mercredi 4 août 2010

L'œuvre de la saison 2009-2010


Répliques de Nicolas Paul


Musique - György Ligeti 
(Monument, Selbsportrait, Bewegung (Monument, In Zart Fliessende Bewegung, 1976), Musica Ricercata (II. Andante misurato e tranquillo, Omaggio a Girolamo Frescobaldi, 1951-1953), Trio (IV. Lamento, Adagio, 1982)
Chorégraphie - Nicolas Paul
Décors - Paul Andreu
Costumes - Adeline André
Lumières - Madjid Hakimi
Pièce pour huit danseurs

lundi 2 août 2010

Incidence chorégraphique à Tel Aviv 30-31 juillet 2010


Incidence Chorégraphique en Israël, Suzanne Dellal Centre, Tel Aviv

Incidence
Chorégraphie - Bruno Bouché
Musique - Astor Piazzola (Michelangelo 70)
Avec Bruno Bouché, Aurélien Houette et Pauline Verdusen

Souvenirs pour demain
Chorégraphie - José Martinez et Arantxa Sagardoy
Musique - Dalva de Oliveira, Arvo Pärt
Interview - Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
Avec José Martinez et Arantxa Sagardoy
Création : Première

Gesualdo
Chorégraphie - Nicolas Paul
Musique - Don Carlo Gesualdo (Tenebrae Responsories pour le jeudi saint : Lectio I / Tristis est anima mea / Benedictus / Christus factus est - Quarto libro di Madrigali : Io tocero / Invan dunque)
Avec Stéphane Bullion, Alexandre Carniato, Adrien Couvez, Erwan Leroux et Pauline Verdusen

Akathisie
Chorégraphie - Nicolas Paul
Musique- Johann Sebastian Bach (sonate n°1 pour violon et clavecin BWV 1014 en si mineur, adagio)
Avec Stéphane Bullion

Bless –ainsi soit-il
Chorégraphie - Bruno Bouché
Musique - Johann Sebastian Bach (Chaconne en ré mineur pour piano (Busoni), arr. de Violin Partita n°2 BWV 1004)
Avec  Aurélien Houette et Erwan Leroux

Aunis
Chorégraphie -  Jacques Garnier
Musique traditionnelle de Bretagne
Avec Bruno Bouché, Alexandre Carniato et Adrien Couvez


Après une première visite au Suzanne Dellal centre de danse de Tel Aviv en 2009, Bruno Bouché avait concocté pour les danseurs de l’Opéra de Paris et Arantxa Sagardoy, un programme sélectif illustrant un certain côté intellectuel et réflexif, en pratique parfois mais aussi en théorie. Dans une optique contemporaine, il mettait ainsi en relief plusieurs œuvres marquantes des créateurs de son groupe multiforme Incidence chorégraphique.

Bruno Bouché - Pauline Verdusen-Aurélien Houette
Incidence de Bruno Bouché est une œuvre pour trois danseurs dont les rapports se complexifient progressivement, Bruno Bouché et Aurélien Houette se défiant d’abord de Pauline Verdusen pour la rejoindre tour à tour ou de concert, une valse paradoxale évoquant parfois l’hésitation, parfois la rupture et l’exacerbation des sentiments. La pièce qui démarre dans le silence sur la danseuse esseulée essuyant les regards attentifs de ses compagnons scrutateurs, déborde de vitalité dans les sonorités volcaniques d’Astor Piazzola, le mouvement emporte les trois danseurs dans des jeux de rôles très marqués. Les appariements hésitent, la danse s’emballe au rythme des envolées du bandonéon, on court, on se regarde, ou pas, les sentiments et les corps se déchirent. 
Pour faire vivre ses personnages, Bruno Bouché affectionne les ruptures entre le haut et le bas du corps et il est toujours très intéressant de voir comment celles-ci vont s’interpréter dans la musique et en ce sens, Incidence préfigure Bless ainsi soit-il présenté dans la deuxième partie de ces soirées.

