jeudi 28 octobre 2010

Les danseurs de l'ONP en photos

A l'occasion de l'exposition Danseurs, portrait et mouvement à la Gallery Serge Bensimon de photographies de danseurs de l'Opéra de Paris réalisées par Christian Lartillot, signalons le catalogue qui comprend également des clichés non exposés. Une deuxième série est prévue.


Catalogue disponible à la Gallery Serge Bensimon, 111 rue de Turenne, Paris 3e.
Danseurs : Eleonora Abbagnato, Jérémie Bélingard, Stéphane Bullion, Alessio Carbone, Emilie Cozette, Nolwenn Daniel, Aurélie Dupont, Mathieu Ganio, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Mathias Heymann, Mélanie Hurel, Nicolas Le Riche, Delphine Moussin, Karl Paquette, Laëtitia Pujol,  Stéphanie Romberg, Muriel Zusperreguy


Rappelons le  livre d'Anne Deniau sur Nicolas Le Riche aux éditions Gourcuff Gradenigo...


...et celui d'Elina Brotherus paru aux Editions Textuel

Danseurs : Stéphane Bullion, Juliette Gernez, Laura Hecquet, Florian Magnenet, Nicolas Paul, Alice Renavand

jeudi 21 octobre 2010

Paquita 18 octobre - 7 novembre 2010


Paquita
Ballet en deux actes
Livret - Paul Foucher et Joseph Mazilier
Musique -  Edouard-Marie-Ernest Deldevez et Ludwig Minkus adaptée et orchestrée par David Coleman
Adaptation et chorégraphie - Pierre Lacotte d'après Joseph Mazilier (1846) et Marius Petipa (1881)
Décors et costumes - Luisa Spinatelli
Lumières - Philippe Albaric

Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale - Philippe Hui
Production créée pour le ballet de l’opéra national de Paris le 25 Janvier 2001

Stéphane Bullion - Emilie Cozette


La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2007 "Paquita 11-31 décembre 2007"

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

lundi 11 octobre 2010

Hommage à Roland Petit

Stéphane Bullion,  Emilie Cozette et Nicolas Le Riche saluent Roland Petit

dimanche 10 octobre 2010

Roland Petit

Eleonora Abbagnato
Le rendez-vous

Trois ambiances pour trois ballets où l’incursion du domaine fantastique distancie d’une manière ou d’une autre, tout autant que la marque d’une époque, la scène du spectateur. Pourtant, mis bout à bout, il est facile de comprendre ce qui a fait oublier Le Rendez-vous et Le Loup, malgré leur charme désuet, et ce qui a propulsé Le Jeune homme et la mort, dans le panthéon des œuvres modernes.
Les  ballets choisis pour cette ouverture de saison étaient plutôt des odes à la danse masculine, mais cette soirée consacrée à Roland Petit était l’occasion de retrouver sur scène, trois danseuses aux ressources multiples absentes la majorité de la dernière saison pour diverses raisons, Eleonora Abbagnato, Isabelle Ciaravola et Laëtitia Pujol.

Le rendez-vous

Yann Saïz
Dans le Rendez-vous une confrontation entre la scénographie dépouillée d’un décor savamment teinté époque seconde guerre mondiale et le surnaturel, le destin incarné par Michaël Denard, crée une ambiance un peu instable entre le matérialisme à effet nostalgique de la chanson de rue, interprétée par Pascal Aubin, le tango infernal de la fin, et des passages plus abstraits où Jeune homme et bossu dansent insouciants.  
Reste que cette suite de scénettes assez brèves qui s’enchaînent un peu linéairement pour dessiner clairement une histoire, qui n’est pas si aisée à restituer dans la chorégraphie, manque d’une force conductrice qui s’incarnerait dans la danse, au lieu de reposer sur le charisme d’un danseur, pas toujours existant. Pourtant, si pour entrer dans le ballet, on attend avec impatience le pas de deux final où la plus belle fille du monde va liquider le jeune homme, c’est parce que le Jeune homme a su nous intéresser à l’histoire, en particulier Nicolas Le Riche ou un éblouissant Yann Saïz, remplaçant grand luxe, qui se glissent à merveille dans ce rôle où la désinvolture est un maître mot  jusqu’au dernier coup fatal.

Alice Renavand - Yann Saïz
Dans ce pas de deux qui est le seul moment de danse un peu soutenu du ballet, on trouve la patte de Roland Petit, mais la danseuse, même charismatique comme Isabelle Ciaravola ou voluptueuse comme Eleonora Abbagnato, contrainte par ses hauts talons, n’arrive pas à faire oublier la musique  de Vladimir Kosma et la superficialité de la chorégraphie. C’est plus dans les attitudes et les regards qu’on trouve alors chez les danseurs, ce liant hypnotique caractéristique de Roland Petit.

