jeudi 22 mai 2014

Orphée et Eurydice


Stéphane Bullion

Deux ans après la dernière reprise, Orphée et Eurydice, revient à l’affiche dans les ors de l’Opéra Garnier pour magnifier l’œuvre aboutie de Pina Bausch sur la musique de Gluck. Parfaitement équilibrées en 2012, les distributions ont peu varié pour cette série, mais si l’on peut par exemple regretter qu’Eleonora Abbagnato ne reprenne pas le rôle qu’elle incarnait dans sa plénitude lors des deux premières présentations, il n’était pas vraiment utile de confier le rôle d’Orphée, déjà très difficile pour ceux qui correspondent au profil, à Florian Magnenet, totalement dans l’erreur du contre-emploi. Ainsi, Letizia Galloni reste au finish la seule vraie découverte intéressante dans le rôle d’Amour, petit moment de fraîcheur dans l’œuvre sombre de Pina Bausch. Malgré ce faux pas, l’œuvre de la chorégraphe reste un beau spectacle, pour les yeux comme pour les oreilles, avec des voix et un orchestre d’excellence, même pour ceux qui n’ont pu bénéficier de la présence de Stéphane Bullion ou Nicolas Paul.

Stéphane Bullion

Ces deux véritables chantres de la chorégraphe allemande, passionnants dans leurs styles si différents, ont brillé en solitaire dans les deux premiers tableaux, avant de mettre en valeur leurs Eurydice respectives, un peu plus uniformes cette saison, Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand. Les retrouvailles de ces duos ont permis d’apprécier les nuances et les évolutions que l’interprète impulse à sa vision du rôle. A la manière d’un classique, les quatre danseurs ont pu ainsi reprendre leur travail et pousser leur interprétation d’une manière significative, rappelant à tous que rien ne vaut la reprise d’un rôle pour en développer le(s) sens.

Nicolas Paul - Alice Renavand

Dans cet esprit, Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand avaient quelques longueurs d’avance, et si l’interprétation expressionniste de la première se réifie, Alice Renavand, plus en rondeur semble avoir cette année franchit une étape vers une plus grande extériorisation au détour d’impulsions plus puissantes ou des expressions faciales plus marquées. Mis-à-part un court solo dans le troisième tableau, Eurydice ne s’exprime vraiment que dans le quatrième et dernier, pour signifier incompréhension et douleur. La danse est ample chez les deux interprètes qui jouent de la sémillante robe rouge pour enflammer le plateau sans décor, comme une menace vis-à-vis du corps nu d’Orphée, menace dont elles subiront elles-mêmes l’ultime châtiment.

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot
Chez Pina Bausch, il y a une vraie dichotomie entre Orphée et Eurydice à la fois dans le style mais aussi dans l’esprit. Eurydice, la dryade défunte est terrestre sur tous les plans alors qu’Orphée, le musicien poète évolue dans la métaphysique.

Nicolas Paul
Nicolas Paul a repris le rôle de feu follet qui lui allait si bien en 2012. Son Orphée est comme son Eurydice, toute en action et en sinuosités. Vif et constamment en recherche d’appuis, jouant de l’instabilité comme d’une ressource énergétique vers sa quête désespérée, il parcourt la scène comme s’il franchissait des obstacles dans une éternelle énergie qui ne le rend jamais vraiment dramatique. Travail au sol d’un tonus phénoménal, il utilise la musique pour se donner du ressort là où Stéphane Bullion impose sa loi. Il est en ce sens un Orphée plus musicien que poète, plus composant avec les éléments dont il est constamment à l’écoute, tricotant le déroulement de l’histoire dans un fil parfois discontinue mais progressif. Figure dionysiaque, son Orphée est un maître du suspens, seule Eurydice et son insistance agressive mettra un noir point final à l’espoir tapis au plus profond de lui.

Stéphane Bullion

Incarnation de la figure apollinienne, l’Orphée poétique de Stéphane Bullion à l’inverse s’impose d’emblée en martyre. Son hexis corporelle à la découpe parfaite domine la narration par une construction successive de tableaux parfaitement fluides, gravure exemplifiée de la douleur. Inspiré, grave mais sans excès, il est d’une sensualité étonnante accentuant la mélancolie d’un personnage riche de sens. Si le danseur peut imposer cette image, c’est grâce à une maîtrise totale du geste qui le laisse jouer de sa motricité comme autant de nuances dans la narration. Dans sa délicatesse de poète, il danse grand car tout est signifiant.