José Martinez et Arantxa Sagardoy offraient ensuite à Tel-Aviv  leur dernière création. Difficile d’accès, Souvenirs pour demain, évoque les deux grands artistes, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud. Alors que leurs voix s’élèvent dans la salle, les deux chorégraphes en miroir sur scène campent le célèbre duo, leur rapport au théâtre et au métier, autour d’une mini scène installée comme plateau de cinéma par Aurélien Houette et Erwan Leroux. Ainsi, le rapport aux projecteurs, on and off, se présente comme le centre du discours.
Ce retour sur la raison de vivre de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, récit de l'acteur metteur en scène a priori très personnel, prend forme dans un assemblage de musiques et de propos qui ponctue la pièce et le rythme constamment interrompu par ses remises à plat déconcerte parfois. Plus que la volcanique Arantxa Sagardoy virevoltant autour de son compagnon aux allures parfois timides et touchantes qui rappellent bien l'acteur, on retient un solo étonnant de virtuosité de José Martinez. La danseuse, absente sur scène le second jour, laisse d’ailleurs la part belle à son partenaire qui dialogue alors avec sa robe de manière incongrue et mystérieuse. Si l’on perd alors un intéressant passage vu la veille avec des portés originaux sur la chaise, on gagne en linéarité dans le propos, et une certaine nostalgie suggérée par la musique d’Arvo Pärt pénètre très mélancoliquement dans les esprits.

Arantxa Sagardoy - José Martinez

A l’inverse des deux moments précédents, Gesualdo, lancé dans la même sérénité d’un silence absolu par Pauline Verdusen, possède un scénario dramatique en filigrane. Ici, la progression du propos s’accompagne d’un commentaire chorégraphique à la fois subtile et très serré et d’une musique unie, une œuvre en somme très aboutie.
Illustration éthérée de la vie énigmatique de Carlo Gesualdo, l’œuvre de Nicolas Paul se dessine autour d’évocations obscures  des agissements spectaculaires d’un homme déchiré de l’intérieur aux pensées secrètes et aux actes surprenants. Le ballet s’appuie avec force sur la musique mystique du scandaleux compositeur et ne sombre pas dans le cliché en montrant une quelconque sauvagerie ou un comble de raffinement qui seraient les symboles antithétiques de la vie de Gesualdo. Ici, la violence de l’homme est uniquement exprimée par ses rapports rugueux avec les trois figures, Alexandre Carniato, Adrien Couvez et Erwan Leroux, images des flagellants de sa propre vie, dont on ne sait à quel titre ils participèrent au meurtre et aux plaisirs mystiques ou/et charnels de Gesualdo, et des regards parfois glaçants et par conséquent mortels dont Stéphane Bullion a le secret, vers la femme ou vers le destin. Pauline Verdusen, martiale, se dresse sur la gauche de la scène dans son masque mortuaire comme une opposition verticale à l’horizontalité de la chorégraphie des autres personnages, souvent très près du sol et d’où seuls les sauts et évolutions aériennes de Stéphane Bullion jaillissent comme de nulle part. Les bruits de corps qui percent les notes christiques, Gesualdo presque en croix, mais pas tout à fait justement, cassé… la souffrance et la violence peuvent être tout aussi internes qu’externes. 

Stéphane Bullion
L’œuvre en elle-même est d’abord une ambiance, on pourrait dire ici "cathédrale", instaurée visuellement par une pénombre et des jeux de lumière, et chorégraphiquement par Pauline Verdusen qui se meut en plein désarroi dans un lourd silence, puis son immobilité cadavérique qui donne à la scène une gravité parfaite ; c’est aussi la musique vocale qui s’élève par la suite, d’abord une lecture vespérale puis des madrigaux délicatement poétiques, qui se posent comme une injonction à la réflexion, les éclairages jouant avec les personnages et leur fonction dans l’espace et dans l’histoire. Nicolas Paul a  principalement choisi l’œuvre religieuse de Gesualdo n’introduisant que des madrigaux plutôt sombres qui n’altèrent pas l’ambiance mortuaire qui règne sur scène magnifiée par des mouvements que Stéphane Bullion parvient à colorer de mystique, musique et action se joignant dans la tentative de rédemption.
De la démonstration de son épouse, mystérieuse dans son silence mais aussi étrangère à la vie de Don Carlo, l’évocation du meurtre se fait symboliquement dans le recueillement, les pieds en terre, des pétales de rose qui relient les époux et les situent dans leurs relations et les événements. Deux silhouettes qui ne se regardent pas et qui dans des mouvements minimalistes scrutent le sol, misère de l’intimité… 