Isabelle Ciaravola - Nicolas Le Riche


Le loup

Stéphane Bullion

Le Loup pénètre dans l’univers fantastique plus explicitement. Là aussi, c’est dans la délicate facture des pas de deux des héros que l’on trouve l’enchantement du ballet et le duo Stéphane Bullion/Emilie Cozette invite à la rêverie. Il s’oppose aux débordements trop narcissiques de la bohémienne et du Jeune homme même si ceux-ci, par opposition, n’en rendent la terrible condition du loup que plus prenante. L’animal emprisonné et victime de l’homme se révèle au contact de la belle, apprivoisé par sa douceur et s’éveille à l’amour avec une grâce touchante. Le couple dans une onde poétique s’isole dans la douceur et le rêve jusqu’à ce que la triste réalité les rattrape. Car même dans les contes féeriques, le bonheur extra normatif irrite et l’entourage condamne l’impudence de la bête à avoir séduit la belle.

Stéphane Bullion - Ludmila Pagliero

L’émerveillement des rapports entre le loup et la jeune fille,  soutenu par une musique très directrice, quasi narrative en elle-même d’Henri Dutilleux, parvient à maintenir l’intérêt du spectateur dans ses quelques méandres, même si la portée de cette œuvre est plutôt restreinte comme on peut le constater lorsque les interprètes n’arrivent pas à se glisser dans l’histoire. On trouve chez Benjamin Pech et Laëtitia Pujol, une lecture trop linéaire et trop peu subtile de la nature fantastique du conte qu’ils tirent plus vers le grotesque que vers la poésie. Le charme naïf du ballet nécessite en effet une distribution pleine de tact et subtilité, une croyance en l’histoire enchantée, car le loup n’est pas une bête féroce caricaturalement surpuissante, mais plutôt un animal misérablement réduit à la captivité qui va trouver un espoir d’humanité chez la belle.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette
C’est avec Emilie Cozette que toute la magie de la fable est la plus apparente. Elle trouve ici  un écrin pour exprimer à la fois une ingénuité et un aplomb qui la révèle amoureuse et sincèrement animale à son tour pour défendre son loup maltraité. Stéphane Bullion promène son regard mélancolique et poétique sous un maquillage qui lui dessine un profil inquiétant, rendant par là même toute gestuelle déplacée inutile pour imposer son animalité. Il porte dans ses yeux, toute la misère de sa condition.

Stéphane Bullion - Ludmila Pagliero

Les hasards des blessures ont fait partager le même loup à Emilie Cozette et Ludmila Pagliero. Mais alors qu’Emilie Cozette pénètre le tissu narratif avec une douceur naturelle qui rend son loup délicatement amoureux et soumis, Ludmila Pagliero y insère une théâtralité très touchante qui le rend plus sauvage et inquiet. La mort n'en est que plus pathétique et la dépouille du loup, gisant sur scène esseulée appelle avec désillusion à la réflexion sur l'intolérance.


Le jeune homme et la mort

Stéphane Bullion
Le Jeune homme et la mort est un ballet où la personnalité du danseur tire les émotions dans une direction ou une autre. Cette année, trois d’entre eux avaient retenu l’attention de Roland Petit, Jérémie Bélingard et son énergie sans faille, Stéphane Bullion et sa sensualité désespérée,  Nicolas Le Riche et sa cérébralité aiguë. Trois Jeunes hommes différents donc qui ont développé avec brio face à Alice Renavand pour le premier et Eleonora Abbagnato pour les deux autres, une force, tendue pour Jérémie Bélingard, teintée de fragilité pour Stéphane Bullion ou pleine d’inexorabilité pour Nicolas Le Riche. 

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

Le jeune homme de Jérémie Bélingard est au bord de la folie et tout chez lui affleure la violence physique passé l’affectation du début, on attend à chaque instant un débordement vers l’extrême tant sa pathologie semble marquée par des mouvement très tendus. Il n’y a pas d’issue possible à son affrontement avec la jeune fille et la mort. La conduite à sens unique de son personnage monolithique est spectaculaire grâce à la prouesse physique qu’il déploie, peut-être quelquefois aux dépens d’une touche d’humanité qui ferait plus entrer le spectateur dans son jeu mais qui a toutefois la vertu de laisser celui-ci sans souffle. Jérémie Bélingard évacue les difficultés techniques comme des outils pour se martyriser encore plus et refuse le dialogue avec Alice Renavand, d’autant plus brutalement cruelle avec lui. Leurs représentations sont noires et sans espoir, d’une intensité rare.
A l’inverse, Stéphane Bullion et Nicolas Le Riche se servent plus des moments techniques de la chorégraphie pour faire passer des nuances dans leurs personnages, des fragilités ou des coups de colère dans certains moments presque ralentis avec des sauts qui construisent la tension intérieure et complexe de leur personnage. Ils dressent un jeune homme qui se nourrit au fil des quinze minutes que dure le ballet des démonstrations physiques mais aussi de leurs interactions avec leur partenaire.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