Stéphane Bullion

Son Orphée spectral exhale la souffrance avec subtilité, porteur d’une puissance qui émane de l’intérieur, à la fois jaillissant d’énergie physique et d’émotion contenue. Ses mouvements précis sont alors autant d’attaques dans la partition que la voix de son double soutient avec force, faisant corps avec l’esprit du poème mais aussi de la musique. Au-delà de sa plastique anguleuse, Stéphane Bullion joue également de son physique pour rendre le style expressionniste de Pina Bausch. Pour déclamer sa plainte, les muscles apparents se meuvent du soléaire au biceps en passant par une cage thoracique qui semble n’avoir plus de limite dans son déploiement, il respire la douleur comme en décomposition, de la pointe des pieds jusqu’au bout des doigts de la main, livrant un Orphée d’anthologie : à la fois une œuvre graphique et une œuvre spirituelle, ce sublime Orphée s’inscrit dans l’histoire.

Stéphane Bullion




vendredi 16 mai 2014

Orphée et Eurydice - Deuil



Orphée et Eurydice - Pina Bausch par operadeparis

ORPHÉE ET EURYDICE
Christoph W. Gluck / Opéra dansé de Pina Bausch

Danseur : Stéphane Bullion
Mezzo-soprano : Agata Schmidt

Source: Opéra de Paris

samedi 10 mai 2014

George Balanchine/Benjamin Millepied


Le Palais de cristal
Musique - Georges Bizet
Chorégraphie - George Balanchine
Costumes - Christian Lacroix
Réalisation des lumières - Madjid Hakimi
Ballet créé pour le ballet de l'Opéra national de Paris le 28 juillet 1947

Daphnis et Chloe
Musique - Maurice Ravel
Chorégraphie - Benjamin Millepied
Scénographie - Daniel Buren
Lumières - Madjid Hakimi
Création

Choeur et orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale - Philippe Jordan
Chef de choeur - Alessandro Di Stefano

Palais de Cristal - Agnès Letestu

dimanche 4 mai 2014

Première d'Orphée et Eurydice, 3 mai 2014

Stéphane Bullion
Orphée et Eurydice ballet chorégraphié par Pina Bausch est une œuvre passionnante car elle jouit de multiples niveaux qui saisissent tous les sens. Chaque reprise ajoute une pierre à l'édifice, les interprétations s'enrichissent et révèlent de nouvelles émotions. Elle  développe l'opéra de Gluck dans une chorégraphie tour à tour descriptive ou introspective. Au-delà de l’histoire, de son aspect philosophique, au-delà du lyrisme de la musique, de la poésie du chant, de l’esthétique de la danse, il y a une portée spirituelle qui touche au plus profond de soi. La clé de cette anamnèse est le personnage d’Orphée, poète s’affrontant au contact de la fatalité de la vie. 


Stéphane Bullion - Muriel Zusperreguy
Stéphane Bullion est cet unique Orphée dont les tourments du cœur et de l’âme conduisent à l’élévation au stade suprême de l’art. Cette idée que la perfection existe et qu’on peut la percevoir. Souvent perdu au fond de lui, ses rares regards sont bouleversants, sa détresse est angoissante, tout cela comme un oxymore d'un esthétisme antithétique : la douleur est belle et touche au sublime, il magnifie les effrois et le malheur, une poésie incroyable émane de sa danse.

Stéphane Bullion
L’intensité de son cheminement à travers les étapes constitutives du ballet est maîtrisée dans une introspection émotionnelle exceptionnelle qui contraste avec l’expressivité d’un corps délié et relâché qui crie son désespoir.

Stéphane Bullion - Maria Riccarda Wesseling

Maria Riccarda Wesseling qui conte l’amour et la détresse que Stéphane Bullion décline physiquement,  est un miroir parfait de la gravité épurée d’Orphée. Alors que les mouvements déchirants du danseur plongent Orphée au fil de l’histoire dans l’abîme de la tristesse, du questionnement et, in fine, de la déception, la  voix grave de la chanteuse apporte un relief particulier à l’histoire par sa narration linéaire, écho de l'intériorité mise à nue d'Orphée. La dimension philosophique du récit prend alors tout son sens et cette cohésion en nourrit le fil. 