Stéphane Bullion
L’écriture chorégraphique est méticuleuse ; elle atteint un paroxysme dans l’intensité ultime d’un solo de Stéphane Bullion qui intervient après un passage très original où Alexandre Carniato, Adrien Couvez et Erwan Leroux envoûtent l’atmosphère dans des ensembles synchrones particulièrement saisissants de jeux avec la lumière et des seaux cathartiques. Les trois danseurs dessinent alors des lignes, des poses, des harmonies de bras et de jambes, des déplacements sur scène majestueux, spontanés ou réfléchis, lents ou brusques…
Le Gesualdo de Stéphane Bullion est puissant non seulement dans sa danse mais dans son emprise de la scène. Avec une incroyable profondeur dramatique  il s’exprime tout en nuances, sculpte son propos avec son corps.  La solitude du prince qui effeuille une rose transposant  métaphoriquement ses regrets sur la tombe de son épouse est d’emblée prenante et intrigante, elle séduit et captive. Une fois que ses comparses lui ont enlevé son pourpoint, il se lance dans un long solo magnifique de souplesse, de mystère. Il regarde la femme fixement, les yeux évoquant toutes les pensées de l’homme, la menace, la détermination, la terreur puis la détresse et la perdition. Un condensé de vie. Alliant vitesse et précision, Stéphane Bullion se déploie sur scène comme un fauve et fascine, alors que ses arrêts brusques, ses sauts hallucinants de virtuosité mais aussi de violence dans les bras de ses trois compères, évoquent les mortifications que le compositeur s’infligeait et qui se nourrissent de la musique austère du prince italien.
L’œuvre de Nicolas Paul est un bijou d’orfèvre où tout s’emboîte à la perfection pour restituer une magie visuelle fascinante. En vingt-cinq minutes, le chorégraphe réussit la plus parfaite des évocations narratives en s’appuyant sur cette musique dont les accents religieux ont peut-être saisi la salle au début mais dont la fin torturée et mystique enlève une inconditionnelle adhésion. 

Stéphane Bullion

Pour rester dans le style et le ton, c’est Stéphane Bullion qui ouvrait la deuxième partie de la soirée par Akathisie du même chorégraphe. Dans cette œuvre courte, tous les accents de la musique du mouvement du style Nicolas Paul sont présents. Créée en 2003 pour Incidence chorégraphique, Akathisie est une des perles du répertoire de Stéphane Bullion. Parce que très courte, plus encore que Gesualdo, elle concentre toutes les caractéristiques brillantes du travail chorégraphique de Nicolas Paul, fait d’imagination, dans le thème, dans les mouvements, et dans la composition d’une subtilité remarquable. Sur une sonate de Jean-Sébastien Bach, Stéphane Bullion déroule progressivement l’angoisse du mouvement perpétuel et restitue l’incontrôlé avec une étonnante précision, une inquiétante allure et une profonde introversion. 
Comme dans Gesualdo, la gestion de l’espace et son rapport avec la lumière est finement conçue, elle est d’autant plus remarquée que la pièce est courte. Les incursions du corps oblongue de Stéphane Bullion dans les raies de lumières qui naissent sur scène, ses arrêts brusques et marquants dans un halo sombre, ce saut brutal comme un paroxysme de l’expression d’une énergie non régulable, les bruits du corps sur scène qui prennent part au propos au même titre que la musique ou les mouvements. Un moment intense qui déstabilise et nourrit à la fois.

Stéphane Bullion

Bless ainsi soit-il prolonge cette ambiance grave sur une chaconne du même Jean-Sébastien Bach très judicieusement choisie pour le thème biblique abordé. Ici, Bruno Bouché montre encore des rapports passionnés et ambigus, cette fois entre deux hommes, symboles du mythe de Jacob et de l'ange. Les relations à deux ne paraissent alors pas plus simples que celles à trois dans Incidence. On retrouve également dans cette pièce, les caractéristiques principales de l’œuvre du chorégraphe qui s’appuie sur un haut du corps très expressif avec des bras très volontaires souvent emphatiques. Contrairement à la danse finement aiguisée presque introvertie de Nicolas Paul, celle de Bruno Bouché s’ouvre largement vers l’extérieur et le dialogue -ou parfois son absence- est au centre de l’œuvre, comme une quête. Nicolas Paul parle à l'esprit, Bruno Bouché au corps.