Nicolas Le Riche est, plus encore que Jérémie Bélingard, très sexuel, alors que Stéphane Bullion joue d’une sensualité parfois exacerbée qui l’installe dans la première partie dans la mélancolie. Il fait peut-être plus jeune homme que ses deux collègues plus mûrs, impression née du personnage retenu qui semble sortir de l’adolescence. La manière dont il reçoit avec candeur les faveurs d’Eleonora Abbagnato semble lui faire oublier un moment son désespoir, comme s’il n’arrivait pas à croire que leur histoire était terminée alors que chaque moment pris par Jérémie Bélingard et Nicolas Le Riche semblent les faire agir comme si rien n’était perdu, ou tout du moins indiquent qu’ils ne renonceront pas.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion
Ainsi, l’explosion de douleur après le saut de l’ange n’en est que plus spectaculaire chez Stéphane Bullion qui paraît alors prendre conscience d’une force en lui qui le détruit peut-être plus qu’elle ne le sert. La richesse de son interprétation réside également dans les diverses nuances de son regard et son extrême fragilité, cette apparence cristalline dans un corps gigantesque par rapport à Eleonora Abbagnato, tout en noirceur implacable. Stéphane Bullion frémit à chaque instant et des ondes semblent parcourir son corps. Plus encore que son interprétation qui fleure constamment le drame, Stéphane Bullion met son âme à nue d’une manière prodigieusement angoissante.

Eleonora Abbagnato - Nicolas Le Riche

Nicolas Le Riche peaufine son personnage au fil des ans, un Jeune homme qui mûrit inexorablement avec lui mais à qui il laisse des libertés selon les jours tout en axant sur cette intériorité très réflexive. On dépasse ici la maestria technique et l’intelligence de la scène, Nicolas Le Riche crée en harmonie avec ses sensations et décline des variantes d'un jeune homme toujours très torturé.
Stéphane Bullion et Nicolas Le Riche  trouvent chez Eleonora Abbagnato une interprète exceptionnelle. Hyper sensuelle avec Stéphane Bullion dont elle répond parfaitement au jeu de la défiance avec un amusement pervers, elle est implacable avec Nicolas Le Riche, plus résistant à son emprise. Sa façon de révulser les yeux ou d’arborer des sourires mystérieux ou carnassiers dans ses propres moments de jouissance, sexuelle ou non, est absolument renversante. Eleonora Abbagnato signe là son retour sur la scène parisienne avec du sublime.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

samedi 2 octobre 2010

Le jeune homme et la mort






Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion

mercredi 22 septembre 2010

Roland Petit 22 septembre - 9 octobre 2010




Le Rendez-vous
Chorégraphie - Roland Petit (1945)
Argument - Jacques Prévert
Musique originale - Joseph Kosma
Décors - Brassaï
Rideau de scène - Pablo Picasso
Costumes - Mayo
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 11 mars 1992


Pascal  Aubin

Argument (source : opéra de Paris)
Premier tableau
Devanture d'un bal musette de la banlieue parisienne, Sans aucun pittoresque. Sur un transparent rouge, Simplement le mot : Bal. 
Dans un coin, deux amants très jeunes, immobiles, serrés l'un contre l'autre, s'embrassent sans bouger. Quelques clients sortent du bistro : un petit bossu crasseux, un maquereau avec une femme, une marchande de fleurs. Ils restent là, devant la porte, comme les gens qui ne savent pas où aller...
La porte du bistro s'ouvre, un clochard ivre apparaît, genre de clochards qui vont à la terrasse des cafés, et qui laissent sur les tables de petits prospectus prédisant l'avenir aux clients. On aperçoit, derrière lui, le patron qui le vire. Le clochard, dans un grand geste, perd ses prospectus et va s'écrouler dans un coin.
Il regarde les amoureux et chante, très simplement, Sans un geste et presque immobile...
Les noctambules traînent devant le bistro. La bonne vient leur dire de s'en aller. Le bossu la prend et la fait danser. Les autres dansent aussi, mornes, sans entrain, tout en se moquant des deux amoureux, toujours immobiles, serrés l'un contre l'autre.
Danse du bossu.

Nicolas Le Riche
Alors arrive le jeune homme. Le clochard se lève et titubant s'avance. Le jeune homme frappe à la porte du bistro, il a envie de s'amuser. Le clochard lui remet un dernier prospectus... Machinalement, le jeune homme le regarde. Les autres s'approchent à leur tour. Ils l'entourent et l'observent, leurs regards se figent sur lui. Tout le monde devient subitement très triste.
Danse de la panique.
Le jeune homme consterné est soudain pris de panique et de désespoir. La femme saoule se signe. La marchande de fleurs se prend la tête entre les mains et tourne sur elle-même en pleurant. Toute la troupe est agitée.
Les clients prennent la fuite. Le jeune homme, les mains dans les poches, s'en va aussi, toujours désespéré, mais malgré tout désinvolte avec autour de lui, le bossu attentif, bavard et toujours consolateur, surtout curieux. Éclairés par la Lune les amoureux apparaissent toujours immobiles.