Stéphane Bullion
La finesse et la subtilité de cette approche s’opposent à la danse brute et agressive de l’Eurydice de Marie-Agnès Gillot et l’on comprend bien vite dès le début du quatrième tableau que ce couple là, le poète nu et la harpie en rouge, n’a pas d’avenir. L’illusion de la félicité du bonheur conjugal ne survit pas aux épreuves de la vie. La détresse d'Orphée était raisonnée même si elle se justifie autrement dans cette déception. C’est pourquoi Pina Bausch a préféré terminer son ballet sur la mort des deux héros, tant le gouffre qui sépare la poésie mélancolique d’Orphée au matérialisme d’Eurydice est grand : incompatibles dans la vie, ils seront unis dans la mort.

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot


Première, 3 mai 2014
Orphée : Stéphane Bullion, Maria Riccarda Wesseling
Eurydice : Marie-Agnès Gillot, Yun Jung Choi
Amour : Muriel Zusperreguy, Jaël Azzareti
Stéphane Bullion


samedi 3 mai 2014

Orphée et Eurydice 3-21 mai 2014


Orphée et Eurydice
Opéra dansé en quatre tableaux

Musique - Christoph Willibald Gluck (opéra en trois actes, version française de 1774 traduite en allemand)
Chorégraphie et mise en scène - Pina Bausch
Décors, costumes et lumières - Rolf Borzik
Balthasar-Neumann Ensemble- Chor & Ensemble
Chef des choeurs - Detlef Bratschke
Direction musicale - Manlio Benzi (4, 5, 8, 9, 10, 12, 13 et 19 mai 2014) / Thomas Hengelbrock (3, 15, 16, 17, 20 et 21 mai 2014)
Opéra dansé créé le 23 juin 1975 par le Tanztheater Wuppertal, entré au répertoire du ballet de l'Opéra national de Paris le 30 mai 2005

Stéphane Bullion

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet du 4 février 2012 Orphée et Eurydice

Description 2008 : 7 février 2008
Recension 2012 : Première, 4 février 2012
Recension 2012 : Bilan 17 février 2012
Recension 2012 : New York, juillet 2012

Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot


Distribution de la Première, 3 mai 2014

Orphée : Stéphane Bullion, Maria Riccarda Wesseling
Eurydice : Marie-Agnès Gillot, Yun Jung Choi
Amour : Muriel Zusperreguy, Jaël Azzareti



samedi 15 mars 2014

Fall River Legend - Mademoiselle Julie

Eleonora Abbagnato

Avec la reprise de Fall River Legend d’Agnes de Mille et l’entrée au répertoire de Mademoiselle Julie de Birgit Cullberg, l’hommage aux femmes chorégraphes  présenté par l’Opéra de Paris souligne à la fois la rareté ce celles-ci dans le domaine chorégraphique classique et, ce n’est peut-être pas le hasard, le destin tragique d’héroïnes subissant leur condition féminine. Toutefois, l'impact de cette mise en exergue teintée de féminisme n'est pas tout à fait magistral, les œuvres choisies, sans être dénuées d'intérêt, gardant une portée limitée sinon dans l'histoire de la danse, dans l'attrait chorégraphique. 
Alors que le ballet d’Agnes de Mille semble surtout valoir  par l’interprétation de Lizzie Borden, qui peut vraiment mettre en relief la danseuse, celui de Birgit Cullberg est plus équilibré dans la chorégraphie et la construction des deux rôles principaux. Plus riche, il souligne aussi le caractère ambigu et misogyne d’August Strindberg dont le ballet s’inspire avec quelques libertés parfois surprenantes, dans la narration comme dans l'interprétation.  

Laëtitia Pujol

Fall River Legend à travers l’histoire d’une jeune fille jugée pour l’assassinat à la hache de son père et de sa belle-mère, plonge dans l’Amérique puritaine de la fin du XIXe siècle. Sans négliger les qualités constructivistes de Nolwenn Daniel et l’investissement émotionnel d’Alice Renavand dans le rôle de Lizzie Borden, c’est Laëtitia Pujol qui laisse une impression de réalisme dans le rôle de la frêle meurtrière possédée par sa détermination. Son interprétation d’une jeune femme psychotique qui voyage entre les doux souvenirs d’enfance et la cruelle réalité d’une vie étriquée par le joug du puritanisme religieux et social est remarquable. A la source de sa maltraitance familiale déclenchant son obsession et sa folie, elle mène parfaitement l’évolution du personnage dans une atmosphère de terreur  générée par sa personnalité inquiétante et son regard d’une remarquable facture dramatique. 