Erwan Leroux - Aurélien Houette

Aurélien Houette en blanc, figure de l'ange, qui apparaît d’abord dans une souveraineté implacable, devient une tentation, génère aussi le danger. Au premier abord très sûr de lui, il rejette les regards, hautain et domine avec une redoutable précision un Erwan Leroux fragile et en souffrance. Mais l’apparence est parfois trompeuse et à travers une succession de signes et d’interactions, on se prend à douter des rapports de force. La tension est  à son maximum dans les mouvements puissants des danseurs mais aussi lors de certaines soumissions et renoncements, illustrés par des portés surprenants et des poses très esthétiques, des accents d’une violente poésie. Le dialogue est sur scène mais aussi se prolonge dans la salle car cette intensité ne laisse pas indifférent et entraîne comme un film  à l'haletant suspens. Cette œuvre prenante invite au doute et met en relief la complexité des rapports humains, des relations aux forces immatérielles, chacun peut s’y reconnaître, y lire une histoire propre, elle est acclamée par le public, peut-être touché par cette évocation et délivré de ses inhibitions devant tant de puissance. 

Bruno Bouché - Adrien Couvez - Alexandre Carniato
En rupture avec les œuvres présentées dans cette soirée, comme s’il ne voulait pas laisser dans les esprits tant de gravité, Bruno Bouché a choisi Aunis de Jacques Garnier pour parachever le programme. Touche légère et ivresse des moments d’abandon apportées par Bruno Bouché, Alexandre Carniato et Adrien Couvez, rayonnants de joie, Aunis se prête volontiers à un bonheur conclusif d’une soirée de gala dont les visuels intenses et les propos réflexifs n’en restent pas moins la richesse de cette brillante affiche. 

 Stéphane Bullion - Pauline Verdusen


lundi 19 juillet 2010

Bye Bye 2009-2010

Saison 2009-2010

Giselle
Jean Coralli et Jules Perrot (via Marius Petipa), version Patrice Bart et Eugène Polyakov
24 septembre-12 octobre 2009, Opéra Garnier
Programme  - Recension28 septembre 2009 - Rencontre
Stéphane Bullion - Isabelle Ciaravola
Joyaux
George Balanchine
25-28 septembre 2009, Montpellier, Le Corum
1-4 octobre 2009, Grenoble, MC2 
21 octobre-18 novembre 2009, Opéra Garnier
Programme - Recension - Gil Isoart

Amoveo / Répliques / Genus  
Benjamin Millepied, Nicolas Paul, Wayne McGregor
7-22 novembre 2009, Opéra Garnier
Programme - Recension - 22 novembre 2009 - Répliques
Stéphane Bullion - Isabelle Ciaravola
Rencontre Répliques - Nicolas Paul

 
Casse-noisette 
Rudolf Noureev d'après Marius Petipa et Lev Ivanov
11 décembre 2009-11 janvier 2010, Opéra Bastille  
Karl Paquette étoile


Hommage aux Ballets russes 
Le spectre de la rose/Après-midi d'un faune/Le Tricorne/Petrouchka
Michel Fokine, Vaslav Nijinski,  Léonide Massine, Michel Fokine
12-31 décembre 2009, Opéra Garnier
Programme - Recension- Gala - Images

La Dame aux camélias 
John Neumeier
2 février-4 mars 2010, Opéra Garnier
Programme - 2 février 2010 - Recension

Siddharta 
Angelin Preljocaj - DVD Siddharta
18 mars-11 avril 2010, Opéra Bastille
Programme - Recension - 31 mars 2010 - Rencontre
Stéphane Bullion - Alice Renavand DVD Siddharta


Hommage à Jerome Robbins 
En Sol/Triade/In the Night/Le Concert 
Jerome Robbins, Benjamin Millepied
21 avril-8 mai 2010, Opéra Garnier
Programme - Recension


La Bayadère 
Rudolf Noureev d'après Marius Petipa
17 mai-2 juin 2010, Opéra Garnier
Programme - Recension - Rencontre
Stéphane Bullion étoile

La Petite danseuse de Degas 
Patrice Bart
29 juin-14 juillet 2010, Opéra Garnier 
Programme



Kaguyahime 
Jiří Kylián
11 juin-15 juillet 2010, Opéra Bastille
Programme - Recension 
Céline Talon

    jeudi 15 juillet 2010

    Adieux de Céline Talon


    Dernière représentation pour Céline Talon dans la dernière Kaguyahime

    samedi 10 juillet 2010

    Kaguyahime



     Alice Renavand

    En faisant entrer Kaguyahime avec une scénographie légèrement modifiée dans son répertoire, le ballet de l’Opéra de Paris s’ouvrait pour la fin de la saison une porte vers un nouvel exotisme du mouvement. Transporté dans un Japon de légendes, le spectateur oscille entre le décalage visuel d’une Kaguya éthérée, princesse lune aux sinuosités lentes et précises, le monde paysan chatoyant, dynamique, qui l’accueille, le monde citadin où souffle précipitation et violence, et la Cour de l’empereur, lente et majestueuse, empesée et dominatrice.

