mardi 28 juillet 2009
Couples de saison...
Les coups de coeur ponctuels de la saison... Des couples pour changer...
Hervé Moreau et Isabelle Ciaravola
dans la Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier
mais aussi dans Onéguine de John Cranko et
Proust ou les intermittences du coeur de Roland Petit
Stéphane Bullion et Agnès Letestu
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans In The Night de Jerome Robbins
Delphine Moussin et Yann Bridard
dans Le Parc d'Angelin Preljocaj
Christophe Duquenne et Dorothée Gilbert
ici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans En Sol de Jerome Robbins
Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard
ici après l'Arlésienne de Roland Petit
mais aussi merveilleux dans Le Sacre du Printemps de Maurice Béjart
Hervé Moreau et Isabelle Ciaravoladans la Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier
mais aussi dans Onéguine de John Cranko et
Proust ou les intermittences du coeur de Roland Petit
Stéphane Bullion et Agnès Letestuici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans In The Night de Jerome Robbins
Delphine Moussin et Yann Bridarddans Le Parc d'Angelin Preljocaj
Christophe Duquenne et Dorothée Gilbertici dans Raymonda, version Rudolf Noureev
mais aussi dans En Sol de Jerome Robbins
Clairemarie Osta et Jérémie Bélingardici après l'Arlésienne de Roland Petit
mais aussi merveilleux dans Le Sacre du Printemps de Maurice Béjart
dans Raymonda version Rudolf Noureev
mardi 7 juillet 2009
Les danseurs 2008-2009
La Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier
Les trois danseurs de la saison
dans l'oeuvre de la saison
dans l'oeuvre de la saison
Stéphane Bullion et Delphine Moussin pour leur danse qui s'exhale de l'intérieur. Mystérieux. Durs et fragiles à la fois.
Nicolas Le Riche pour la générosité et la technique au service de l'histoire, le panache mais aussi la réflexion.
Des artistes qui construisent des histoires, des ambiances, une autre dimension...
Nicolas Le Riche pour la générosité et la technique au service de l'histoire, le panache mais aussi la réflexion.
Des artistes qui construisent des histoires, des ambiances, une autre dimension...
dimanche 5 juillet 2009
Saison 2008-2009
Hommage à Jerome Robbins
En Sol/Triade/In the Night/Le Concert Jerome Robbins, Benjamin Millepied
20-30 septembre 2008, Opéra Garnier
Programme - In The Night
Le Défilé du Ballet 2008-2009
Les Enfants du Paradis
José Martinez 21 octobre - 8 novembre 2008, Opéra Garnier
Programme - Recension - Pleins Feux

Raymonda
Rudolf Noureev d'après Marius Petipa
1-31 décembre 2008, Opéra Garnier
Programme - Recension
Hommage à Maurice Béjart
Serait-ce la mort/L'Oiseau de feu/Le Sacre de printemps
9-30 décembre 2008, Opéra BastilleProgramme - Recension
Suite en blanc/L'Arlésienne/Le Boléro
Serge Lifar- Roland Petit- Maurice Béjart31 janvier- 14 février 2009, Opéra Garnier
Programme - Recension
Suite en blanc - L'Arlésienne - Le Boléro
Sébastien Bertaud - Stéphane Bullion
Le Parc
Angelin Preljocaj 6-19 mars 2009, Opéra Garnier
Programme - Instants
La Troisième Symphonie de Gustav Mahler
John Neumeier
13 mars - 11 avril 2009, Opéra Bastille
Programme - Recension - Pleins Feux - Quatrième mouvement
Soirée Jeunes Danseurs
26-28 mars 2009, Opéra GarnierProgramme
Onéguine
John Cranko16 avril - 20 mai 2008, Opéra Garnier
Programme - Recension - Pleins Feux
Isabelle Ciaravola - Mathias Heymann étoiles
Manuel Legris - Défilé du ballet
Hark!/White Darkness/Mc14/22, Ceci est mon corps
Emmanuel Gat - Nacho Duato - Angelin Preljocaj
29 avril - 17 mai 2009, Opéra GarnierProgramme - Recension
Roland Petit
27 mai - 8 juin 2009, Opéra Garnier
Programme cf. 2007 - Recension - Pleins Feux
La Fille mal gardée
Frederick Ashton27 juin - 15 juillet 2009, Opéra Garnier
Recension