Deuxième tableau
Un pilier de pierre du métro parisien, entre la Glacière et la Porte d'Italie. La blancheur de cette pierre accroche les lumières de la nuit.
Contre le pilier de pierre, les amoureux, debout, s'embrassent... Puis, toujours serrés l'un contre l'autre s'en vont et disparaissent dans la nuit. Le jeune homme arrive, traînant les pieds vers son dérisoire destin...
Le jeune homme arrive avec le bossu. C'est la danse de l'homme qui marche traînant les pieds vers son dérisoire destin. Il est railleur, sceptique, mais las et tout de même très inquiet. Derrière lui, devant lui, autour de lui le bossu marche, important et prétentieux, lamentable et monstrueux, petit dandy crapuleux et infirme. Mais soudain le bossu prend peur. Affolé, il se touche sa bosse pour conjurer le sort. L'affolement gagne le jeune homme inquiet et perdu.
Danse du bossu et du Jeune homme.
Finalement le bossu s'enfuit, et le jeune homme reste seul, inquiet, perdu.
Apparition du destin.
Michaël Denard - Nicolas Le Riche

Le destin surgit de l'ombre, derrière le pilier blanc et il apparaît, absurde et sûr de lui, vêtu dérisoirement de noir, comme un misérable Auguste sur la piste d'un cirque abandonné. Ses gestes sont souples et simples, son visage indifférent et lointain émerge au-dessus de la fraise Henri II, comme un grand sourire blême, lunaire. Le jeune homme d'abord, reste figé sur place et le destin s'adossant contre le pilier blanc regarde. Malgré lui le jeune homme, parce qu'il ne peut pas faire autrement, s'approche de lui.
Le destin sort de la poche de sa redingote un rasoir, l'ouvre en hochant la tête avec une insupportable bonhommie, alors le jeune homme plaide sa cause et montre en dansant, qu'il tient à la vie. Mais l'autre, automate simple et froid, irresponsable «n'y pouvant rien» secoue doucement la tête: «Vous avez reçu votre feuille, les carottes sont cuites, il n'y a pas à discuter. » Alors le désespoir s'empare du jeune homme, mais dans l'énergie même de son désespoir, subitement l'idée lui vient de mentir au destin. Et il invente en dansant qu'il a rendez-vous, le matin même, avec une merveilleuse fille, avec la plus belle fille du monde. Et il danse le désir qu'il a d'elle et ce grand amour, dont il a, comme tous les hommes, rêvé. «C'est vrai» répond sans rien dire le destin, tout à coup très attentif, très intéressé, ému même, «tu as rendez-vous avec elle, c'est l'exacte vérité.» Et repliant son rasoir, il le place avec beaucoup de délicatesse dans la poche supérieure du veston du jeune homme. Il disparaît. Le jeune homme éclate alors de rire, comme s'il sortait d'un mauvais rêve. Le bossu revient et le questionne stupéfait et même un peu déçu. Le jeune homme l'entraîne. Contents d'avoir possédé le destin, ils s'en vont en dansant.


Isabelle Ciaravola - Nicolas Le Riche
Troisième tableau
Extérieur du bal. 
Danse de la petite marchande de fleurs.
Le jeune homme arrive et le bossu le suit, tournant et clopinant. Ils sont tout joyeux. Ils vont boire. Soudain, le jeune homme s'arrête net. La femme, belle comme le jour, la «plus belle fille du monde» qu'il avait si habilement décrite, apparaît devant lui. Ils dansent, ils s'embrassent.
Comblé par des caresses, le jeune homme ne remarque pas que la main de la jeune fille glisse sur le rasoir. Et brusquement, elle lui tranche la gorge... Il s'écroule. Le destin apparaît, siffle dans ses doigts. La femme le rejoint. Ils disparaissent tous les deux. Le jeune homme a un dernier sursaut et retombe mort. Les amoureux traversent la scène, immobiles, enlacés.



Le Loup
Chorégraphie - Roland Petit (1953)
Argument - Jean Anouilh et Georges Neveux
Musique originale - Henri Dutilleux
Décors et costumes - Jean Carzou
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 18 mars 1975

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

Argument (source : opéra de Paris)
Le jour même de ses noces, un jeune marié trop insouciant s'enfuit avec une bohémienne. Grâce à la complicité d'un montreur d'animaux, il fait croire à sa jeune femme qu'il s'est changé en loup. La mariée s'en va donc au bras de celui qu'elle prend pour son époux.
Mais, peu à peu, elle découvre que ce loup qui est son compagnon... est un vrai loup. Sa première frayeur passée, elle se sent attirée par cet être qui, à l'inverse des hommes, est incapable de faiblesse ou de mensonge. Aussi, quand les gens du village découvriront qu'un loup vit parmi eux, ils lui feront la chasse.  Elle le défendra et mourra avec lui.