Laëtitia Pujol
La mise en place de l’intrigue au sein du ballet restitue une société un peu cliché et le reste de la distribution, le soupirant pasteur falot et parents malsains sont finalement très anecdotiques, pions anodins de la narration qui nuisent  à l’impact de l’oeuvre, tout comme la musique, peu propice à susciter l'indulgence.

Fall River Legend et Mademoisselle Julie partagent une grande théâtralité de la danse, mais si Agnes de Mille  le délivre à la lettre, Birgit Cullberg joue dans la dérision pour créer une véritable comédie dramatique.

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion
Mademoiselle Julie  enjoint à une lecture approfondie de la scénographie et du jeu des danseurs. Le corps de ballet est un véritable cocon à l'action qu'il nourrit avec un dynamisme sur une musique pas vraiment subtile qui contribue aux côtés expressionnistes de la narration. L’héroïne se partage la scène avec Jean, le valet de son père, et le sens de l’histoire varie entre les  postures de l’un à l’autre, domination,/soumission complexe que les interprètes peuvent infléchir dans un sens ou  l’autre et ainsi remettre en question les rapports de force de la narration.
Stéphane Bullion 
Dans ce sens, on peut imaginer que Stéphane Bullion, utilisant son art de la dérision pour distancier le danseur de l’histoire, est pénétré de Strindberg qu’il semble rendre à la lettre dans le portrait élaboré de son Jean souvent raffiné dans son aspiration à l’élévation sociale, jouant de ses charmes et de sa force dans la perspective mais aussi la limite de son ambition et de sa crainte de l'autorité. De là, on en déduira le jeu subtil avec sa partenaire, Eleonora Abbagnato qui l’attaque sans cesse avec véhémence dans le même registre, mais qu’il ne brisera que dans l’utile, alternant violence, séduction et réflexion. Cette nuance dans le dédain de sa maîtresse, met bien en lumière la misogynie de Strindberg qui ne fait de Julie qu’une pimbêche bien punie alors  que Birgit Cullberg la rend touchante dans sa naïveté. 

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion

Chez Audric Bezard et Nicolas Le Riche, rien ne transparaît de l’écrivain suédois. Se laissant porter par la chorégraphie saillante et un rien jouissive, ils dépeignent un Jean paillard sans vergogne bien loin du jeu entre l’orgueil et le mépris du valet face au maître ; ils font par là-même de Julie, respectivement Eve Grinsztajn et Aurélie Dupont, une victime de la domination masculine, lecture qu’on pourrait plus attribuer à la chorégraphe féministe.

Eleonora Abbagnato trouve dans l’héroïne suédoise, un rôle qui met bien en valeur sa danse théâtrale. Elle joue là dans un répertoire précis qui répond sur les mêmes thèmes littéraire à son partenaire et convoque l’émotion lorsqu’elle se confronte à sa déchéance en passant au mode naturaliste. Dans la scène où le poids moral des ancêtres la met en face de son acte, elle se transforme et lors de son ultime flirt avec la mort qu’elle ne peut réaliser seule, devient une femme d’une humanité bouleversante. 

Eleonora Abbagnato
Aurélie Dupont et Eve Grinsztajn rendent bien le côté splendide/dominateur du personnage en début de ballet, mais un rien trop narcissiques, peinent à émouvoir dans cette dernière partie, peut-être encore trop dans le théâtre, écrasées par la puissance de leurs partenaires dans une lutte d’ego qu’elles ne peuvent remporter et qui à ce moment du ballet n’a plus de signification.
Au finish,  ces ballets de femmes semblent consacrer une lutte féministe « en train de se faire »...