jeudi 2 juillet 2009
La Fille mal gardée

Ballet en deux actes d'après Jean Dauberval
Musique - Louis Joseph Ferdinand Herold
Arrangements musicaux John Lanchbery
Chorégraphie - Frederick Ashton (1960) remontée par Alexander Grant
Décors et costumes - Osbert Lancaster
Lumières - George Thomson
Production entrée au répertoire du Ballet de l''Opéra le 22 juin 2007
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale - Barry Wordsworth
Il est normal que le Ballet de l'opéra de Paris envoie en Australie ses meilleurs éléments pour le représenter mais pourquoi programmer au même moment un ballet à Paris ? Il est cependant peu probable, même si Nicolas Le Riche avait fait l'entrée au répertoire en 2007, que les stars de la compagnie, se soient bousculées sur cette Fille mal gardée. Ce ballet plutôt tarte de Frederick Ashton dont on se demande s'il n'a justement pas été acquis pour combler les manques de personnel lorsqu'il y a tournée (c'était déjà le cas il y a deux ans) pourrait sans doute se satisfaire mieux de jeunes danseurs qui lui donneraient une ambiance de fête de fin d'école, mais les danseurs de l'Opéra de Paris ont peut-être pris trop au sérieux cette farce.
Le ballet semble en effet souvent hésiter sans jamais vraiment choisir entre l'investissement dans une réalisation ardue d'une comédie burlesque et l'abandon à une danse léchée. On constate surtout un manque flagrant de direction d'acteurs, ce qu'on ne reproche pas aux danseurs souvent novices, avec sur scène beaucoup de surnuméraires et d'élèves de l'Ecole de danse. Bien pour eux au passage, mais cela ne trompe pas grand monde et les rangs à vide au parterre -assez inhabituel à Garnier- montrent que le public n'est pas si captif que certains veulent le croire ou le dire.
Le parti pris de présenter quelques premiers danseurs peu en vue mais reconnus pour leurs qualités techniques ou des jeunes étoiles inexpérimentées n'excuse pas totalement le manque d'attrait de ces représentations, comme si ce mélange hétérogène des exclus d'Australie pouvait sur ce seul fait galvaniser une ambiance de groupe. Le plus intéressant justement est la distribution la plus audacieuse, et bien moins "titrée" avec Adrien Couvez, Josua Hoffalt, Aurélien Houette et Muriel Zusperreguy qui en prenant l'histoire avec dérision rend au spectacle sa nature anecdotique. Les autres danseurs, à l'exception de Dorothée Gilbert qui en fait des tonnes, donnent un sérieux à leur interprétation qui n'encourage pas au sourire. En effet, la danse est souvent très appliquée, au mieux plutôt fluide, donc contre productive par rapport à l'idée du ballet... et même Mathias Heymann dont par ailleurs la danse est plutôt jouissive fait preuve d'une faiblesse interprétative qui anéantit... ce qui donne un spectacle ras des pâquerettes et souligne l'indigence et le ridicule de l'histoire. Il faut avoir une sacrée dose de patience et d'humour pour apprécier le "ballet de boulevard"...
Bref, si l'on revient au challenge de reprendre ce ballet à l'humour si "britannique", il semble que l’intérêt de cette distribution est le détachement visible par rapport au thème et le souci de traiter au mieux un tel sujet, un travail de méthode en somme. On a véritablement l’impression de voir des acteurs, ce qui d’habitude est gênant, alors qu'ici, étant donné le grotesque de l’histoire, l'idée est plutôt bienvenue. Dans ce domaine, Josua Hoffalt et Muriel Zusperreguy jouent dans le même registre que la veuve Simone d'Aurélien Houette et l'Alain d'Adrien Couvez, remarquable dans sa composition. Il n’y a pas de dichotomie entre un monde réel et potentiellement probable, celui des amoureux Colas et Lise et un monde du grotesque, du théâtre, celui d’Alain et Simone. Ils mettent la distance entre l’histoire et la réalité : on est au théâtre.