Emilie Cozette - Christophe Duquenne

Premier tableau
La place du village, aux abords d'une forêt.
La baraque d'un montreur de bêtes. Le loup fait ses tours. Les badauds s'assemblent autour de la baraque. Le loup fait encore quelques tours.
1ère danse de la bohémienne. Première transformation d'un badaud en bête. Seconde transformation d'un badaud.
Entrée de la noce.
2e Danse de la bohémienne. Le jeune homme la regarde intensément. Nouvelle transformation d'un badaud en bête. Transformation du jeune homme en loup. Nouvelle transformation du jeune homme... qui retrouve son vrai visage. Ils partent pour l'église... Ils s'éloignent.
3e Danse de la bohémienne. Hanté par la jeune bohémienne, le jeune homme quittant l'église, revient une première fois. Ils flirtent. Elle lui demande de l'argent. On vient chercher le jeune homme. Il part à regret pour l'église.  Le petite bohémienne seule. Le jeune homme revient pour la seconde fois. Le jeune homme danse avec la bohémienne. Leur danse se fait plus chaleureuse. Il explique qu'il veut la suivre. Elle lui demande de l'argent. Précipitamment, le montreur de bêtes se prépare à transformer le jeune homme, mais cette fois, il l'échange réellement contre le loup. La fiancée vient elle-même chercher le jeune homme. Elle emmène le loup qu'elle prend pour le jeune homme et se dirige en hâte vers l'église pour la bénédiction du mariage. Le montreur d'ours emballe rapidement sa baraque. Le montreur, la bohémienne, le jeune homme s'en vont tous trois. Ils s'éloignent et ils quittent la scène. La noce sort de l'église en cortège et entre en scène.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette

Deuxième tableau
Le cortège accompagne les mariés chez eux.
Leur maisonnette est perchée dans la forêt. La famille les quitte en leur souhaitant le bonheur Ils sont seuls, le loup se tapit dans un coin, la nuit tombe. La jeune fille danse. Elle essaie d'entraîner celui qu'elle croit être son mari mais la peur l'envahit peu à peu. Le loup fait quelques pas vers elle Mouvement d'effroi. Elle recule, il s'approche à nouveau. Nouvel effroi : elle comprend qu'il s'agit d'un vrai loup. Il s'approche encore un peu plus. Elle est épouvantée. Le loup s'arrête enfin. II comprend la misère de sa condition. Bouleversée, la jeune fille s'approche a son tour de lui et, prise de pitié, elle le caresse doucement.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette
Ils dansent, enfin, tendrement Les commères apparaissent peu à peu comme des fantômes. Elles cernent la maisonnette et très excitées, condamnent l'acte monstrueux de la jeune fille. Elles défoncent la maison Elles séparent la mariée du loup.
Le montreur de bêtes explique l'erreur. Il prend le loup et prépare le jeu de ses transformations. Le loup est échangé contre le jeune homme. Stupéfaction de la foule. Étonnée, la mariée s’approche en hésitant du jeune homme. Le jeune homme veut la saisir, mais elle le repousse Le loup sort de sa cachette, s'empare de la belle et se sauve avec elle.
Stéphane Bullion - Emilie Cozette
Troisième tableau
Le loup et la belle dans la forêt.
Le loup et la belle tendent l'oreille au son des appels des paysans. Le son des trompes se rapproche, les paysans gagnent, peu à peu du terrain sur les fugitifs. Une deuxième vague de chasseurs entoure le loup et la belle. Les poursuivants affluent de tous côtés. Les paysans foncent sur le loup avec leurs fourches. Le loup est touché. Il tombe.
Danse de mort du loup. La belle s'accroche à lui, mais elle est elle-même blessée à mort Les villageois les séparent avec difficulté. Ils soulèvent le corps de la belle et l'emportent sur leurs épaules. De l'autre côté, on traîne le loup comme un sac de son.

Stéphane Bullion - Emilie Cozette


Le jeune homme et la mort
Chorégraphie - Roland Petit (1946)
Livret - Jean Cocteau
Musique - Jean Sébastien Bach Passacaille en do mineur BWV 582
Orchestration - Alexandre Goedicke
Décors - Georges Wakhevitch
Costumes d’après Karinska
Ballet entré au répertoire de l’Opéra de Paris le 5 avril 1990

Jérémie Bélingard - Alice Renavand


Argument (source opéra de Paris)
Dans un atelier, un jeune homme seul attend.
Entre la jeune fille qui était la cause de sa détresse.
Il s’élance vers elle. Elle le repousse. Il la supplie.
Elle l’insulte, le bafoue et s’enfuit. Il se pend.