    Prétendant
    Stéphane Bullion


    Kaguyahime est un spectacle total où la musique prend souvent le pas sur la chorégraphie. Jiří Kylián  confie volontiers que l’idée du ballet lui vient de Maki Ishii, le compositeur et cela se voit. La chorégraphie est souvent drainée par les sonorités surpuissantes, les percussions se dressant comme maîtres de la scène, au propre comme parfois au figuré. Elle mixe aussi des sons traditionnels des joueurs de Gagaku, emblèmes de la princesse et de la Cour, du raffinement des mouvements de Kaguya à ceux de l’empereur dont la noirceur inquiétante, mais somme toute bienveillante, n’a d’égale que le doré de ses richesses, et les sonorités des tambours de Kodo qui rythment les évolutions exacerbées des villageois et des citadins. Un être à part, la princesse, évolue dans le souffle discret des sons graciles et épurés, alors que le monde terrestre prend plein pied dans le vacarme de la vie, ou de la singularité, le Mikado, Dieu vivant reliant les deux mondes.

    Le Mikado
    Stéphane Bullion

    Le conte de l’enfant lunaire trouvé dans un bambou par un paysan qui l’élève et fait éclore la princesse de la Lune désirée par tous expose une philosophie de l’envie et de la possession à travers une violence physique ou morale à laquelle s’oppose un détachement, un repli intérieur. De son costume moulant qui la distingue, elle tire des mouvements non moins spécifiques et énigmatiques qui contrastent avec les autres danseurs et son chignon perlé qui dessine un visage sophistiqué s’oppose aux cheveux longs ou volants des paysannes.

      Agnès Letestu

    Au delà de cette mise en condition, les lumières qui mettent en exergue les évolutions de Kaguya sont toujours ambiguës et ne livrent pas forcément des clés. Elles soulignent largement les équilibres d’un être de passage alors que  la gestuelle du haut du corps introduit le déplacement.
    La Princesse est décalée dans sa danse comme dans son apparence et les seuls moments où elle semble goûter aux joies de ce monde, pendant la célébration d’une fête paysanne, sont brefs. Elle y est d’ailleurs plus spectatrice que participante. Comme étrange étrangère.


    Alice Renavand


    Alice Renavand en fait un mystère, une sorte de masque imperturbable qui communique ses états d’âme par son corps, sinueux, serein, violent ou circonspect ; Marie-Agnès Gillot en souffrance dès son apparition dans les bambous traverse le ballet un peu mécaniquement ; Agnès Letestu est la plus "autre", parlant souvent uniquement avec son regard perçant qui seul dévoile un peu sa position incongrue dans ce monde. Le visage est fermé et les éclats de lumière dévoilent ce qu’il reste lorsque les émotions ont disparu.

     Agnès Letestu

    La naissance tranquille de la légende sur son piédestal dans une demi-pénombre laisse les prétendants se vêtir pour leur exercice de conquête. C'est à la fois une ambiance, une entrée dans un monde, mais aussi une indication d'une gestuelle millimétrée, lente et réfléchie à l'extrême.

    La préparation
    Stéphane Bullion

    Ces prétendants sympathiquement démonstratifs expriment en vain leur amour, en théorie s’appliquent à réaliser les défis imposés pour séduire la princesse, aux villageois simplement souriants, un environnement se construit autour de l’histoire. Les danseurs de la compagnie se succèdent presque anonymement dans ces rôles participatifs qui ne mettent en exergue qu’un style de danse énigmatique et envoûtant. Chacun cependant se personnifie dans une gestuelle qui lui est propre qui évolue dans le crescendo de la musique qui  consacre le dernier refus de Kaguya, et ouvre vers le monde des villageois.