Ce parti pris est partagé par Dorothée Gilbert mais n’est pas renvoyé par son partenaire Mathias Heymann qui joue trop littéralement alors que Nicolas Le Riche, il y a deux ans, se régalait de cette stupidité. Grâce à sa danse euphorique, Mathias Heymann arrive un peu à atténuer ses manques de qualité dramatique mais il ne peut atteindre l’adéquation qu’offre Josua Hoffalt avec la bonhomie de la farce.
Ce parti pris est partagé par Dorothée Gilbert mais n’est pas renvoyé par son partenaire Mathias Heymann qui joue trop littéralement alors que Nicolas Le Riche, il y a deux ans, se régalait de cette stupidité. Grâce à sa danse euphorique, Mathias Heymann arrive un peu à atténuer ses manques de qualité dramatique mais il ne peut atteindre l’adéquation qu’offre Josua Hoffalt avec la bonhomie de la farce.
Dorothée Gilbert & Mathias Heymann
On peut trouver une certaine jouissance dans la prestation de Mathias Heymann car il est en phase d’un point de vue de la danse avec Dorothée Gilbert et leur scintillement technique se reflète comme dans des miroirs et explose à la vue de tous. Mais lorsqu’il danse avec Myriam Ould-Braham, c’est l’ennui le plus profond car il ne reste plus alors que ce sourire qui au finish le rend un peu, sinon niais, simplet. Il n'est plus alors le joli cœur de l’histoire d'amour de Colas et Lise, mais le dindon de la pièce de théâtre.
C’est encore pire avec le couple Mathilde Froustey-Emmanuel Thibault, qui parce que l’une trop autoritaire, l’autre trop crispé, font du ballet une comédie très sérieuse, comme si c’était l’histoire de la mère Simone, sans aucune mise à distance… c’est-à-dire d’une pensée archaïque tellement terre à terre. que peu probable. En raidissant le propos, ils accentuent un regard plutôt malsain sur Alain, en idiot du village, stigmatisé en tant que tel et renvoient l’image de la marâtre masculine, dansée par un homme, processus plutôt facile pour obtenir le rire. L’aspect comique du ballet n’existe alors plus dans le rendu de l’histoire mais juste dans l'esprit du spectateur intello…
Dans ces deux distributions, les danseurs ne sont pas en adéquation, chacun joue son rôle et le danse comme si la cohésion de l’histoire n’était pas primordiale. Cela permet une nouvelle fois de s’interroger sur ce qu’est le ballet narratif et le rapport entre les qualités de danseurs et d’acteurs, car la danse dans un théâtre ne doit pas être une démonstration de technique mais un propos artistique au service de l'histoire quel que soit le thème abordé. C’est pour cette raison qu’en assumant correctement cette acquisition, l’opéra de Paris pourrait accorder une chance à ce ballet avec des acteurs plus mûrs, même si d’apparence à contre-emploi ou se donner les moyens de faire travailler correctement les danseurs choisis.
C’est encore pire avec le couple Mathilde Froustey-Emmanuel Thibault, qui parce que l’une trop autoritaire, l’autre trop crispé, font du ballet une comédie très sérieuse, comme si c’était l’histoire de la mère Simone, sans aucune mise à distance… c’est-à-dire d’une pensée archaïque tellement terre à terre. que peu probable. En raidissant le propos, ils accentuent un regard plutôt malsain sur Alain, en idiot du village, stigmatisé en tant que tel et renvoient l’image de la marâtre masculine, dansée par un homme, processus plutôt facile pour obtenir le rire. L’aspect comique du ballet n’existe alors plus dans le rendu de l’histoire mais juste dans l'esprit du spectateur intello…
Dans ces deux distributions, les danseurs ne sont pas en adéquation, chacun joue son rôle et le danse comme si la cohésion de l’histoire n’était pas primordiale. Cela permet une nouvelle fois de s’interroger sur ce qu’est le ballet narratif et le rapport entre les qualités de danseurs et d’acteurs, car la danse dans un théâtre ne doit pas être une démonstration de technique mais un propos artistique au service de l'histoire quel que soit le thème abordé. C’est pour cette raison qu’en assumant correctement cette acquisition, l’opéra de Paris pourrait accorder une chance à ce ballet avec des acteurs plus mûrs, même si d’apparence à contre-emploi ou se donner les moyens de faire travailler correctement les danseurs choisis.