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion 

vendredi 28 février 2014

dimanche 23 février 2014

Agnes de Mille/Birgit Cullberg 21 février-13 mars 2014



Fall River Legend
Ballet en un prologue et huit scènes
Musique - Morton Gould
Chorégraphie* - Agnes De Mille (1948), réglée par Paul Sutherland
Décors - Oliver Smith
Costumes - Miles White
Lumières - Pascal Mérat
Ballet entré au répertoire du ballet de l'Opéra national de Paris le 24 octobre 1996
*Fall River Legend est donné avec l'accord du De Mille working group, direction Anderson Ferrell


Laëtitia Pujol
Fall River Legend


Mademoiselle Julie
Ballet en quatre tableaux d'après la tragédie naturaliste en un acte d'August Strindberg
Musique  - Ture Rangstrom
Arrangements musicaux et orchestration - Hans Grossman
Chorégraphie - Birgit Cullberg (1950) réglée par Ana Laguna
Décors et costumes - Sven X:Et Erikson
Lumières - Erik Berglund
Responsable technique pour les décors et costumes - Katrin Brannstrom
Répétitions - Monika Mengarelli, Agneta Valcu

Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra national de Paris

Orchestre Colonne
Direction Musicale - Koen Kessels

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion
Mademoiselle Julie


Distributions de la Première 21 février 2014
Fall River Legend
L'Accusée - Alice Renavand
Le Pasteur - Vincent Chaillet
Le Père de l'accusée - Christophe Duquenne
La Belle-mère de l'accusée - Stéphanie Romberg

Mademoiselle Julie
Mademoiselle Julie - Aurélie Dupont
Jean - Nicolas Le Riche
Kristin - Amélie Lamoureux
Le Fiancé de Julie - Alessio Carbone

Eleonora Abbagnato - Stéphane Bullion
Mademoiselle Julie


lundi 3 février 2014

Onéguine 3 février-5 mars 2014




Onéguine
ballet en trois actes
Livret de John Cranko d'après le roman Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Musique - Piotr llyitch Tchaikovski extraits d'opéras et de pièces pour piano
Chorégraphie et mise en scène - John Cranko (1965)
Décors et costumes - Jürgen Rose
Lumières - Steen Bjarke

Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale de James Tuggle

La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2009 Onéguine 16 avril-20 mai 2009

Recension 2009 : 8 mai 2009
Recension 2011 : 31 décembre 2011


(de gauche à droite) Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Charline Giezendanner

Distribution de la Première, 3 février 2014

Eugene Onéguine Karl Paquette
Lenski Mathias Heymann
Tatjana Ludmila Pagliero
Olga Charline Giezendanner
Prince Grémine Christophe Duquenne

mercredi 1 janvier 2014

Le Parc

Stéphane Bullion

Angelin Preljocaj, créateur d’œuvres sérielles à tendances parfois éphémères, a offert avec Le Parc une pièce qui s’installe dans le répertoire de l’Opéra de Paris. La construction classique autour de trois pas de deux entrecoupés de passages de corps de ballet très équilibrés et la musique de Mozart particulièrement bien choisie pour le thème narratif suggéré ne sont sans doute pas étrangers au succès du Parc que la compagnie a également présenté de nombreuses fois dans ses tournées internationales. Œuvre moins sulfureuse que ses collaborations ultérieures ou ses créations pour le Ballet Preljocaj, cette évocation dansée autour de la Carte du tendre reste un ballet original et classique à la fois.


Laëtitia Pujol

Est-ce pour cette raison qu’à l’occasion de cette reprise de 20 représentations, le chorégraphe avait ouvert une plus large palette de danseurs qu’à l’habitude, comme un signe que l’œuvre s’institutionnalisait vraiment, mais aussi lui échappait peu à peu ? Quoi qu’il en soit, après des distributions liminaires à l’équilibre chaotique, la nature a rallié l’évidence et Alice Renavand a finalement dansé avec Stéphane Bullion pour sa nomination. Laëtitia Pujol a pu -dû- se risquer à l’inconnu dans les bras de ce dernier après un bref passage dans ceux de Benjamin Pech, déjà un peu diminué physiquement lors d'une unique représentation avant l’abandon sur blessure.


Nicolas Le Riche

Plus habituel, mais inédit sur ce ballet, le partenariat Aurélie Dupont-Nicolas Le Riche a déçu encore une fois, principalement parce que les deux danseurs n’ont artistiquement pas grand-chose en commun. Leur duo trop soigné ne dégage aucune spontanéité, un peu à l’image de celui d’Isabelle Ciaravola et Karl Paquette, dont on se demande bien ce qu’il est venu faire dans ce ballet, tant gestuelle et l’esprit de la chorégraphie semblent être absents de leurs représentations. Ces appariements de facilité auraient pu donner un travail intéressant sur un ballet différent du répertoire mais n’ont en fait que tirer ce dernier vers un sentiment de déjà vu qui en a délayé l’intérêt.