La chambre s’envole. Ne reste que le corps du pendu.
Par les toits, la Mort arrive en robe de bal.
Elle ôte son masque : c’est la jeune fille.
Alors elle pose son masque sur le visage de sa victime.
Ensemble ils s’en vont par les toits.
Jérémie Bélingard - Alice Renavand

Saison 2010-1011


mercredi 4 août 2010

L'œuvre de la saison 2009-2010


Répliques de Nicolas Paul


Musique - György Ligeti 
(Monument, Selbsportrait, Bewegung (Monument, In Zart Fliessende Bewegung, 1976), Musica Ricercata (II. Andante misurato e tranquillo, Omaggio a Girolamo Frescobaldi, 1951-1953), Trio (IV. Lamento, Adagio, 1982)
Chorégraphie - Nicolas Paul
Décors - Paul Andreu
Costumes - Adeline André
Lumières - Madjid Hakimi
Pièce pour huit danseurs

lundi 2 août 2010

Incidence chorégraphique à Tel Aviv 30-31 juillet 2010


Incidence Chorégraphique en Israël, Suzanne Dellal Centre, Tel Aviv

Incidence
Chorégraphie - Bruno Bouché
Musique - Astor Piazzola (Michelangelo 70)
Avec Bruno Bouché, Aurélien Houette et Pauline Verdusen

Souvenirs pour demain
Chorégraphie - José Martinez et Arantxa Sagardoy
Musique - Dalva de Oliveira, Arvo Pärt
Interview - Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
Avec José Martinez et Arantxa Sagardoy
Création : Première

Gesualdo
Chorégraphie - Nicolas Paul
Musique - Don Carlo Gesualdo (Tenebrae Responsories pour le jeudi saint : Lectio I / Tristis est anima mea / Benedictus / Christus factus est - Quarto libro di Madrigali : Io tocero / Invan dunque)
Avec Stéphane Bullion, Alexandre Carniato, Adrien Couvez, Erwan Leroux et Pauline Verdusen

Akathisie
Chorégraphie - Nicolas Paul
Musique- Johann Sebastian Bach (sonate n°1 pour violon et clavecin BWV 1014 en si mineur, adagio)
Avec Stéphane Bullion

Bless –ainsi soit-il
Chorégraphie - Bruno Bouché
Musique - Johann Sebastian Bach (Chaconne en ré mineur pour piano (Busoni), arr. de Violin Partita n°2 BWV 1004)
Avec  Aurélien Houette et Erwan Leroux

Aunis
Chorégraphie -  Jacques Garnier
Musique traditionnelle de Bretagne
Avec Bruno Bouché, Alexandre Carniato et Adrien Couvez


Après une première visite au Suzanne Dellal centre de danse de Tel Aviv en 2009, Bruno Bouché avait concocté pour les danseurs de l’Opéra de Paris et Arantxa Sagardoy, un programme sélectif illustrant un certain côté intellectuel et réflexif, en pratique parfois mais aussi en théorie. Dans une optique contemporaine, il mettait ainsi en relief plusieurs œuvres marquantes des créateurs de son groupe multiforme Incidence chorégraphique.

Bruno Bouché - Pauline Verdusen-Aurélien Houette
Incidence de Bruno Bouché est une œuvre pour trois danseurs dont les rapports se complexifient progressivement, Bruno Bouché et Aurélien Houette se défiant d’abord de Pauline Verdusen pour la rejoindre tour à tour ou de concert, une valse paradoxale évoquant parfois l’hésitation, parfois la rupture et l’exacerbation des sentiments. La pièce qui démarre dans le silence sur la danseuse esseulée essuyant les regards attentifs de ses compagnons scrutateurs, déborde de vitalité dans les sonorités volcaniques d’Astor Piazzola, le mouvement emporte les trois danseurs dans des jeux de rôles très marqués. Les appariements hésitent, la danse s’emballe au rythme des envolées du bandonéon, on court, on se regarde, ou pas, les sentiments et les corps se déchirent. 
Pour faire vivre ses personnages, Bruno Bouché affectionne les ruptures entre le haut et le bas du corps et il est toujours très intéressant de voir comment celles-ci vont s’interpréter dans la musique et en ce sens, Incidence préfigure Bless ainsi soit-il présenté dans la deuxième partie de ces soirées.

José Martinez et Arantxa Sagardoy offraient ensuite à Tel-Aviv  leur dernière création. Difficile d’accès, Souvenirs pour demain, évoque les deux grands artistes, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud. Alors que leurs voix s’élèvent dans la salle, les deux chorégraphes en miroir sur scène campent le célèbre duo, leur rapport au théâtre et au métier, autour d’une mini scène installée comme plateau de cinéma par Aurélien Houette et Erwan Leroux. Ainsi, le rapport aux projecteurs, on and off, se présente comme le centre du discours.
Ce retour sur la raison de vivre de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, récit de l'acteur metteur en scène a priori très personnel, prend forme dans un assemblage de musiques et de propos qui ponctue la pièce et le rythme constamment interrompu par ses remises à plat déconcerte parfois. Plus que la volcanique Arantxa Sagardoy virevoltant autour de son compagnon aux allures parfois timides et touchantes qui rappellent bien l'acteur, on retient un solo étonnant de virtuosité de José Martinez. La danseuse, absente sur scène le second jour, laisse d’ailleurs la part belle à son partenaire qui dialogue alors avec sa robe de manière incongrue et mystérieuse. Si l’on perd alors un intéressant passage vu la veille avec des portés originaux sur la chaise, on gagne en linéarité dans le propos, et une certaine nostalgie suggérée par la musique d’Arvo Pärt pénètre très mélancoliquement dans les esprits.