mercredi 10 juin 2009
DVD La Dame aux Camélias
Moins d’un an après sa captation en juillet 2008, la Dame aux camélias est disponible en DVD chez Opus Arte. (on trouvera les impressions sur les danseurs lors de la chronique du 15 juillet 2008 et la description synoptique du ballet dans celle du 21 juin 2008).
De ce ballet néo-classique de John Neumeier, le réalisateur a tiré un film très romanesque, qui sacrifie un peu la restitution du ballet dans son ensemble pour se centrer sur l'histoire d'Armand et Marguerite, les héros du roman d'Alexandre Dumas Fils.
Thomas Grimm a donc choisi de filmer une histoire, en utilisant la force d’effets techniques propres au cinéma en lieu et place d’une simple captation de ballet et il faut reconnaître que le résultat est particulièrement réussi du point de vue de la narration et de la qualité cinématographique. Le rythme jouissif de l’image entraîné par les musiques de Chopin, au demeurant fort bien jouées, est rapidement dominateur et entraînant. En effet, la force de ce DVD réside dans un récit dynamique très bien présenté par des choix de plans très soignés et soutenus par une image de très belle qualité, et surtout de remarquables acteurs, Stéphane Bullion dans le rôle d’Armand et Agnès Letestu dans le rôle de Marguerite, sans lesquels ce choix n'aurait peut-être pas eu lieu.
Mis à part les trois pas de deux principaux filmés et reproduits in extenso dans l’action des deux interprètes -quelques passages sont concentrés sur les parties individuelles mais dans les moments où l’autre partenaire ne danse pas- et aussi certains moments de l’histoire de Manon, les parties dévolues aux autres danseurs, que ce soit les solistes ou le corps de ballet sont systématiquement présentées sous divers angles à l’éditing plutôt rythmé, argumentées de gros plans qui réduisent le rendu des scènes de groupe et souvent restituées dans le contexte des liens entre Marguerite et Armand. Le plan fixe de face est rarement ouvert sur toute la scène et lors des différents bals ou la partie de campagne, il est rare de voir le corps de ballet dans son ensemble plus de cinq secondes d’affilée. Cela donne un ensemble très dynamique même s'il est parfois un frustrant si on essaie de suivre un interprète ou une chorégraphie.
--> ©Thomas Grimm a donc choisi de filmer une histoire, en utilisant la force d’effets techniques propres au cinéma en lieu et place d’une simple captation de ballet et il faut reconnaître que le résultat est particulièrement réussi du point de vue de la narration et de la qualité cinématographique. Le rythme jouissif de l’image entraîné par les musiques de Chopin, au demeurant fort bien jouées, est rapidement dominateur et entraînant. En effet, la force de ce DVD réside dans un récit dynamique très bien présenté par des choix de plans très soignés et soutenus par une image de très belle qualité, et surtout de remarquables acteurs, Stéphane Bullion dans le rôle d’Armand et Agnès Letestu dans le rôle de Marguerite, sans lesquels ce choix n'aurait peut-être pas eu lieu.
