle croit être son mari mais la peur l'envahit peu à peu. Le loup fait quelques pas vers elle Mouvement d'effroi. Elle recule, il s'approche à nouveau. Nouvel effroi : elle comprend qu'il s'agit d'un vrai loup. Il s'approche encore un peu plus. Elle est épouvantée. Le loup s'arrête enfin. II comprend la misère de sa condition. Bouleversée, la jeune fille s'approche a son tour de lui et, prise de pitié, elle le caresse doucement.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette
Ils dansent, enfin, tendrement Les commères apparaissent peu à peu comme des fantômes. Elles cernent la maisonnette et très excitées, condamnent l'acte monstrueux de la jeune fille. Elles défoncent la maison Elles séparent la mariée du loup.
Le montreur de bêtes explique l'erreur. Il prend le loup et prépare le jeu de ses transformations. Le loup est échangé contre le jeune homme. Stupéfaction de la foule. Étonnée, la mariée s’approche en hésitant du jeune homme. Le jeune homme veut la saisir, mais elle le repousse Le loup sort de sa cachette, s'empare de la belle et se sauve avec elle.
Stéphane Bullion - Emilie Cozette
Troisième tableau
Le loup et la belle dans la forêt.
Le loup et la belle tendent l'oreille au son des appels des paysans. Le son des trompes se rapproche, les paysans gagnent, peu à peu du terrain sur les fugitifs. Une deuxième vague de chasseurs entoure le loup et la belle. Les poursuivants affluent de tous côtés. Les paysans foncent sur le loup avec leurs fourches. Le loup est touché. Il tombe.
Danse de mort du loup. La belle s'accroche à lui, mais elle est elle-même blessée à mort Les villageois les séparent avec difficulté. Ils soulèvent le corps de la belle et l'emportent sur leurs épaules. De l'autre côté, on traîne le loup comme un sac de son.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette


Le jeune homme et la mort
Chorégraphie - Roland Petit (1946)
Livret - Jean Cocteau
Musique - Jean Sébastien Bach Passacaille en do mineur BWV 582
Orchestration - Alexandre Goedicke
Décors - Georges Wakhevitch
Costumes d’après Karinska
Ballet entré au répertoire de l’Opéra de Paris le 5 avril 1990

Jérémie Bélingard - Alice Renavand


Argument (source opéra de Paris)
Dans un atelier, un jeune homme seul attend.
Entre la jeune fille qui était la cause de sa détresse.
Il s’élance vers elle. Elle le repousse. Il la supplie.
Elle l’insulte, le bafoue et s’enfuit. Il se pend.

La chambre s’envole. Ne reste que le corps du pendu.
Par les toits, la Mort arrive en robe de bal.
Elle ôte son masque : c’est la jeune fille.
Alors elle pose son masque sur le visage de sa victime.
Ensemble ils s’en vont par les toits.
Jérémie Bélingard - Alice Renavand

Saison 2010-1011