Arantxa Sagardoy - José Martinez

A l’inverse des deux moments précédents, Gesualdo, lancé dans la même sérénité d’un silence absolu par Pauline Verdusen, possède un scénario dramatique en filigrane. Ici, la progression du propos s’accompagne d’un commentaire chorégraphique à la fois subtile et très serré et d’une musique unie, une œuvre en somme très aboutie.
Illustration éthérée de la vie énigmatique de Carlo Gesualdo, l’œuvre de Nicolas Paul se dessine autour d’évocations obscures  des agissements spectaculaires d’un homme déchiré de l’intérieur aux pensées secrètes et aux actes surprenants. Le ballet s’appuie avec force sur la musique mystique du scandaleux compositeur et ne sombre pas dans le cliché en montrant une quelconque sauvagerie ou un comble de raffinement qui seraient les symboles antithétiques de la vie de Gesualdo. Ici, la violence de l’homme est uniquement exprimée par ses rapports rugueux avec les trois figures, Alexandre Carniato, Adrien Couvez et Erwan Leroux, images des flagellants de sa propre vie, dont on ne sait à quel titre ils participèrent au meurtre et aux plaisirs mystiques ou/et charnels de Gesualdo, et des regards parfois glaçants et par conséquent mortels dont Stéphane Bullion a le secret, vers la femme ou vers le destin. Pauline Verdusen, martiale, se dresse sur la gauche de la scène dans son masque mortuaire comme une opposition verticale à l’horizontalité de la chorégraphie des autres personnages, souvent très près du sol et d’où seuls les sauts et évolutions aériennes de Stéphane Bullion jaillissent comme de nulle part. Les bruits de corps qui percent les notes christiques, Gesualdo presque en croix, mais pas tout à fait justement, cassé… la souffrance et la violence peuvent être tout aussi internes qu’externes. 

Stéphane Bullion
L’œuvre en elle-même est d’abord une ambiance, on pourrait dire ici "cathédrale", instaurée visuellement par une pénombre et des jeux de lumière, et chorégraphiquement par Pauline Verdusen qui se meut en plein désarroi dans un lourd silence, puis son immobilité cadavérique qui donne à la scène une gravité parfaite ; c’est aussi la musique vocale qui s’élève par la suite, d’abord une lecture vespérale puis des madrigaux délicatement poétiques, qui se posent comme une injonction à la réflexion, les éclairages jouant avec les personnages et leur fonction dans l’espace et dans l’histoire. Nicolas Paul a  principalement choisi l’œuvre religieuse de Gesualdo n’introduisant que des madrigaux plutôt sombres qui n’altèrent pas l’ambiance mortuaire qui règne sur scène magnifiée par des mouvements que Stéphane Bullion parvient à colorer de mystique, musique et action se joignant dans la tentative de rédemption.
De la démonstration de son épouse, mystérieuse dans son silence mais aussi étrangère à la vie de Don Carlo, l’évocation du meurtre se fait symboliquement dans le recueillement, les pieds en terre, des pétales de rose qui relient les époux et les situent dans leurs relations et les événements. Deux silhouettes qui ne se regardent pas et qui dans des mouvements minimalistes scrutent le sol, misère de l’intimité… 

Stéphane Bullion
L’écriture chorégraphique est méticuleuse ; elle atteint un paroxysme dans l’intensité ultime d’un solo de Stéphane Bullion qui intervient après un passage très original où Alexandre Carniato, Adrien Couvez et Erwan Leroux envoûtent l’atmosphère dans des ensembles synchrones particulièrement saisissants de jeux avec la lumière et des seaux cathartiques. Les trois danseurs dessinent alors des lignes, des poses, des harmonies de bras et de jambes, des déplacements sur scène majestueux, spontanés ou réfléchis, lents ou brusques…
Le Gesualdo de Stéphane Bullion est puissant non seulement dans sa danse mais dans son emprise de la scène. Avec une incroyable profondeur dramatique  il s’exprime tout en nuances, sculpte son propos avec son corps.  La solitude du prince qui effeuille une rose transposant  métaphoriquement ses regrets sur la tombe de son épouse est d’emblée prenante et intrigante, elle séduit et captive. Une fois que ses comparses lui ont enlevé son pourpoint, il se lance dans un long solo magnifique de souplesse, de mystère. Il regarde la femme fixement, les yeux évoquant toutes les pensées de l’homme, la menace, la détermination, la terreur puis la détresse et la perdition. Un condensé de vie. Alliant vitesse et précision, Stéphane Bullion se déploie sur scène comme un fauve et fascine, alors que ses arrêts brusques, ses sauts hallucinants de virtuosité mais aussi de violence dans les bras de ses trois compères, évoquent les mortifications que le compositeur s’infligeait et qui se nourrissent de la musique austère du prince italien.
L’œuvre de Nicolas Paul est un bijou d’orfèvre où tout s’emboîte à la perfection pour restituer une magie visuelle fascinante. En vingt-cinq minutes, le chorégraphe réussit la plus parfaite des évocations narratives en s’appuyant sur cette musique dont les accents religieux ont peut-être saisi la salle au début mais dont la fin torturée et mystique enlève une inconditionnelle adhésion. 