Stéphane Bullion et Agnès Letestu
Pic © Opus Arte
En effet, si l’action principale, c’est-à-dire les rapports entre les deux héros, est très bien traitée, et surtout très bien mise en valeur par ces danseurs-acteurs, le réalisateur a offert une place minimale à la mise en contexte dansé tant il utilise l'interaction des deux danseurs pour illustrer le propos.Pic ©
Mis à part les trois pas de deux principaux filmés et reproduits in extenso dans l’action des deux interprètes -quelques passages sont concentrés sur les parties individuelles mais dans les moments où l’autre partenaire ne danse pas- et aussi certains moments de l’histoire de Manon, les parties dévolues aux autres danseurs, que ce soit les solistes ou le corps de ballet sont systématiquement présentées sous divers angles à l’éditing plutôt rythmé, argumentées de gros plans qui réduisent le rendu des scènes de groupe et souvent restituées dans le contexte des liens entre Marguerite et Armand. Le plan fixe de face est rarement ouvert sur toute la scène et lors des différents bals ou la partie de campagne, il est rare de voir le corps de ballet dans son ensemble plus de cinq secondes d’affilée. Cela donne un ensemble très dynamique même s'il est parfois un frustrant si on essaie de suivre un interprète ou une chorégraphie.
Pic
Ce n’est d’évidence pas le propos de Thomas Grimm qui préfère se concentrer sur l’histoire d’Armand et Marguerite. Il faut dire que Stéphane Bullion et Agnès Letestu sont non seulement très photogéniques, mais d’excellents acteurs. Ainsi, tout ce que l’on ne voit en général pas lorsqu’on est dans la salle à moins d’être rivés à ses jumelles (on est alors son propre réalisateur et on ne perd rien de ce qu’on veut voir) ressort de très belle manière, les nuances des regards, les esquisses de sourires ou de moues, le désespoir ou la tristesse, la joie et la douleur, les petits gestes porteurs de sens, etc. Thomas Grimm a su saisir toutes ces émotions qui en elles seules pourraient suffire à raconter l’histoire et que les deux danseurs savent parfaitement utiliser, lorsqu’ils jouent mais aussi, et c’est en général plus rare, lorsqu’ils dansent. Il y a dans ces prises de vue, une restitution de la jouissance du mouvement, de son onctuosité et de sa cohésion avec l'histoire qu'on perçoit rarement en salle et c'est un vrai bonheur.
Ainsi, malgré le procédé du flashback choisi par John Neumeier, Stéphane Bullion qui apparaît "en deuil " au début et dans les tableaux transitoires, réussit parfaitement à retracer la progression de son personnage, du jeune homme timide et naïf puis insouciant, à l’homme heureux puis désabusé et en souffrance. Agnès Letestu, courtisane flamboyante, sûre d’elle-même, cède peu à peu à l’amusement et au bonheur puis glisse dans la maladie, les doutes, les peurs et la mort. Face à ce travail de l’art dramatique très poussé, les interprétations stylisées des personnages de Des Grieux, José Martinez et Manon, Delphine Moussin, font d’autant mieux ressortir la profondeur du jeu des héros et accentuent la focalisation sur l’histoire principale.
De même, certaines actions clés ou symboliques qui ponctuent le ballet parfois sous des apparences anodines pour dresser les caractères ou les circonstances sont mises en avant, le vol de la sucrière ou du collier de Marguerite, par Prudence, la chute d’Armand lorsqu’un mignon lui enlève la chaise quand il est présenté à Marguerite, Armand saoul lors du bal, Marguerite en effroi devant son miroir ou en perdition devant son journal, etc.
Bref, un excellent DVD, un très beau travail de création à travers la mise en scène et de compréhension de l’histoire, très enthousiasmant et si rare dans le domaine du ballet filmé…
Bref, un excellent DVD, un très beau travail de création à travers la mise en scène et de compréhension de l’histoire, très enthousiasmant et si rare dans le domaine du ballet filmé…
En bonus, un long documentaire Flashback sur la Dame aux camélias de Reiner E. Moritz et Stéphane Loison avec une interview très intéressante de John Neumeier sur l'histoire de son ballet et la manière dont il a voulu la relation entre Armand et Marguerite, des entretiens plus brefs et plus anecdotiques avec les interprètes, Stéphane Bullion, Dorothée Gilbert, Agnès Letestu, José Martinez, Delphine Moussin mais aussi la directrice de la danse à l'opéra de Paris, Brigitte Lefèvre, le pianiste Emmanuel Strosser (qui se partageait les soli avec Frédéric Vaysse-Knitter lors des représentations) et Dominique Gay, responsable des costumes.