Stéphane Bullion

Au fil des répétitions, la danse physique de Preljocaj a donc mis sur la touche Hervé Moreau et Benjamin Pech qui ont ainsi laissé le libertinage de Stéphane Bullion s'essayer à toutes les ravissantes du ballet. Il ne restait plus qu’à ce dernier à faire passer l’urgence des remplacements express au rang de l’art, tâche aisément réalisée grâce à une intégrité dramatique remarquable. Le travail de Stéphane Bullion sur les intentions et le rapport au corps chez Preljocaj a montré ici une nouvelle étape dans leur collaboration. Le danseur qui fréquente Preljocaj depuis son entrée dans le ballet, de MC 14/22, Ceci est mon corps jusqu’à plus récemment Siddharta en passant par le Songe de Médée a livré avec ses trois partenaires, une interprétation tout à la fois poétique mais aussi très cynique des relations et des sentiments humains. L’interaction avec les différentes personnalités des danseuses a généré des lectures très contrastées de l’histoire au fil des soirées.

Stéphane Bullion - Alice Renavand

Stéphane Bullion et Alice Renavand se connaissent bien depuis l’école de danse, même si leur trajectoire n’a pas vraiment suivi la même courbe. Mais en ce 20 décembre, ils se rejoignaient enfin au firmament, Alice Renavand promue Etoile aux côtés de celui avec qui la danse n’est que symbiose et harmonie dans l'énergie et les intentions. Ils venaient de danser Doux mensonges de Jiri Kylian ensemble, ils s’étaient rompus ensemble au style Preljocaj avec Médée et Siddharta, Le Parc coulait de source dans leurs veines. Leurs relations dès le départ s’installent plus dans le jeu qu’avec les autres distributions. Alice Renavand, fière courtisane apparaît volontaire face à Stéphane Bullion, un rien ténébreux aux approches discrètes mais certaines dans le pas de deux du désir, puis réduit à l’abandon dans le dernier pas de deux où les sentiments prennent le pas sur leur danse, énergique et précise, qui avait mené le reste de la soirée. La forte personnalité artistique d’Alice Renavand donnait un tour particulier aux représentations de ce ballet finalement plus masculin que féminin, apportant un équilibre harmonieux dans le jeu de la résistance et de la victoire entre les deux protagonistes et donnant une touche plus moderne à l’histoire.

Stéphane Bullion - Isabelle Ciaravola

Isabelle Ciaravola reste dans l’esprit XVIIe de la séduction féminine et le partenariat y est plus traditionnel. Elle promène sa sophistication dans un monde d’où elle ne semble pas appartenir, ce qui rend la conquête encore plus improbable. Le jeune homme y amène sa curiosité avec sa morgue glacée : on ne tire pas vers les sentiments mais vers le jeu des distances et des rapprochements qui se terminent plus dans le libertinage chez celui-ci que dans des élans romantiques, la tragédienne Isabelle Ciaravola contraignant Stéphane Bullion à l’abandon quasiment contre son gré. On est plus ici dans un commentaire littéraire sophistiqué, un récit d’un affrontement et de lutte, vis-à-vis de l’autre mais aussi et surtout de soi-même, le refus de s’abandonner qui s’achève dans une défaite personnelle où l’esprit rend les armes.

Stéphane Bullion - Laëtitia Pujol
C’est finalement donc avec Laëtitia Pujol que Stéphane Bullion a fait sa prise de rôle, mais le sauvetage express sans répétition relève de la grande réussite, plus imprévue mais non moins effective. Les deux danseurs aux gabarits aux antipodes se sont pourtant rarement fréquentés sur scène et cette rencontre avait tout de l’aventure. Pour cette raison ou non, à cause d’une prise de rôle anticipée d’une semaine ou non, Stéphane Bullion a livré une interprétation complètement différente avec cette dernière, plus tendre, dans l’échange et en séduction. A l’opposé d’Alice Renavand, la dame du Parc de Laëtitia Pujol est une petite chose fragile. Contrairement à Isabelle Ciaravola, elle est discrètement touchante face à l’homme un peu distant qui la regarde avec circonspection. Mais c’est aussi une femme libre qui vibre et qui laisse transparaître simplement tous ses émois. Dès le deuxième pas de deux, le danseur chavire aux grés des sentiments de la danseuse, émouvante dans une retenue générant une tension émotionnelle qui se révèle avec sincérité dans le troisième. Là, ses coups de tête sur la poitrine du danseur après l’atterrissage de la scène du baiser sont des élans du cœur d’où jaillit une spontanéité qui fait mouche, des bouffés d’émotion qui résonnent loin et font trembler son partenaire conquis.