    Prétendant
    Nicolas Paul


    Tout se finirait semble-t-il joyeusement si les noirs citadins dans une démonstration de force ne venaient perturber la fête, rivalité technique et parfois acrobatique, le challenge est tout autre que la séduction de la princesse. Sauts et puissance, vitesse et souplesse, tous les moyens sont bons pour prouver sa supériorité. Rivalité de virtuosités chez les danseurs. Les citadins agressifs surgissent sur scène alors que les villageois subtils du début se transforment en véritables tigres pour défendre leur protégée. Les tambours se déchaînent et emmènent cette démonstration au paroxysme de l'énergie en jouant eux-mêmes sur scène dans des halos de lumières qui finissent stroboscopiques.

    Le combat
    Stéphane Bullion
     
    Au chaos ultime qui vient de se vivre, l'atmosphère sereine de la Cour se distingue. Mais la présence magique de l’Empereur ne modifie pas le destin de Kaguya qui est de repartir sur la Lune. Deux hommes accompagnent l'empereur pour tenter l'ultime séduction. Une chorégraphie à nouveau très différente de ce qui caractérisait les autres moments. Comme Kaguya, l'empereur possède une gestuelle précise qui le contient dans le hiératisme de sa fonction. Avec ses aides, il tente de s'imposer par le regard et dans une série de glissés plutôt que de portés. Un rôle effacé sur le plan de la danse mais capital du point de vue de la théâtralité, lui aussi en forme de rappel de la tradition japonaise et particulièrement magnifié par Stéphane Bullion.

    Le Mikado et Kaguya
    Stéphane Bullion - Marie-Agnès Gillot

    Instant de grâce surréelle, Kaguya hésite, se confronte au choix de l’attraction terrestre mais à l’appel de la lune, quitte l’empereur et son monde de contraintes.

    Le pessimisme du thème du ballet qui  chemine entre moments d’intensité et de recueillement se révèle une expérience très positive pour la réflexion dans la perspective de la pause estivale qui suit cette dernière œuvre de la saison. Elle  laisse en tout cas un énorme sentiment de plaisir, sur scène où les danseurs les plus contemporanéistes de la compagnie se succèdent et parfois alternent dans des rôles aux accents anonymes. Ceux-ci sont pourtant tous d'un niveau de technicité et les danseurs les incarnent à merveille sans que la hiérarchie dévolue dans la compagnie n'ait d'emprise sur leur visibilité tant  Kaguyahime est un ballet de groupe.


    Les joueurs de Gagaku
    Les joueurs de Kodo et de l'ensemble invité, les danseurs de l'Opéra de Paris


    Merci à tous, à ces musiciens enthousiasmants, et à tous ces danseurs de l'Opéra de Paris de nous offrir une si belle conclusion à cette magnifique saison de ballet.

    vendredi 9 juillet 2010

    La Petite danseuse de Degas 29 juin-14 juillet 2010

    La Petite Danseuse de Degas
    Ballet en deux parties
    Sujet de Martine Kahane et Patrice Bart
    Musique originale - Denis Levaillant
    Chorégraphie et mise en scène - Patrice Bart
    Décors - Ezio Toffolutti
    Costumes - Sylvie Skinazi
    Lumières - Marion Hewlett
    Assistante du chorégraphe - Claude De Vulpian
    Orchestre de l'Opéra national de Paris
    Direction Musicale -  Koen Kessels
    Ballet créé pour le ballet de l'Opéra de Paris le 23 avril 2003


    La Petite danseuse
    Clairemarie Osta
    Argument (source: Programme Opéra national de Paris)

    PROLOGUE - LA VITRINE DU MUSÉE
    La Petite Danseuse est immobile dans la vitrine du musée. Les personnages qui ont influencé son existence apparaissent: sa Mère, la Danseuse étoile, le Maître de ballet, l'Abonné, et l'Homme en noir.
    Ils la ramènent peu à peu à la vie et racontent son histoire.

    ACTE I
    PREMIER TABLEAU - PLACE BRÉDA, À PARIS
    Au lever du jour, la vie de la rue s'anime et, avec elle, son cortège de petits métiers: lingères, fleuristes, vendeurs de journaux, vitriers, garçons boucher, mitrons... mêlés aux fêtards attardés et aux prostituées qui attendent le dernier client. Conduite par sa Mère, la Petite Danseuse se rend, comme tous les jours, à l'Opéra pour suivre son cours de danse.

    Le maître de ballet
    Vincent Chaillet


    DEUXIÈME TABLEAU - À L'OPÉRA, DANS UNE CLASSE DE DANSE
    Sous la surveillance de leurs mères - les tricoteuses, assises autour du poêle à charbon -, les danseuses travaillent à la barre les exercices quotidiens sous la direction du Maître de ballet. Un violoniste accompagne le cours. Les abonnés, habitués des coulisses de l'Opéra et «amateurs» de petits rats, assistent également à la classe.