Stéphane Bullion
Distribution
Marguerite Gautier: Agnès Letestu
Armand Duval: Stéphane Bullion
Monsieur Duval: Michaël Denard
Prudence Duvernoy: Dorothée Gilbert
Manon Lescaut: Delphine Moussin
Des Grieux: José Martinez
Olympia: Eve Grinsztajn
Gaston Rieux: Karl Paquette
Le Duc: Laurent Novis
Nanine: Béatrice Martel
Le Comte de N.: Simon Valastro
mardi 26 mai 2009
Proust ou les intermittences du coeur 27 mai-8 juin 2009

Proust ou les intermittences du coeur
Ballet en deux actes et treize tableaux inspiré du roman de Marcel Poust A la recherche du temps perdu
Chorégraphie et mise en scène - Roland Petit (1974)
Musiques - Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner
Décors - Bernard Michel
Costumes - Luisa Spinatelli
Lumières - Jean-Michel Désiré
Ballet entré au répertoire de l'Opéra de Paris le 1er mars 2007
La description synoptique du ballet se trouve dans l'entrée sur le ballet de 2007 "Proust ou les intermittences du coeur"
Morel
Stéphane Bullion
Stéphane Bullion
Le ballet de Roland Petit s’attache à évoquer le sentiment amoureux dans l’œuvre de Proust A la recherche du temps perdu. Il procède par impressions qui prennent forme dans des tableaux où personnages ou couples sont traités sur le mode des rapports amoureux. Dans la première partie, il dépeint "le paradis", c’est-à-dire, la légèreté de l’amour qui serait "bien vu" même si homosexuel dans le cas d’Albertine et Andrée, ou frustré dans celui de la prisonnière. Comme dans un acte blanc, les lumières sont claires, les personnages habillés de même, les rares décors du ballet évoquant la légèreté, l’insouciance… C’est aussi le monde des femmes…
Dans la deuxième partie, on entre dans l’amour interdit, bien souvent homosexuel comme un acte noir avec une débauche d’hormones mâles. C’est l’occasion de montrer le côté charnel de l’amour plutôt évoqué sous forme de sentiment au premier acte. Les hommes en noir, les femmes en couleurs violentes comme le rouge, les lieux sombres –la maison close, l’auberge où Monsieur de Charlus se fait fouetter- et les costumes sombres, à l’exception de la scène des rencontres dans l’inconnu et du pas de deux d'anthologie entre Morel et Saint-Loup qui soulève à cet égard plein d’interrogations. Il débouche sur le final apocalyptique de la fin d’un monde, lourd et pesant qui replonge dans le noir…
ACTE I - Quelques images des paradis proustiens
Pour introduire son ballet, un tableau non dansé met en scène quelques personnages en costumes qui fréquentent le salon de Madame Verdurin où un chanteur lyrique divertit les habitués. Cette installation dans une atmosphère est aussitôt prise à contre pied par l’apparition comme magique d’un couple mixte qui danse la petite phrase de Vinteuil. Cette évocation de la rencontre d’Odette et Swann est le paroxysme de l’idéalisation de l’amour puisqu’il n’est pas encore consommé… Les danseurs en blanc livrent un pas de deux de la douceur et de la sérénité dans une abstraction totale de sentiment. C’est l’accord par le geste et le mouvement.
Les tableaux qui montrent Gilberte, Odette et Swann, Andrée et Albertine, puis Proust jeune [le narrateur] et Albertine, sont traités avec légèreté dans la musique comme dans la danse, même si quelquefois ils ont trait à des événements moins anodins, les doutes de Swann au sujet d’Odette, l’homosexualité d’Albertine.