Stéphane Bullion - Laëtitia Pujol

Si le ballet de Preljocaj se centre sur les trois pas de deux qui tissent l’évolution affective des relations entre les deux protagonistes, les diverses scènes qui s’intercalent mettent en valeur un corps de ballet magnifique dans des passages chorégraphiques qui ne le réduit pas au décorum. Les jardiniers qui opèrent les changements de tableaux instillent le rythme des journées sur une musique de Goran Vejvoda qui apporte un peu de fraîcheur dans le flot mozartien. Mystère et énergie se confondent dans un pas de cinq avec la soliste féminine que Laëtitia Pujol a sublimé de son ellipse  transparence.

Grégory Gaillard, Alice Renavand, Adrien Couvez, Simon Valastro, Adrien Bodet

Si Preljocaj parle d’un hommage aux femmes dans ce ballet du libertinage, il reste que les parties dévolues aux hommes apparaissent comme les plus structurantes avec deux scènes très marquantes au deuxième et troisième acte. Un quintette de danseurs se détache avec Sébastien Bertaud, Yvon Demol, Alexandre Gasse, Alexis Renaud et Yann Saïz. Ce dernier  y a encore trouvé une magnifique occasion de montrer quel danseur et quel acteur il est avec un pouvoir comique phénoménal. Véritable dévoyé de la fine équipe offrant un contre-point saisissant au cynisme distingué de Stéphane Bullion qui trouve son double parfait dans Alexandre Gasse, le partenaire du duo de l’Ardeur au troisième acte.

Yvon Demol, Sébastien Bertaud, Alexandre Gasse, Erwann Le Roux, Alexis Renaud, Guillaume Charlot, Stéphane Bullion

Caroline Bance et Laurence Laffon mènent les Demoiselles, mais c’est Christelle Granier qui suscite la plus grande admiration. Elle a montré dans ses apparitions qu’elle aurait bien pu incarner à son tour la Demoiselle principale. Menant la danse dans tous les actes, elle a butiné tous les solistes dans la scène du désir du deuxième acte et sa singulière gravité dans les lamentations a élevé ce passage un peu aride vers une singulière irréelle beauté.

Christelle Granier

dimanche 22 décembre 2013

Le Parc - Rencontre

Stéphane Bullion - Isabelle Ciaravola

samedi 21 décembre 2013

Le Parc - Résistance

Stéphane Bullion - Alice Renavand

vendredi 20 décembre 2013

mercredi 18 décembre 2013

Le Parc - Abandon

Stéphane Bullion - Laetitia Pujol


samedi 7 décembre 2013

Le Parc 7-31 décembre 2013


Le Parc
Chorégraphie - Angelin Preljocaj
Musiques - Wolfgang Amadeus Mozart, extraits de pièces pour cordes et de concertos pour piano
Création sonore - Goran Vejvoda
Décors - Thierry Leproust
Costumes - Hervé Pierre
Lumières - Jacques Chatelet
Ballet créé pour le Ballet de l'Opéra de Paris le 9 avril 1994
Orchestre de chambre de Paris - direction musicale Koen Kessels, au piano Elena Bonnay ou Vessela Pelovska

La description synoptique du Parc se trouve à l'entrée du  6 mars 2009

Nicolas Le Riche
Distribution de la Première, 7 décembre 2013
Aurélie Dupont & Nicolas Le Riche

mercredi 4 décembre 2013

La Belle au bois dormant 4 décembre 2013 - 4 janvier 2014

La Belle au bois dormant
Ballet en un prologue et trois actes d'après le conte de Charles Perrault
Musique - Piotr Ilyitch Tchaikovski
Chorégraphie et mise en scène - Rudolf Noureev d'après Marius Petipa
Décors - Ezio Frigerio
Costules - Franca Squarciapino
Lumières - Vinicio Cheli
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale - Fayçal Karaoui


Aurélia Bellet
Distribution de la Première, 4 décembre 2013
La Princesse Aurore - Eleonora Abbagnato
Le Prince Désiré - Mathieu Ganio