    La danseuse étoile
    Emilie Cozette

    La Danseuse étoile fait son entrée.
    Les élèves l'admirent, la Petite Danseuse rêve alors qu'elle pourrait être, elle aussi, une étoile. La Mère la rappelle à la réalité: loin de l'idéal romantique, l'argent impose aussi ses exigences. La classe reprend. Le Maître de ballet poursuit sa leçon et montre les pas. Le cours terminé, les élèves se dispersent, et le Maître de ballet reste seul avec l'Etoile. Tous deux répètent une variation sous le regard admiratif de la Petite Danseuse, dissimulée dans un coin de la classe. Transportée, elle sort de sa cachette et se joint à eux.
    L'Étoile, objet des fantasmes de la Petite Danseuse, lui montre sa voie. L'Homme en noir, projection symbolique de sa destinée, apparaît à son tour et tente de saisir la Petite Danseuse qui lui échappe et se retrouve dans l'atelier de l'artiste.
    La danseuse étoile
    Emilie Cozette

    TROISIÈME TABLEAU - L'ATELIER DE L'ARTISTE
    Dans son atelier, l'artiste peint - de dos - (est-ce l'Homme en noir?). Les modèles se rhabillent. L'Abonné les attend patiemment pour les accompagner dans quelque autre endroit plus festif. Une statue encore inachevée trône au milieu de la pièce. Elle ressemble à une jeune fille, probablement une ballerine!
    La Petite Danseuse, toujours accompagnée de sa Mère, découvre cet univers étrange. Fascinée, elle en explore les moindres recoins (elle n'en remarque pas moins la présence de l'Abonné, peut-être l'homme idéal...)

    L'Artiste et la Petite danseuse
    Yann Bridard - Mélanie Hurel


    L'artiste fait poser la Petite Danseuse et la modèle.
    Puis, aspirée à nouveau par son destin, elle est conduite sur la scène de l'Opéra, où quatre ballerines répètent leur variation pour le bal du soir.

    QUATRIÈME TABLEAU LE GRAND BAL DE L'OPÉRA
    Les invités se pressent autour du grand escalier. Le Tout-Paris se retrouve pour le Bal de l'Opéra. L'Abonné s'y distingue, assorti de quatre jeunes prétendantes, et se complaît en mondanités. L'Étoile et le Maître de ballet ouvrent le bal. Tout le monde s'arrête de danser pour admirer le divertissement de quatre danseuses.
    La Petite Danseuse se met en quête de l'Abonné (remarqué plus tôt dans l'atelier de l'artiste) et décide de provoquer le sort. Elle va de couple en couple, semant le trouble parmi les invités. Enfin, elle le retrouve. Tout se fige alors et comme dans un rêve, elle l'attire à elle, entreprenant de le façonner tel qu'elle aimerait qu'il soit: l'homme idéal. Mais elle comprend que tout cela n'est qu'une illusion.
    Le bal se disperse et la Petite Danseuse reste seule avec sa Mère.

     La Petite danseuse et l'Abonné
    Mélanie Hurel - Yann Saïz

    ACTE II
    PREMIER TABLEAU - LE MIROIR

    La Petite Danseuse est assise dans un coin. La Mère est face à son miroir qui lui renvoie l'image de son double, reflet de sa vraie personnalité, ambitieuse et vénale. Comme possédée, la Mère emporte alors sa fille au cabaret.

    La chanteuse de Caf'Conc et un serveur
    Stéphanie Romberg - Fabien Révillion

    DEUXIÈME TABLEAU - AU CABARET «LE CHAT NOIR»
    Gens de la rue et gens du monde s'encanaillent. L'Homme en noir est aussi présent. Sous la houlette d'une chanteuse de «caf'conc' » meneuse de revue, des danseuses de cancan se déhanchent, entraînant serveurs et musiciens. L'Abonné est aussi un habitué des lieux. La Petite Danseuse décide une nouvelle fois de le séduire. Sous le regard complice de sa mère, elle l'aguiche. D'abord maladroite, elle se laisse ensuite prendre au jeu, et, dans un excès soudain, lui subtilise son portefeuille.
    Mais l'Abonné la prend sur le fait et la dénonce. La confusion s'installe. La Petite Danseuse, devenue voleuse, est arrêtée.
    La mère, la Petite danseuse et l'Abonné
    Nolwenn Daniel - Mélanie Hurel - Yann Saïz


    TROISIÈME TABLEAU - LA PRISON SAINT-LAZARE
    Dans une cellule, la Petite Danseuse se désespère. En proie à des hallucinations, elle est confrontée en songe à l'image double de sa mère, instrument de son malheur.
    La Danseuse étoile, vient alors la délivrer de son emprisonnement et de la malédiction maternelle. L'entraînant dans son sillage, elle lui montre à nouveau sa voie, mais le destin en décide autrement...