Roland Petit reprend alors le ton détaché que Proust utilise pour décrire ces épisodes dans son langage gestuel qui lui est propre. D’un point de vue chorégraphique, cette légèreté est rendue un peu trop simplement pour marquer le spectateur et certains moments sont terriblement ennuyeux.
Caroline Bance et Isabelle Ciaravola
Lorsqu’on arrive au pas de deux de la prisonnière qui s’ouvre sur un solo de l’homme, la superficialité des précédents tableaux est présente à l’esprit mais on plonge soudain dans la gravité, voire la douleur, en particulier avec Hervé Moreau qui traite le personnage très intérieurement. Sa partenaire, Isabelle Ciaravola, endormie, semble beaucoup plus à l’aise que dans les deux tableaux précédents. La transcription de l’homme rongé par ses pensées est admirablement bien réalisée dans la chorégraphie et incorporée par Hervé Moreau, tour à tour regard noir puis extase… Un moment qui préfigure le deuxième acte."La regarder dormir" ou la réalité ennemie
Hervé Moreau
Hervé Moreau
Christophe Duquenne, un autre beau "Proust jeune" (le narrateur), est plus lyrique, beaucoup moins dévoré et introverti. Il est pourtant d'évidence en souffrance. Il vit le rôle avec intensité, plus impétueux qu'Hervé Moreau et répond parfaitement à Eleonora Abbagnato qui nourrit un personnage aussi très glamour, moins simple qu'Isabelle Ciaravola ou Dorothée Gilbert. Ces deux danseurs très différents se mêlent ici admirablement et dansent vraiment à l'unisson.
ACTE II - Quelques images de l'enfer proustien
Mis à part un final un peu trop long mais qui est très évocateur de la fin d’un monde, le deuxième acte est l’inverse du premier par sa noirceur, son intensité et la qualité narrative de ses tableaux.
Morel est le fil conducteur de l’acte. C’est un homme libre qui n’a pas les contraintes de la société précédemment décrite. Il est l’antithèse de Charlus, vieux baron coincé, qui est amoureux de lui et se ronge de faire des folies pour un jeune homme aussi libertin.
Dans le tableau de la rencontre où Charlus rêve qu’il est un violoniste célébré, Morel est éclatant de virtuosité, d'humour et de détachement.
Dans ce tableau, Stéphane Bullion a le rayonnement adéquat pour définir le charisme de Morel (qui tombe à peu près tout le monde dans La Recherche) le violoniste apparaissant plutôt solaire avant de révéler dans la suite du ballet, une personnalité plus ambiguë. Il apparait alors comme un objet de désir qui prend plaisir simplement à la vie, regard joyeux avec les prostitués, et plutôt désolé pour Charlus qui est terriblement mal à l'aise de le voir s'amuser.
"Monsieur de Charlus vaincu par l'impossible"
Morel et un vieil homme
Stéphane Bullion et Francesco Vantaggio
L’érotisme de son corps fait ici écho au lustre de son âme, devant un Manuel Legris au comble du malheur, puisqu’il s’offre aux autres, à tous les autres, garçons ou filles. La composition des deux hommes est très réussie et Manuel Legris dépeint ce vieillard lubrique de très belle manière, ridicule d’amour dans leur première scène, pathétique de détresse dans la maison close où les prostitués se moquent de son idolâtrie pour Morel. Aurélien Houette et Simon Valastro qui interprètent aussi Charlus cette année, se débrouillent également de fort belle manière de ce personnage qui pourrait vite devenir scabreux, mais qui n'est finalement que tristesse. L'intensité que Simon Valastro donne à son Charlus est un peu déformée vers le comique lorsqu'il s'affronte à Audric Bezard en Morel, en raison de la différence de taille. Petit papillon reluquant l'impossible, il force l'admiration par un travail dramatique parfait. A l'inverse, Aurélien Houette est en face de Stéphane Bullion, un Charlus détruit par une impuissance d'autant plus marquante que sa carrure ne le désigne pas d'office perdant.Stéphane Bullion et Francesco Vantaggio
Stéphane Bullion et Manuel Legris
C’est lors de la flagellation dans l’auberge que Charlus reprend un peu de sa superbe, le plaisir affleurant la souffrance, acceptant enfin ses envies… Cette scène est transcrite sous forme de mano a mano avec quatre beaux gosses un peu frustres dans une chorégraphie inventive et pleine de rebondissements. Aurélien Houette à la figure plus imposante donne alors au personnage un véritable ancrage dans le sado-masochisme car il n'est jamais victime de ses acolytes.