Stéphane Bullion

Pour rester dans le style et le ton, c’est Stéphane Bullion qui ouvrait la deuxième partie de la soirée par Akathisie du même chorégraphe. Dans cette œuvre courte, tous les accents de la musique du mouvement du style Nicolas Paul sont présents. Créée en 2003 pour Incidence chorégraphique, Akathisie est une des perles du répertoire de Stéphane Bullion. Parce que très courte, plus encore que Gesualdo, elle concentre toutes les caractéristiques brillantes du travail chorégraphique de Nicolas Paul, fait d’imagination, dans le thème, dans les mouvements, et dans la composition d’une subtilité remarquable. Sur une sonate de Jean-Sébastien Bach, Stéphane Bullion déroule progressivement l’angoisse du mouvement perpétuel et restitue l’incontrôlé avec une étonnante précision, une inquiétante allure et une profonde introversion. 
Comme dans Gesualdo, la gestion de l’espace et son rapport avec la lumière est finement conçue, elle est d’autant plus remarquée que la pièce est courte. Les incursions du corps oblongue de Stéphane Bullion dans les raies de lumières qui naissent sur scène, ses arrêts brusques et marquants dans un halo sombre, ce saut brutal comme un paroxysme de l’expression d’une énergie non régulable, les bruits du corps sur scène qui prennent part au propos au même titre que la musique ou les mouvements. Un moment intense qui déstabilise et nourrit à la fois.

Stéphane Bullion

Bless ainsi soit-il prolonge cette ambiance grave sur une chaconne du même Jean-Sébastien Bach très judicieusement choisie pour le thème biblique abordé. Ici, Bruno Bouché montre encore des rapports passionnés et ambigus, cette fois entre deux hommes, symboles du mythe de Jacob et de l'ange. Les relations à deux ne paraissent alors pas plus simples que celles à trois dans Incidence. On retrouve également dans cette pièce, les caractéristiques principales de l’œuvre du chorégraphe qui s’appuie sur un haut du corps très expressif avec des bras très volontaires souvent emphatiques. Contrairement à la danse finement aiguisée presque introvertie de Nicolas Paul, celle de Bruno Bouché s’ouvre largement vers l’extérieur et le dialogue -ou parfois son absence- est au centre de l’œuvre, comme une quête. Nicolas Paul parle à l'esprit, Bruno Bouché au corps.

Erwan Leroux - Aurélien Houette

Aurélien Houette en blanc, figure de l'ange, qui apparaît d’abord dans une souveraineté implacable, devient une tentation, génère aussi le danger. Au premier abord très sûr de lui, il rejette les regards, hautain et domine avec une redoutable précision un Erwan Leroux fragile et en souffrance. Mais l’apparence est parfois trompeuse et à travers une succession de signes et d’interactions, on se prend à douter des rapports de force. La tension est  à son maximum dans les mouvements puissants des danseurs mais aussi lors de certaines soumissions et renoncements, illustrés par des portés surprenants et des poses très esthétiques, des accents d’une violente poésie. Le dialogue est sur scène mais aussi se prolonge dans la salle car cette intensité ne laisse pas indifférent et entraîne comme un film  à l'haletant suspens. Cette œuvre prenante invite au doute et met en relief la complexité des rapports humains, des relations aux forces immatérielles, chacun peut s’y reconnaître, y lire une histoire propre, elle est acclamée par le public, peut-être touché par cette évocation et délivré de ses inhibitions devant tant de puissance. 

Bruno Bouché - Adrien Couvez - Alexandre Carniato
En rupture avec les œuvres présentées dans cette soirée, comme s’il ne voulait pas laisser dans les esprits tant de gravité, Bruno Bouché a choisi Aunis de Jacques Garnier pour parachever le programme. Touche légère et ivresse des moments d’abandon apportées par Bruno Bouché, Alexandre Carniato et Adrien Couvez, rayonnants de joie, Aunis se prête volontiers à un bonheur conclusif d’une soirée de gala dont les visuels intenses et les propos réflexifs n’en restent pas moins la richesse de cette brillante affiche. 

 Stéphane Bullion - Pauline Verdusen