    Les blanchisseuses

    QUATRIÈME TABLEAU - LES BLANCHISSEUSES
    Désavouée par l'Opéra, la Petite Danseuse sera désormais blanchisseuse. Elle bat le linge entourée d'autres jeunes filles, qui, toutes de blanc vêtues, vont et viennent dans la buée épaisse. La Petite Danseuse s'évade de son travail  par le rêve. Elle veut échapper à son misérable sort. Devenues figures fantomatiques, les blanchisseuses tentent de la retenir dans leurs draps, pareils à des linceuls, tandis que la Petite Danseuse espère la venue salvatrice de l'Étoile et du Maître de ballet.

     L'homme en noir et la Petite danseuse
    Yann Bridard - Mélanie Hurel
    ÉPILOGUE
    La Petite Danseuse est seule lorsque surgit derrière elle l'Homme en noir. Rattrapée par son destin, elle ne peut plus lui échapper. Celui-ci, tel un sculpteur, lui rend sa forme première de statue et la remet à sa place dans la vitrine. Délivrée de sa condition humaine, la Petite Danseuse, devenue œuvre d'art, est immortelle.

    vendredi 11 juin 2010

    Kaguyahime 11 juin-15 juillet 2010


    Kaguyahime
    Musique (1985) - Maki Ishii
    Chorégraphie (1988) - Jiří Kylián
    Scénographie et lumières - Michael Simon
    Costumes - Ferial Simon, Joke Visser
    Kodo, Gagaku et ensemble de percussions invité
    Direction musicale - Michael de Roo
    Entrée au répertoire



    Kaguyahime
    Marie-Agnès Gillot

    Argument (source : Programme Opéra national de Paris)

    PREMIÈRE PARTIE
    Un coupeur de bambou découvre une minuscule créature d'une beauté radieuse dans une tige de bambou. Sous le charme, il la ramène chez lui et l'élève comme sa propre fille. Elle devient rapidement une splendide jeune femme courtisée en vain par de nombreux prétendants.

     
      Kaguyahime
      Marie-Agnès Gillot

    Parmi eux, cinq jeunes hommes ne se découragent pas. Elle leur confie à chacun une mission impossible à accomplir. Leur échec la préserve d'une union avec l'un d'entre eux.

    Les Villageois

    Alors que les villageois célèbrent la majorité de la jeune fille qu'ils baptisent Kaguyahime "Lumière qui resplendit dans la nuit", la paix du village est brusquement troublée par des aristocrates qui ont eu vent de l'extraordinaire beauté de la jeune femme.
    Scène 1. Descente de Kaguyahime, scène 2. Les prétendants, scène 3. La célébration, scène 4. Le combat

    Le Mikado
    Stéphane Bullion

    DEUXIÈME PARTIE
    Des rixes éclatent entre les nobles et les villageois. Cette soudaine flambée de violence parvient aux oreilles de l'Empereur, le Mikado. Pour comprendre la cause de ces troubles, il veut rencontrer Kaguyahime. Profondément touché par sa beauté, il lui demande de venir vivre dans son palais.

     Le Mikado 
    Stéphane Bullion


    Elle décline l'offre et lui explique qu'elle vient de la Lune et que son temps sur terre est compté. Lors de la prochaine pleine Lune, elle devra repartir. Le Mikado n'accepte pas cette issue et ordonne à sa garde de prévenir toute fuite.

    Le Mikado - Kaguyahime
    Stéphane Bullion-Marie-Agnès Gillot

    Mais la pleine Lune apparaît et brille d'un tel éclat qu'elle aveugle l'Empereur et ses gardes, permettant à Kaguyahime de s'élever vers la Lune.
    Scène 1. Les citadins. Les villageois, scène 2. Le Mikado, scène 3. L'arrivée des soldats, scène 4. Ascension de Kaguyahime