Mathieu Botto, Aurélien Houette, Manuel Legris, Yvon Demol, Yong-Geol Kim
"Ce garçon pouvait agir comme bon li semblait, il était libre. Mais s'il y a un côté où il n'aurait pas dû regarder, c'est le côté du neveu du baron. D'autant plus que le baron aimait son neveu comme son fils; il a cherché à désunir le ménage, c'est honteux. Et il a fallu qu'il y mette des ruses diaboliques, car personne n'était plus opposé à la nature de ces choses-là que le marquis de Saint-Loup"
(Marcel Proust, Albertine disparue)
L’homme libre justement, Morel, s’attarde à séduire Saint-Loup, l’homme pur, neveu de Charlus qui tombe lui aussi sous son charme et avec qui il entretient une correspondance amoureuse qui révèle son secret. L’alchimie presque sexuelle qui existait entre Stéphane Bullion et Mathieu Ganio en 2007, est absente du couple que le premier fait avec Florian Magnenet, peut-être un peu juste dramatiquement pour le rôle.(Marcel Proust, Albertine disparue)
Florian Magnenet
Il échoue à donner au personnage de Saint-Loup une contenance autre que de faire valoir de Morel, même après un solo (sur le mode de construction de l’autre pas de deux amoureux qui terminait le premier acte) où il pose un personnage en souffrance et victimaire. L’impalpabilité de son Saint-Loup en fait une proie totalement désarmée face à Stéphane Bullion, pourtant moins carré physiquement, qui dès son entrée en scène, regard de braise ou de cynisme, se montre invulnérable, dominateur conquérant rien que par la volonté.
Morel et Saint-Loup
Stéphane Bullion et Florian Magnenet
Stéphane Bullion et Florian Magnenet
Ce déséquilibre entre les deux danseurs lève un peu l’ambigüité sur les rapports entre les deux hommes, Florian Magnenet apparaissant comme victime là où Mathieu Ganio était plutôt partagé et dévoré par l’envie et le désir.
C'est également le choix fait par Christophe Duquenne face au Morel peu enthousiasmant pourtant de Josua Hoffalt. Celui-ci n'est absolument pas mûr dramatiquement pour ce rôle et la position de Christophe Duquenne est difficilement compréhensible dans leurs rapports. Son Saint-Loup fait très intériorisé comme si les danseurs quelquefois ne dansaient pas ensemble, juste côté à côte...
En effet, si ce pas de deux entre Morel et Saint-Loup est en lui-même une vraie réussite, il peut aller très haut dans le lyrisme s'il y a alchimie entre les danseurs. En 2007, Hervé Moreau avait déjà un peu souffert de l'étrange domination scénique de Stéphane Bullion, très à son aise dramatiquement, alors que Mathieu Ganio avait réussi par la fragilité de son personnage à établir une véritable tension émotionnelle et érotique.
Face à Audric Bezard, Hervé Moreau reprend une ascendance sur scène grâce à son magnétisme naturel. Son Morel cette année est plus serré dramatiquement, moins voluptueux, plus mâle. Comme Audric Bezard n'est pas particulièrement puissant malgré sa taille, cela donne un couple très équilibré qui fonctionne très bien, même s'il manque toujours une émotion.
Stéphane Bullion et Florian Magnenet
Même si les sommets de 2007 ne sont pas atteints cette année, cette chorégraphie est un pas de deux merveilleux, d’une sensibilité et d’une grâce exquises et le grandiloquent du final qui suit avec le "réveil" de Proust, est presque de trop…
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